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Cinéma, DVD

Avec Paris la blanche, la tragique solitude des chibanis s'invite sur grand écran

Rédigé par Imane Youssfi | Mercredi 29 Mars 2017

En salles dès mercredi 29 mars, « Paris la blanche » de Lidia Leber Terki vaut le détour. Avec ce long-métrage auréolé du prix France Bleu au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz en octobre 2016, la réalisatrice raconte avec justesse et pudeur le périple d’une femme convaincue de pouvoir faire revenir son mari en Algérie qu'elle n’a pas vu depuis 48 ans. Mais cet ancien travailleur maghrébin venu en France après la guerre n’est plus l’homme qu’elle a connu.



Tassadit Mandi dans le rôle de Rekia dans « Paris la blanche ». © Delia Benais - Day for Night 2016
Tassadit Mandi dans le rôle de Rekia dans « Paris la blanche ». © Delia Benais - Day for Night 2016
Rekia est déterminée : il faut que son mari Nour, qui a quitté l’Algérie voici 48 ans pour s’installer en France, revienne auprès des siens. Encore faut-il qu'elle sache ce qu'il est advenu de lui. Sans nouvelles de son époux depuis quatre ans, elle se retrouve seule à aller à sa recherche. Ses enfants ayant appris à vivre sans lui, ils n’espèrent plus rien de leur père qui ne les a pas vu grandir.

C’est dans la plus grande des solitudes que cette mère de famille avoisinant les 70 ans décide de quitter l’Algérie pour la première fois de sa vie. Le spectateur prend la route avec une Rekia silencieuse lors de ce voyage. C'est au bout d'une quinzaine de minutes du film que le son de sa voix se fait entendre, une fois sur le bateau direction Marseille avant de rejoindre la capitale et sa banlieue. Vers cette autre France, celle d’en bas bien éloignée de l'image d'Epinal que se font les touristes de Paris.

Les conséquences de l'exil en lumière

La solitude, très marquée au début du film, s’échappe pour laisser place à une solidarité. Après un temps d'errance à Paris dont elle ne connaît rien, Rekia rencontre des réfugiés puis Tara (Karole Rocher), serveuse dans un café, qui lui viennent en aide dans sa difficile quête. La septuagénaire finit par retrouver Nour dans un foyer en désuétude (à l'écran comme à la vie), mais n’est pas au bout de ses peines. L’homme qu’elle a aimé n’est plus le même et la vie qu’il mène en France est loin de ce qu’elle imaginait de l’autre côté de la Méditerranée.

L’histoire d’amour des deux protagonistes est racontée avec pudeur et tristesse grâce aux touchantes interprétations de Tassadit Mandi, dans le rôle de Rekia, et de Zahir Bouzerar, dans le rôle de Nour. Au-delà de ce récit, la réalisatrice met en lumière la situation des chibanis en filmant au plus près leurs conditions de vie précaires dans des foyers et, par dessus tout, leur solitude qui finit par avoir raison sur l'envie de nombreux travailleurs de revenir au pays par peur de retrouver une famille et une terre qui leur est devenu étrangère.

Il est loin le temps où l'exil était vécu par ces hommes comme une solution temporaire ; l'éloignement les a changé à jamais. Il a également changé la vie des leurs et c'est ce vécu, celui de Rekia et de ses enfants, qui est particulièrement perceptible des spectateurs. « Le film parle de cet espoir qu’ont tous ces gens, qui peut être un leurre, parfois un sacrifice qui dure toute une vie. Ces personnes qui quittent leur pays, leur famille (…) pour aller travailler ailleurs ; je ne pense pas qu’elles le font de gaieté de cœur… Je voulais le dire », fait savoir Lidia Leber Terki.

Le spectateur est pris à témoin de cette situation encore peu connue du grand public au travers d'un film qui montre au plus près la précarité tant affective qu'économique des chibanis, sans jamais tomber dans la victimisation. S'il peut être reproché au film un certain manque de dynamisme du fait de longues scènes qui auraient pu être écourtées, il est tout de même plutôt réussi.

Paris la blanche, de Lidia Leber Terki (France, 1 h 23)
Avec Tassadit Mandi, Zahir Bouzerar, Karole Rocher, Marie Denarnaud, Dan Herzberg...
En salles le 29 mars 2017.

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