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Canada : la dissolution des postes chargés de la lutte contre l'islamophobie et l’antisémitisme actée

Rédigé par Lina Farelli | Jeudi 5 Février 2026

           

Le gouvernement fédéral canadien a décidé, début février, de supprimer les postes de représentants spéciaux en charge de la lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme. Face à la nouvelle, des associations ont fait valoir leur déception.



Canada : la dissolution des postes chargés de la lutte contre l'islamophobie et l’antisémitisme actée
Les postes de représentants spéciaux en charge de la lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme au Canada ont été supprimés sur décision du gouvernement Mark Carney. Trois ans après sa nomination historique, Amira Elghawabi doit donc quitter son poste crée par Justin Trudeau alors que son mandat devait durer quatre ans. Le poste d’envoyé spécial pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme, créé en 2020 et occupé par Deborah Lyons entre octobre 2023 et juillet 2025, était, quant à lui, vacant depuis des mois.

Le Premier ministre Mark Carney, chef du Parti libéral du Canada qui a succédé à Justin Trudeau en mars 2025, a annoncé, mercredi 4 février, le remplacement des deux émissaires par un Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion. Sa mission sera notamment d’« établir des partenariats avec les communautés d’un océan à l’autre afin de jeter des ponts entre les communautés et de lutter contre toutes les formes de racisme et de haine, notamment l’antisémitisme et l’islamophobie ». Il visera aussi à « établir un réseau de leaders de confiance issus de toutes les communautés – y compris la société civile, le milieu universitaire, les jeunes leaders et les peuples autochtones – afin de fournir des conseils d’experts pour orienter les travaux du Conseil et promouvoir les objectifs communs de protection des droits, d’égalité et d’inclusion dans toutes les communautés ».

Selon le ministre de l’Identité et de la Culture canadienne, Marc Miller, ce nouvel organe « contribuera à bâtir un Canada plus inclusif et plus uni, un Canada fondé sur nos valeurs communes, qui mise sur l’engagement communautaire et qui est enraciné dans la conviction que ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui nous divise ». Les noms des membres seront dévoilés dans un prochain temps.

Plusieurs partis se sont réjouis de l’annonce de la suppression du poste d’Amira Elghawabi, à l’instar du Bloc québécois (BQ) qui réclame de longue date sa démission. « Ce poste était la manifestation la plus claire d’un multiculturalisme qui confine chaque communauté sans créer d’identité commune », a jugé le chef de file du BQ Yves-François Blanchet.

Un appel à « reconsidérer » une décision « troublante »

Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) a déclaré, mercredi 4 février, être « profondément déçu » de la décision gouvernementale visant à dissoudre les deux bureaux. Ces dernières années, « l’islamophobie continue de prendre de l’ampleur partout au pays », tout comme l’antisémitisme, et « les Canadiennes et les Canadiens de confession musulmane ont besoin d’un leadership durable et dédié », a fait savoir l’organisation.

« Bien qu’un Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion soit appelé à remplacer ces bureaux, nous poursuivrons notre travail de lutte contre l’islamophobie. Nous souhaitons collaborer avec le Premier ministre afin de suivre de près les travaux de cette nouvelle instance et de nous assurer que ce travail essentiel se poursuive », a affirmé le CNMC, remerciant au passage Amira Elghawaby « pour son travail exemplaire, son engagement constant et son plaidoyer indéfectible en faveur de notre communauté ». Cette dernière n’a pas encore réagi publiquement à la décision du gouvernement.

Pour l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC), la décision prise par le gouvernement fédéral est « profondément troublante et manque de vision à long terme ». La création d'un Conseil consultatif sur les droits, l'égalité et l'inclusion est « une initiative bienvenue », mais « l'étendue de son mandat ne répond pas au besoin de mesures ciblées pour lutter contre les manifestations spécifiques, persistantes et croissantes de haine telles que l'islamophobie et l'antisémitisme ».

« Il est déconcertant que ces postes soient supprimés à un moment où les incidents rapportés d'islamophobie et d'antisémitisme sont en augmentation dans tout le pays. (…) Les envoyés spéciaux jouent un rôle essentiel dans la mobilisation des communautés touchées, la coordination des réponses politiques et la garantie que l'action du gouvernement est fondée sur les réalités vécues », estime l’ACLC, qui appelle le gouvernement à « reconsidérer » sa décision. « La lutte contre l'islamophobie et l'antisémitisme nécessite davantage de soutien, pas moins. Elle nécessite des ressources dédiées, une responsabilité claire et un engagement visible au plus haut niveau du gouvernement. La suppression de ces postes sape les efforts visant à lutter contre la haine et risque de laisser les communautés se sentir abandonnées à un moment où elles sont réellement vulnérables. »

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