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Points de vue

Ces nouvelles Chiennes de Garde

Rédigé par Chems Youssef | Mercredi 18 Février 2004

« Tota muliere in utero » fut à l’époque un sinistre emblème que les féministes ont eu raison de terrasser. Aujourd’hui avec condescendance elles prétendent défendre des femmes qui ne leur demandent rien. Mais qu’ont-elles prévues pour celles qui, demain, seront exclues de la connaissance et se retrouveront cloîtrées chez elles, dans des banlieues où on les a parquées, en réfugiées économiques. Le combat de ces Chiennes de Garde, essentialistes ou existentialistes qui oublient trop souvent les minorités dont elles sont issues n’est pas le nôtre, mais battons nous pour qu’elles aient la liberté de dire ce qu’elles pensent et nous de nous y opposer.



« Tota muliere in utero » fut à l’époque un sinistre emblème que les féministes ont eu raison de terrasser. Aujourd’hui avec condescendance elles prétendent défendre des femmes qui ne leur demandent rien. Mais qu’ont-elles prévues pour celles qui, demain, seront exclues de la connaissance et se retrouveront cloîtrées chez elles, dans des banlieues où on les a parquées, en réfugiées économiques. Le combat de ces Chiennes de Garde, essentialistes ou existentialistes qui oublient trop souvent les minorités dont elles sont issues n’est pas le nôtre, mais battons nous pour qu’elles aient la liberté de dire ce qu’elles pensent et nous de nous y opposer.

 

La stigmatisation des Musulmanes 

On peut s’étonner qu’une société qui instaure le PACS et fait du droit à l’indifférence un nouveau dogme ne soit pas choquée par l’homosexualité qui s’affiche insolemment, alors qu’elle se dresse contre un petit fichu de pudeur et de dignité. N’est-ce pas une énorme « ostentation » que cette journée de la liberté homosexuelle, aux yeux d’enfants qui ne comprennent plus rien et qui demanderont pour leur prochain Noël une panoplie d’homo ?

Arracher le voile d’une de nos femmes, c’est comme demander à un homo de devenir hétéro. Eux, ils nous comprendront car ils se sont battus pour conquérir leur liberté.

 

Il n’y a pas si longtemps en entrant dans les églises les femmes couvraient leurs cheveux d’un châle en lin des Vosges ou d’une mantille andalouse. En Sicile comme en Auvergne on voit encore quelques dames en noir et pointe. Allez donc le leur ôter ! Certaines églises comme celle d’Arcangues ont toujours une mezzanine réservée aux femmes. Pourquoi alors s’acharner contre les seules Musulmanes ?

 

La peur post-coloniale

Il est difficile de motiver nos frères, la toute nouvelle instance représentative  le sait bien. Peut-être un vieux relent traîne-t-il encore la crainte du colon et du militaire qui a émasculé nos pères et grands-pères. Taisons-nous, ne faisons pas de bruit. Et même si nous avons reconstruit la France des années cinquante, continuons à nous faire petits, très petits. Nos jeunes de la deuxième  ou troisième génération ne craignent rien, ni personne. Ils sont aussi intelligents qu’un jeune breton, aussi vifs qu’un universitaire strasbourgeois, aussi  vaillants  qu’un basque de Saint-Jean-de-Luz, aussi ambitieux  qu’un Rastignac parisien. Ils ne laisseront pas passer leur chance et dommage pour ceux qui sont encore coincés dans leurs cages d’escaliers du neuf-trois. Ils leur passeront dessus à eux aussi.

Et nos filles, celles que je croise dans nos universités, dans les Crous ou entre deux cours. Elles mijotent des Niagaras  de thé à la menthe, mais où surtout elles étudient comme des damnées. Seule possibilité de sortir de leur ghetto, de leur apartheid social, comme les mineurs chtimis qui devenaient boxeurs pour échapper aux tripes de la mine. Leur ring à elles c’est la salle d’amphi. Elles n’ont que leur intelligence et leur force de travail pour redonner toute leur dignité à des parents ou à des frères qui, pour quelques-uns, dealent sur les trottoirs pour leur payer de belles et longues études. Cà aussi je l’ai vu ! Sur le trottoir, je discute avec une jeunette de Montreuil, elle a un Hijab tricolore, un sourire radieux et avec une douce détermination « Mes parents sont fiers de moi, dit-elle. Je suis en deuxième année de Droit à la Sorbonne. Mon père s’est brisé les reins sur les chantiers de la Défense, quand les français ont été le chercher en Algérie. Personne ne me force a porter le foulard. Et j’ai même craint qu’il m’oblige à le retirer, tant il craint de voir mes efforts anéantis ». Tout est résumé, là.

 

 

« Trop de loi tue la Loi »

Monsieur Stasi a réuni un échantillon discutable de représentants et d’experts. On en a vu quelques-uns s’exprimer sur les écrans. Avec comme toujours les mêmes pauvres arguments répétitifs. L’Islam a l’éternité, ce ne sont pas quelques éructations qui vont le bousculer. Certaines intervenantes, d’origine arabe, se croient libres et indépendantes parce qu’elles mutilent notre Foi, et se rendent impures par des paroles qui font certainement trembler d’indignation leurs propres mères. La laïcité n’est pas juste si elle dicte une façon d’être qui s’appuie sur des oukases d’opportunité. Depuis que les chrétiens ont accepté, après de  terribles batailles, la « séparation de l’église et de l’Etat » leurs cathédrales se sont vidées alors que nos mosquées sont si pleines qu’elles en débordent dans les rues tous les vendredis. L’Etat va blesser de nombreux croyants. Notre République est malade et de moins en moins sûre d’elle-même au point d’exiger de plus en plus d’interdits.

 

Or « trop de lois tue la Loi ». Les textes existants et surtout les directives de l’Education Nationale pour combattre les signes apparents de communautarisme sont suffisantes, mais inappliquées. D’où les situations inextricables se sont développées. De nombreux enseignants, avec courage, ont pris partie pour nos filles au nom du « droit à la différence ». Le Conseil d’Etat avec ces atermoiements a fragilisé la Loi Bayrou. La circulaire du même Bayrou est largement suffisante pour dégager les proviseurs de leurs responsabilités.

 

On aurait par exemple pu penser à une « commission » au niveau du rectorat et tout était dit…Stasi avec son rapport de bric et de broc encourage à sanctionner les signes « ostensibles » d’appartenance religieuse alors qu’on aurait tout aussi bien pu établir un contrôle courtois des signes « visibles ». Les recours vont se multiplier. L’ostensible ou le visible commence à combien de centimètres de tissus… ?! Ce ne sont pas quelques jeunes voilées qui vont mettre la République en danger. Il faut davantage se méfier des montées du fondamentalisme qui va se nourrir des interdits de demain entérinés par des textes durs et iniques. La montée du chômage, de l’insécurité… sont eux de vrais problèmes. Mais nos dirigeants n’arrivant pas à les maîtriser se ruent sur nos pauvres petites sœurs et en font les boucs émissaires qui vont mobiliser, enfin, une communauté musulmane qui jusqu’à présent était bien absente du débat. On veut mettre tous les Musulmans dans le même couffin, parce qu’enfin ils sont seuls à vraiment protester, même si d’autres religions du Livre commencent à réagir. Alors le risque de récupération par des groupuscules jusque là inconnus, mais actifs va se renforcer et se multiplier et les banlieues vont trouver là un nouveau combat. La Loi contre le voile est l’arbre qui cache la forêt. L’Etat veut faire croire qu’il règle là un immense problème, alors qu’il ne veut que faire oublier les 15.000 morts de la canicule, le chômage qui n’en finit pas de grimper, la réforme du RMI qui va jeter dans les caniveaux des milliers personnes en fin de Droits et surtout l’éternel serpent de mer de la Sécurité Sociale qu’aucun gouvernement n’a été capable de régler.

Cette loi préparée à la hâte par Stasi est une loi prématurée. Il serait plus intelligent, avant de tout détruire, de construire des écoles. Quand il y aura autant d’établissements musulmans que catholiques, alors on pourra avec équité parler d’interdiction. On ne sanctionne pas sans prévoir. La mise en scène est orchestrée pour durer le temps de la prochaine campagne électorale. Ne nous laissons ni abuser ni dépasser par des provocateurs téléguidés, encore moins récupérer par des fondamentalistes bien organisés.

 

Un voile = un vote.

Les Musulmans sont peu concernés par la politique, puisque leur vie quotidienne et leurs rapports sociaux sont régis par des textes inspirés de leur Foi. Enfin, par un reliquat de colonialisme, ils se souviennent encore des camions qu’on remplissait en Algérie pour les grands référendums. Le gouvernement doit résoudre une équation nouvelle, qu’il semble découvrir seulement aujourd’hui. Que va faire la majorité silencieuse de cette communauté de plus de 2.000.000 de votants ! Son poids électoral est bien là, prêt à fonctionner et il suffirait d’un leader charismatique pour déclencher un raz-de-marée. L’Etat joue avec cette grenade dégoupillée. Pour s’attirer le vote de la France profonde, il agite le spectre du chaos comme il l’a fait mille fois déjà avec Le Pen. Il a trouvé un autre cheval de bataille, les Musulmans, et veut s’en servir pour consolider son pouvoir.

De Gaulle, machiavélique, l’avait parfaitement compris en  bradant l’Algérie et en sacrifiant ses pieds-noirs dans une indépendance ni construite, ni respectable. On ne fuit pas un pays après 130 années de vie commune. Des solutions existaient, mais… ! Il avait bien vu qu’en donnant aux 9.000.000 de Musulmans un vote égal, la bascule était inévitable. La Métropole aurait très bien pu se retrouver avec une envahissante représentation musulmane à l’Assemblée ! Aujourd’hui, à plus petite échelle, le problème se pose à nouveau avec la communauté musulmane de France qui, si elle se regroupait, si elle obéissait à des mots d’ordre bien ficelés, pourrait changer pas mal de donnes bien trop sûres d’elles mêmes. A suivre…avec attention

 

Il est difficile de bannir au nom de la tolérance

Toutes les politiques sociales ont échoué. La jeunesse d’aujourd’hui a soif de liberté, d’enthousiasme. On entretient ses pulsions en glorifiant la consommation, le commerce et le profit. C’est si facile de se faire plaisir, de jouir et de profiter de tout sans trop souffrir. Mais tous ne sont pas de cette eau. Notre communauté par des principes venus de la nuit des temps, transmis jusqu’au troisième millénaire sans altération, réussit là où tous ont échoué. Elle donne à ses enfants de belles valeurs. La nouvelle Loi veut tout niveler pour mieux contrôler et paradoxalement réactive les fêtes essentielles des religions prépondérantes. La laïcité se contredit une fois de plus et se réduit d’autant à une simple défense des institutions avec en filigrane la négociation et l’arrangement permanent avec les trois religions issues de la Genèse. Cette laïcité, plutôt ce « laïcisme », que le Pape lui même voit comme une nouvelle religion tente de remettre en question les fondements sur lesquels s’appuient toutes relations humaines. Cette laïcité fille des Lumières n’est qu’un nouvel humanisme, une sorte de « morale chrétienne pour les athées ». Un peu juste pour guider et régir les hommes entre eux. Cà manque de substance, de recul ! Cà manque d’ambition et de hauteur ! Cet humanisme bien fade veut mouler des générations obéissantes, incultes par manque de racines et de références. Nos écoles vont fabriquer de bons petits soldats bien raisonnables, des « bobos » ou des « nonos » tendance. Des zombies de Fnac ou la culture pour tous n’est qu’un salmigondis de banalités et de sentiments au romantisme de gare. Ils auront quelques jours fériés obligatoires pour retrouver leurs chapelles respectives et ânonner en vitesse quelques versets mis en musique avant leur gigot flageolets. Une petite larme d’angélisme  coulera même de leurs paupières si le prêche du jour est bien ficelé et si son récitant a quelques talents oratoires pour que l’émotion jaillisse et que les charités  remplissent mieux les petits paniers de paille. Ainsi les révolutions, les revendications seront domestiquées et tout sera pour le mieux dans le meilleur des pauvres mondes.

Alors au nom de cette laïcité sans signe ostentatoire pourquoi supporter la Marianne dans les classes et les mairies ? Pourquoi tolérer qu’on ne serve que du poisson le vendredi ? Pourquoi accepter Noël et autres congés religieux… ?! qu’on nous le dise.    

 

En attendant la nouvelle Marianne

Ne parlons plus d’intégration : il y a longtemps que nos jeunes gens ont franchi cette étape. Mais parlons de « promotion sociale » pour ceux qui ont parfaitement digéré les enseignements de la société libérale. De nombreux français, avec souvent une bonne foi évidente, amalgament émancipation et occidentalisation. Nous n’en demandons pas tant. « La France a peur de ce qu’elle ne connaît pas et tremble devant ce qu’elle ne comprend pas ». Alors nous allons leur expliquer avec leurs mots, ceux que les écoles de la République nous ont si bien enseignés. Le ministre Borloo nous rappelle que « l’intégration c’est le partage ». On ne demande qu’à croire, on ne demande qu’à voir. Une société qui n’offre pas d’espoir à une partie de son peuple provoque inévitablement une condamnation, un rétrécissement.  Souhaitons que cette affaire du voile permette de réfléchir une fois pour toute au  gigantesque problème de l’intégration.

La France avait, par son opposition à l’intervention en Irak attiré à elle toutes les sympathies du Monde Arabe et voilà que pour un bout de tissu, elle devient un repoussoir et risque de perdre ce magnifique capital de sympathie et de reconnaissance. Des manifestations, pas si spontanées, se sont organisées un peu partout et depuis une chimère s’enracine, celui que notre pays, celui des Droits de l’Homme, interdit à des jeunes femmes dignes et pudiques le droit à assumer leur Foi. Terrible constat ! Avec des conséquences imprévisibles.

Fasse que notre Marianne, bronze ou plâtre voilé, symbole de toutes les libertés, redevienne un espoir. Mais aussi que les sculpteurs choisissent mieux leurs modèles. Qu’ils éliminent les top-modèle plus célèbres pour leurs cambrures que pour leurs engagements citoyens, qu’ils refusent les dévoreuses d’hommes au fichu Vichy ou les stars de télé-réalité. La France ne manque pas d’héroïnes respectables et surtout espérons qu’un jour, Marianne prenne les traits d’une Hayat, d’une Bouchra, d’une Nassera, ou d’une Fouzia…

 

Nous saurons alors que l’intégration est réussie, que nous sommes tous des français à part entière et fiers de l’être.

 


M. Youssef Chems est Islamologue-Ecrivain
Il est l’auteur de Nass et de  Hadj Amor -Editions E-Dite-