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Points de vue

17 octobre 1961

Rédigé par Colin Mohammed | Mardi 15 Octobre 2002

L’homme a un penchant naturel pour l’oubli. On oublie naturellement chacun de nos pas qui constitue la marche. A chaque inspiration, on n’a pas conscience que l’on respire… L’esprit semble trop occupé pour songer à ces fonctions primaires. Cette absence de conscience est très certainement un bienfait. Cela est d’autant plus vrai que lorsqu’il s’agit d’expériences douloureuses que la vie manque pas de nous infliger. Mais c’est tout le contraire lorsqu’il s’agit d’injustices subies.



L’homme a un penchant naturel pour l’oubli. On oublie naturellement chacun de nos pas qui constitue la marche. A chaque inspiration, on n’a pas conscience que l’on respire… L’esprit semble trop occupé pour songer à ces fonctions primaires. Cette absence de conscience est très certainement un bienfait. Cela est d’autant plus vrai que lorsqu’il s’agit d’expériences douloureuses que la vie manque pas de nous infliger. Mais c’est tout le contraire lorsqu’il s’agit d’injustices subies. L’homme meurtri éprouve l’inexplicable besoin de témoigner et de confondre le criminel.

 

Quarante et un ans après le 17 octobre 1961, le souvenir est toujours là. Il a su traverser l’amnésie collective des institutions françaises, des historiens, des hommes et femmes témoins de cette page noire de la France. Cette feuille tachée du sang  relate le massacre - longtemps dissimulé sous l’expression d’évènements tragiques- orchestré par le préfet Maurice Papon qui s’est abattu sur les manifestants algériens soumis au couvre feux. Une véritable chasse au faciès s’est enclenchée et a fait 265 morts selon l’historien Jean Luc Einaudi. La plupart des victimes furent jetées dans la seine après avoir été ensanglantés par la police française. Paris, 20 ans après la rafle du Vel’ d’Hiv’ fut une nouvelle fois, le théâtre d’un pogrom s’opérant sur l’attribut raciale et religieuse des victimes. Cette fois, il s’agissait de musulmans.

 

Aujourd’hui, le devoir de mémoire s’impose. La dernière décennie grâce aux travaux de quelques historiens et au questionnement des français de confession musulmane dont beaucoup de leurs parents ont vécu ce massacre, a commencé à mettre la lumière sur ce macabre épisode. Ce qui a permis d'ouvrir la voie au geste de reconnaissance officielle de Bertrand Delanoë. Beaucoup de résistances sont néanmoins à l’œuvre, en témoignent les nombreuses difficultés administratives pour accéder aux archives de la police. Pourtant, la France doit ouvrir ce passage obscur de l’histoire et plus généralement revoir l’histoire coloniale. Cette nécessité pèse lourdement dans les relations françaises avec l’Algérie et détermine une partie des rapports avec les musulmans de France.