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Sur le vif

Caricatures du Prophète : un Tunisien gracié mais toujours détenu

Rédigé par La Rédaction | Jeudi 20 Février 2014



Le président tunisien Moncef Marzouki a décidé de gracier Jabeur Mejri, un jeune homme emprisonné pour avoir diffusé sur Facebook des caricatures du Prophète Muhammad et des textes anti-islam.

L’annonce de sa grâce a été faite mercredi 19 février par le porte-parole de la présidence, Adnene Manser, sur les ondes de Shems FM. Il a précisé qu’un « décret présidentiel de grâce » avait été émis concernant ce prisonnier condamné en mars 2012 à 7 ans et demi de prison pour « trouble à l'ordre public, préjudice causé à des tiers à travers les réseaux publics de communication et atteinte à la morale ».

Mais la libération du jeune homme de 29 ans n’est pas pour tout de suite, car il serait en détention préventive dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds. « Un autre mandat de dépôt dans une affaire de droit commun, je crois, une accusation de mauvaise gestion de fonds », a précisé M. Manser. De quoi décevoir les soutiens de Jabeur Mejri, qui réclament depuis le départ sa libération. « On n'a absolument aucune connaissance de l'existence d'une autre affaire. Nous sommes sur l'affaire pour laquelle il a été emprisonné à Mahdia (dans l’affaire des caricatures, ndlr) et il n'a jamais été question d'autre chose », a réagi, auprès de l'AFP, le président du bureau de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) en Tunisie, Mokhtar Trif.

Plusieurs ONG et militants des droits de l'Homme se sont mobilisés pour son cas comme Human Rights Watch (HRW), qui a encore appelé début février le président à « saisir l'occasion » de l'adoption de la nouvelle Constitution tunisienne pour gracier un homme considéré par Amnesty International comme le premier prisonnier d'opinion de l’après-révolution. Moncef Marzouki avait indiqué, à plusieurs reprises, son intention de lui accorder la grâce, mais arguait ne pas pouvoir le faire tant que la Tunisie était confrontée à l'essor de groupes jihadistes.

Jabeur Mejri, un habitant de Mahdia, au sud de Tunis, avait été condamné en même temps que son ami Ghazi Beji. Ce dernier, qui a pris la fuite, a été condamné par contumace pour les mêmes faits. Dénonçant une condamnation pour « athéisme », il a depuis obtenu l’asile en France. De son côté, « le 14 octobre, Jabeur Mejri a écrit une lettre de sa propre main (...), disant :" Je présente mes excuses au peuple tunisien et aux autres peuples musulmans pour les écrits et caricatures insultant le Prophète et la religion musulmane" », a fait savoir M. Manser, rapporte l'AFP.

« La frustration, la négligence dont souffre une grande partie des jeunes tunisiens leur font perdre leurs repères et parfois ils font des choses dont ils ne sont mêmes pas convaincus », avait argumenté l’avocat de Jabeur Mejri, lors de son procès en appel, en juin 2012, en soulignant que son client était au chômage depuis six ans.

Le chômage, qui mine le pays, est l’un des gros défis qui attend la prochaine équipe dirigeante du pays après les élections législatives et présidentielle prévues avant l’été 2014.

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