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Politique

Financement de l’islam et formation des imams au programme de l’instance de dialogue

Rédigé par | Jeudi 8 Décembre 2016

Lundi 12 décembre, le ministère de l’Intérieur, désormais sous l’égide du nouveau ministre Bruno Le Roux, organise pour la troisième fois l’instance de dialogue avec l’islam. Plus d’une centaine de personnalités musulmanes et des membres de services ministériels sont conviés à débattre et à réfléchir ensemble sur le financement de l’islam et la formation du personnel religieux au cours d’ateliers et de séances plénières.



Faire le point sur la formation civile et civique des imams et aumôniers et sur la création de départements universitaires en islamologie. Répertorier les besoins de financement du culte et trouver précisément les ressources nécessaires sans que cela reste au stade de vœu pieu. Tels sont les deux axes de travail de la troisième instance de dialogue avec l’islam, qui avait été initiée par Bernard Cazeneuve, aujourd’hui Premier ministre, et qui aura lieu le 12 décembre.
Faire le point sur la formation civile et civique des imams et aumôniers et sur la création de départements universitaires en islamologie. Répertorier les besoins de financement du culte et trouver précisément les ressources nécessaires sans que cela reste au stade de vœu pieu. Tels sont les deux axes de travail de la troisième instance de dialogue avec l’islam, qui avait été initiée par Bernard Cazeneuve, aujourd’hui Premier ministre, et qui aura lieu le 12 décembre.
Ce sera avec Bernard Cazeneuve Premier ministre et non plus ministre de l’Intérieur que s’ouvrira l’instance de dialogue avec l’islam lundi 12 décembre. Annoncée lors de la « journée d’échanges et de consultations sur la fondation de l’islam de France », la 3e édition sera la dernière à être organisée sous le gouvernement de François Hollande.

Rien ne dit, en effet, que sous la prochaine mandature présidentielle soit réitéré cet « espace informel d’échanges entre les services de l’État et les concitoyens de confession musulmane », selon la formule consacrée du ministère. Celui-ci réunit plus d’une centaine de personnalités musulmanes et les pouvoirs publics en une journée pour traiter de dossiers épineux relatifs à l’islam et aux problématiques que vivent les musulmans de France afin que « ceux-ci puissent exprimer leurs points de vue et éclairer les pouvoirs publics sur leurs attentes ».

Initiée en juin 2015 après les attentats qui ont frappé la France en début d’année, renouvelée en mars 2016 avec pour thème principal la lutte contre la radicalisation, l’instance de dialogue de cette fin de quinquennat suit le même canevas organisationnel.

Le matin : allocution du Premier ministre Bernard Cazeneuve (qui, au contraire de Manuel Valls, connaît bien le dossier « islam » pour l’avoir pris à bras-le-corps après les attentats) ; puis allocution du président du Conseil français du culte musulman Anouar Kbibech ; s’ensuivent quatre ateliers.

L’après-midi : allocution du recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur (qui s’était pourtant fendu d’un communiqué, le 24 novembre, menaçant de « réserver sa participation » à raison du manque de « concertation consensuelle » concernant les « nouvelles initiatives d’organisation du culte musulman ») ; restitution des quatre ateliers. Enfin, le discours du nouveau ministre de l’Intérieur en charge des cultes Bruno Le Roux clôturera la journée. Les ministres de la Culture et de l’Éducation nationale pourraient probablement être présentes.

La Fondation de l’islam de France sur les rails

Comme cela avait été déclaré le 29 août dernier, c’est bien la question du financement de l’islam de France et celle de la formation des imams qui seront au cœur de cette journée du 12 décembre.

Reconnue d’utilité publique par décret qui vient d’être publié le 5 décembre, la Fondation de l’islam de France, qui a vocation à initier, soutenir et financer des « actions à caractère philanthropique, culturel, éducatif, social ou humanitaire », sera officiellement annoncée par son président Jean-Pierre Chevènement, qui aura préalablement été élu par le conseil d’administration.

Celui-ci se réunit d’ailleurs pour la première fois ce jeudi 8 décembre. Le conseil d’administration de la fondation est composé de onze membres : deux représentants des entreprises donatrices (Aéroports de Paris, SNCF…), trois représentants du ministère de l’Intérieur, de l’Éducation nationale et de la Culture, ainsi que le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) en exercice ; ces six membres de droit auront entériné les noms des cinq personnalités qualifiées, qui avaient d’ores et déjà été citées le 29 août dernier. À savoir : l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, l’écrivain Tahar Ben Jelloun, l’islamologue Ghaleb Bencheikh, l’ancienne présidente du club XXIe siècle Najoua Arduini-Elatfani et le recteur de la Grande Mosquée de Lyon Kamel Kabtane. Ce jeudi 8 décembre verra également désigné un bureau et arrêtée la liste de la vingtaine de membres devant siéger au conseil d’orientation.

Côté finances, la Fondation de l’islam de France serait dotée d’un budget « entre 3 et 5 millions d’euros », en ayant récupéré le million d’euros de l’ancienne Fondation des œuvres de l’islam de France, dissoute le 5 décembre par décret, lequel nomme Christian Poncet commissaire liquidateur chargé de transférer les fonds vers la nouvelle fondation.

Des département d'islamologie au sein des universités françaises

Lors de l’instance de dialogue, le 1er atelier sera ainsi consacré aux « actions que la fondation pourrait engager dans les domaines de la culture, de l’éducation et de l’islamologie, afin de répondre aux attentes qui ont été exprimées lors des discussions préparatoires dans un cadre local ».

Le 2e atelier sera l’occasion de dresser le « bilan des formations profanes autour de la laïcité déjà accessibles aux ministres du cultes et aux aumôniers dans les universités françaises ». Au nombre de 14 en cette fin d’année 2016, les diplômes universitaires (DU) de formation civile et civique pourraient atteindre la vingtaine courant 2017, selon les vœux du ministère.

La troisième instance de dialogue avec l’islam entend poser les bases d’un financement pérenne et transparent des projets culturels et cultuels des musulmans de France, alors que se profile un changement politique en 2017.
La troisième instance de dialogue avec l’islam entend poser les bases d’un financement pérenne et transparent des projets culturels et cultuels des musulmans de France, alors que se profile un changement politique en 2017.
Pour compléter la formation des imams, le ministère de l’Intérieur avait par ailleurs chargé l’islamologue Rachid Benzine, l’historienne Catherine Mayeur-Jouen et la juriste Mathilde Philip-Gay d’émettre des propositions concrètes pour la création de départements d’islamologie au sein même des universités publiques françaises, tout en articulant leur programme avec les instituts privés de théologie musulmane.

Il s’agit de « renforcer l’offre universitaire savante à laquelle doivent avoir accès les futurs imams dans les matières non confessantes, telles que la langue et la littérature arabe, l’histoire et l’exégèse du Coran, l’histoire et la civilisation musulmane », avait alors indiqué, le 29 août, l’ex-ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, lors de la journée de consultations sur l’islam. Le 2e atelier de l’instance de dialogue permettra aux participants de discuter des propositions émises par les trois universitaires dans leur rapport d’étape sur la formation en islamologie.

Quelles ressources pour financer le culte musulman ?

Considérant que les responsables associatifs sont désormais au fait des bonnes méthodes quant à la gestion et à la construction des lieux de culte, grâce notamment aux ateliers de la 1re instance de dialogue et à l’édition d’un guide pratique publié en août dernier et disponible gratuitement sur le site du ministère, les 3e et 4e ateliers sont plus spécifiquement dédiés à la question essentielle du financement du culte.

« Quels besoins de financement pour le culte musulman en France ? » est la problématique du 3e atelier. Il s’attachera à identifier « les besoins de financement et les projets qui justifient la recherche de nouvelles ressources : construction, entretien, fonctionnement ou agrandissement des lieux de culte ; formation et accompagnement matériel des imams ». Sachant, en toile de fond, qu’il n’existe toujours pas de « statut d’imam » et que les musulmans ont davantage besoin de salles de prière de proximité et de lieux de culte qui soient aussi des lieux culturels et d’apprentissage plutôt que de mosquées-cathédrales exigeant des sommes astronomiques et vouées à péricliter.

Le 4e atelier « Quelles ressources nationales pour le culte musulman ? » traitera en filigrane de l’association cultuelle qui doit être créée courant 2017, en parallèle de la Fondation de l’islam de France. Cette association, entièrement gérée par les musulmans, aura pour objectif de financer les activités à caractère cultuel (construction et rénovation des mosquées, formation théologique et paiement des charges salariales du personnel religieux…). Outre les classiques dons et legs et la collecte de la zakât, troisième pilier de l’islam, les protagonistes de cette association lorgnent du côté de la redevance halal, tant convoitée mais jamais mise en place, d’un prélèvement sur le hajj, voire sur le funéraire.

Au cours de son discours et de l’atelier 4, le président du CFCM Anouar Kbibech aura à présenter les grandes lignes de l’association cultuelle destinée à réunir et distribuer les fonds qui financeront la construction des lieux de culte et la formation théologique des imams.
Au cours de son discours et de l’atelier 4, le président du CFCM Anouar Kbibech aura à présenter les grandes lignes de l’association cultuelle destinée à réunir et distribuer les fonds qui financeront la construction des lieux de culte et la formation théologique des imams.
Sont ainsi conviés à ce 4e atelier les opérateurs du contrôle du halal (OCH), les représentants des trois Grandes Mosquées certificatrices de Paris, d’Évry et de Lyon, les agences de voyages signataires de la charte qualité membres de la Coordination des organisateurs agréés Hadj de France (CHF) et des spécialistes de levées de fonds auprès des fidèles. Plus que de débattre (et alors même que la charte du halal, bien qu’existante, n’a pas été officiellement rendue publique), on attendra certainement des opérateurs du halal et du pèlerinage un engagement à verser leur obole pour aider au financement du culte musulman…

Transparence du financement du culte musulman, meilleur fléchage des projets culturels et cultuels à financer… Alors que la France entre en période électorale pour la présidentielle 2017 avec des débats biaisés en perspective sur « immigration-identité-islam », il s’agit de donner les moyens matériels et financiers à la deuxième religion de France afin qu’elle s’inscrive de manière apaisée dans le paysage hexagonal en tant que spiritualité et culture autochtones.



Journaliste à Saphirnews.com ; rédactrice en chef de Salamnews En savoir plus sur cet auteur



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