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Religions

Vers un nouveau statut des imams de France ?

Rédigé par | Mercredi 16 Novembre 2016

Auteur d’un rapport sur la formation des cadres religieux musulmans remis au Premier ministre en 2013, le juriste et directeur de recherche au CNRS Francis Messner fait le point sur les questions particulièrement épineuses de la formation et du statut des imams. Il organise les 16 et 17 novembre un colloque « Le statut des ministres du culte musulman en France », au cours duquel sera présenté un projet de charte des imams.



Parmi l’un des chantiers à réaliser promis par le Conseil français du culte musulman, sous la nouvelle présidence d’Anouar Kbibech, figurait une charte des imams. Le 17 novembre va être proposée une charte des imams concoctée par le CRCM Alsace, sous la houlette de Francis Messner, responsable du master d’islamologie à l’université de Strasbourg. Objectif : élaborer un statut des imams de France.
Parmi l’un des chantiers à réaliser promis par le Conseil français du culte musulman, sous la nouvelle présidence d’Anouar Kbibech, figurait une charte des imams. Le 17 novembre va être proposée une charte des imams concoctée par le CRCM Alsace, sous la houlette de Francis Messner, responsable du master d’islamologie à l’université de Strasbourg. Objectif : élaborer un statut des imams de France.

S’agissant des diplômes universitaires (DU) de formation civile et civique, où en est-on pour cette rentrée universitaire 2016-2017 ?

Francis Messner : Parmi les 13 DU (Paris, Strasbourg, Aix-en-Provence, Bordeaux…), celui de Rennes s’ouvre à la rentrée 2016. Par ailleurs est en préparation un DU à distance, qui devrait voir le jour à la fin de l’année. Ce DU, dont le démarrage est prévu pour janvier 2017, permettra à des étudiants éloignés des sites universitaires de bénéficier de cette formation. Il répond à l’obligation pour les aumôniers des armées, des prisons et des hôpitaux, quand ils sont rémunérés, d’être titulaires d’un DU habilité par le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Enseignement supérieur. Les aumôniers bénévoles sont encouragés bien sûr, mais non tenus d’être titulaires de ce diplôme.

Quel est le profil sociologique des étudiants en DU ?

Francis Messner : Chaque site a sa particularité. À Lyon, la moitié de l’effectif est constituée de fonctionnaires et l’autre moitié de cadres religieux (imams, enseignants en religion…). À Montpellier, il y a une part de cadres religieux, une moindre part de fonctionnaires, mais surtout des étudiants en droit des religions, car le DU était auparavant un DU en droit des religions qui a été transformé en DU de formation civile et civique. À Strasbourg, ce sont essentiellement des cadres religieux (protestants, catholiques, musulmans…), avec, cette année, un ou deux fonctionnaires. D’une région à l’autre, le profil est très variable.
Cependant, il y a une constante : le nombre le plus important est constitué de cadres religieux musulmans et on note de plus en plus de fonctionnaires, d’agents publics. Le DU allant être rendu obligatoire pour les aumôniers, il y aura donc forcément plus de cadres religieux catholiques, protestants et juifs qui participeront à cette formation. Il s’agit des connaissances des institutions de la République et du droit des religions. Cela permettra à tous ces personnels d’avoir un socle de culture commune.

Quelles comparaisons peut-on établir avec d’autres pays européens ?

Francis Messner : Il faut rappeler qu’il existe des facultés de théologie musulmane au sein de l’université publique, pas en France, mais en Allemagne : cinq instituts de théologie islamique existent au sein des universités publiques depuis 2010 (Tübingen, Munster, Francfort, Osnabruck, Giessen). En Autriche, une faculté de théologie sera créée à Vienne à l’horizon 2017. Il existe des formations théologiques en Belgique, qui relèvent plutôt des sciences humaines et sociales de l’islam, à l’instar de ce que nous faisons à Strasbourg.

D’où vient cette difficulté de ne pouvoir créer in extenso une faculté théologique en France ?

Francis Messner : La possibilité de créer une faculté théologique dans le cadre de l’université publique française, en raison du régime de séparation des Églises et de l’État, me parait plus qu’improbable. Tout d’abord, pour des raisons juridiques, puisque le financement des cultes qui comprend la formation des ministres du culte est prohibé par l’article 2 de la loi de 1905. Par ailleurs, les facultés théologiques catholique et protestante ont été supprimées, respectivement, en 1885 et en 1905 dans le cadre de la séparation des Églises et de l’État.

Si on fait de la prospective pour les prochaines années, quelle sera l’architecture de la formation des imams en France ?

Francis Messner : À terme, je pense qu’on arrivera à un système à trois niveaux. D’une part, la formation initiale théologique délivrée par des instituts privés ; d’autre part, le diplôme universitaire de formation civile et civique ; et enfin la possibilité de suivre en complément une formation supérieure en sciences humaines et sociales de l’islam dans le cadre de l’université publique. À Strasbourg, les masters 1 et 2 d’islamologie existent déjà dans la faculté de droit depuis 2009 et une licence s’ouvre à la rentrée 2016 dans le cadre de l’UFR des sciences historiques.

Outre la question de la formation, quelles autres difficultés rencontrent les cadres religieux musulmans en France ?

Francis Messner : Il faut évoquer plusieurs problèmes. Le premier état des lieux à faire est que beaucoup d’imams à plein temps sont détachés de leur pays d’origine et payés par eux, qui viennent en France pour une période puis qui repartent. C’est le cas de la Turquie, du Maroc, de l’Algérie. Pour eux, le problème de la formation ne se pose pas.
Le deuxième problème est que le culte musulman en France n’a pas les capacités de financer les imams à plein temps, seules quelques communautés peuvent le faire, mais pas toutes. Cela pose la question des conditions des ressources des différentes communautés. C’est pour cela que, plus largement, une réflexion a été lancée pour relancer la fondation des œuvres de l’islam et sur le financement de l’islam par le ministère de l’Intérieur.
Par ailleurs, cela pose le statut de l’islam au regard du Conseil français du culte musulman (CFCM). Par exemple, pour les catholiques, les protestants et les juifs, les ministres du culte ont un statut qui fixe la formation, leur cahier des charges. Ces ministres du culte dépendent non pas de leur paroisse, de leur « circonscription locale », mais de leur organisme central. Or ce statut n’existe pas pour les imams. D’une part, il n’y a pas de ressources suffisantes et, d’autre part, il n’y a pas de cadre normatif propre à la collectivité musulmane.

Justement, vous organisez, les 16 et 17 novembre, un colloque international consacré au statut des ministres du culte musulman en France, quelle en est la teneur ?

Francis Messner : Ce colloque sur le statut canonique des cadres religieux engage une réflexion qui tente de déterminer de quelle manière le culte musulman pourrait instaurer un statut pour les imams, puisque le statut n’est pas fixé par l’État.
Ce colloque est en trois parties. En première partie est abordé le statut des imams au regard des textes fondateurs et de ce qui se passe dans la réalité, avec une comparaison avec la situation des catholiques, des protestants et des juifs. La deuxième partie de ce colloque international consistera en la présentation de ce qui se passe à l’étranger (Autriche, Belgique, Espagne, Sénégal…). En troisième partie, une table ronde est autour de la rédaction d’un statut des imams, qui devrait être pris en charge par le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Cela suppose que le CFCM a effectué un travail en amont ?

Francis Messner : C’est le CRCM Alsace qui a planché dessus ! Il faut toujours avancer petit à petit… Évidemment, le CFCM a été averti. C’est un travail universitaire qui est effectué : on fournit des instruments, on ne donne pas de solutions.

Colloque international « Le statut des ministres du culte musulman en France dans une perspective comparative »
Le 16 et le 17 novembre, à l’université de Strasbourg, est organisé un colloque au cours duquel sera présenté un projet de charte des imams rédigé dans le cadre de l’instance régionale de dialogue avec l’islam de la Région Grand Est. La dernière table ronde qui sera consacrée à ce sujet sera en présence d’Olivier Bitz, adjoint au maire de Strasbourg, Jean-Claude Herrgott, de la Préfecture de la Région Grand Est, Mohammed Moussaoui, président d’honneur du CFCM, Anouar Kbibech, président du CFCM, Murat Ercan, président du CRCM Alsace, Ahmed Jaballah, directeur de l’Institut européen des sciences humaines de Paris, et Djelloul Seddiki, directeur de l’Institut Al Ghazali de la Grande Mosquée de Paris. Voir le programme complet ici

Première parution de cet article dans Salamnews, n° 59, septembre-octobre 2016.






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