Connectez-vous S'inscrire






Religions

Ce qu’il faut savoir sur la Fondation pour l’islam de France

Rédigé par | Lundi 5 Septembre 2016

Annoncée en 2015, juste après les attentats de Paris, la relance de la Fondation pour l’islam de France a fait l’objet de longs mois de gestation. Elle sera créée d’ici à la fin de cette année 2016. La journée du 29 août en a été un point d’ancrage.



Lundi 29 août, le ministère de l'intérieur a organisé une "journée d'échanges et de consultations" à propos de la Fondation pour l'islam de France. De g. à dr. : Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, Laurent Burin des Roziers, conseiller en charge des cultes auprès du ministre, Tahar Ben Jelloun, écrivain, Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, tous deux membres du conseil d’administration de la fondation, et Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et président de la Fondation pour l’islam de France. (photo © ministère de l’Intérieur)
Lundi 29 août, le ministère de l'intérieur a organisé une "journée d'échanges et de consultations" à propos de la Fondation pour l'islam de France. De g. à dr. : Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, Laurent Burin des Roziers, conseiller en charge des cultes auprès du ministre, Tahar Ben Jelloun, écrivain, Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon, tous deux membres du conseil d’administration de la fondation, et Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre et président de la Fondation pour l’islam de France. (photo © ministère de l’Intérieur)
Une « nouvelle étape » dans « la construction d’un islam de France dans le respect des valeurs de la République » pour Bernard Cazeneuve. Le ministère de l’Intérieur a organisé une journée de consultations sur l’islam de France lundi 29 août. Cinq mois après la deuxième réunion de l’instance de dialogue avec l’islam et en pleine polémique autour des arrêtés anti-burkini pris par une trentaine de municipalités en août, Place Beauvau a réuni des responsables du culte musulman et des personnalités de la société civile afin d’échanger sur la fondation de l’islam de France.

« La création de la fondation pour l’islam de France implique beaucoup de dialogue », déclare en préambule Bernard Cazeneuve lors d’un petit déjeuner auquel Saphirnews est convié avant que ne commence la grande journée « d’échanges et de consultations ». « Il faut prendre conscience que nous vivons un moment historique », alors que « la République peut se déchirer » à tout moment, évoquant « ce qui se passe à Tremblay qui est révélateur d’un climat tendu ». Or « j’ai la volonté que la République reste une et indivisible », ne cessera de marteler le ministre de l’Intérieur tout au long de la journée.

Une fusée à plusieurs étages

Souhaitant « faire comprendre la philosophie » de la fondation, Bernard Cazeneuve « veut remettre en perspective ce que nous avons créé ». Et d’énumérer la mise en place de l’instance de dialogue avec l’islam qui s’est réunie par deux fois en juin 2015 et en mars 2016, les diplômes universitaires (DU) pour ceux qui se destinent à l’imamat et qui sont rendus obligatoires pour les aumôniers à partir de cette rentrée 2016, la publication de deux guides pratiques sur la gestion et la construction des lieux de culte et sur l’organisation et l’encadrement de l’abattage rituel de l’Aïd el-Kébir, sans oublier la « mobilisation des musulmans sur la question de la radicalisation », ne manque-t-il pas de souligner. « Tous ces sujets ont été traités dans l’instance de dialogue, mais aujourd’hui nous allons au-delà pour cet islam de France. »

Tel le dernier étage d’une fusée qui permettrait de faire décoller un « islam de France », la fondation vient ainsi clore le « dossier islam » du ministère de l’Intérieur sous le quinquennat de François Hollande, les attentats ayant paradoxalement donné un coup d’accélérateur dans la prise de conscience à devoir traiter la question de l’organisation et du financement du culte musulman, particulièrement indigent au regard des besoins de la deuxième religion de France.

Une association cultuelle adossée à l’institution culturelle

Fondée sur les ruines de la Fondation des œuvres de l’islam, qui avait vu le jour en 2005 avant de péricliter devant l’échec de sa gouvernance. la nouvelle instance, qui avait vu la nomination, en novembre 2015, d’un directeur de projet chargé de travailler sur sa préfiguration, sera lancée d’ici à la fin de l’année 2016.

La fondation première version s’était donné pour seul objectif la construction et la gestion des mosquées. Un objectif retoqué par le Conseil d’État au regard de la loi de 1905. Aussi, au même titre que les fondations Notre-Dame, du judaïsme ou du protestantisme qui n’ont pas d’objet lié à l’exercice du culte, la nouvelle fondation d’utilité publique aura une envergure strictement culturelle. Sa vocation sera de « soutenir des projets dans les domaines de l’éducation, de la culture et du social ». Ainsi, elle pourra « prendre en charge la formation profane des aumôniers et des imams, la recherche en islamologie, le financement de thèses », « apporter son soutien à la connaissance de la religion et de la culture musulmane, à travers des expositions, des productions audiovisuelles ou numériques », fait valoir Bernard Cazeneuve. En somme, elle soutiendra « tous les projets utiles à la bonne insertion de l’islam dans la société française ».

À cette fondation laïque, qui récupèrera le million d’euros de la précédente institution, sera adossée une association cultuelle dans laquelle l’État sera absent, laïcité oblige. Celle-ci, dont les statuts et le mode de gouvernance sont encore à l’état de feuille blanche, financera, grâce aux dons des fidèles et de la redevance halal sur laquelle le Conseil français du culte musulman (CFCM) travaille, des projets en matière religieuse, en particulier la formation théologique des imams et la construction de mosquées. La partie culturelle des lieux de culte (bibliothèque, salles d’exposition…) pourra, en revanche, être prise en charge par la fondation.

Jean-Pierre Chevènement aux commandes

Le conseil d’administration de la fondation, qui sera principalement financée par l’État et des mécènes, comprendra deux représentants des entreprises donatrices, trois représentants du ministère de l’Intérieur, de l’Éducation nationale et de la Culture, ainsi que le président du CFCM en exercice. Ces cinq membres de droit désignent cinq personnalités qualifiées, dont le président de la fondation.

Font partie du conseil d’administration l’écrivain Prix Goncourt Tahar Ben Jelloun, l’islamologue et président de la Conférence mondiale des religions pour la paix Ghaleb Bencheikh, l’ancienne présidente du club XXIe siècle et cadre supérieure dans l’industrie Najoua Arduini-Elatfani et le recteur de la Grande Mosquée de Lyon et président de l’Institut français de civilisation musulmane Kamel Kabtane.

Jean-Pierre Chevènement, qui avait lancé une série de consultations (« istichara ») à l’origine de la création du CFCM, a été confirmé pour présider la fondation, non sans soulever de polémiques. Nommé plusieurs fois ministre, l’homme politique, âgé de 77 ans, n’est lui-même pas musulman. En pleine controverse autour du burkini, il avait même signifié aux musulmans « la discrétion » dans l’espace public « dans cette période difficile ». Et le matin même du lundi 29 août, il s’était fendu de nouveau d’une déclaration qui a fait polémique sur la « nationalité disparue à Saint-Denis ».

Traiter les relations entre la République et les musulmans

« La nomination de Jean-Pierre Chevènement fait l’objet d'incompréhensions », concède Bernard Cazeneuve. Il est nommé président « non pas parce que les musulmans n’ont pas les capacités » mais parce que la fondation aura à « traiter les relations entre la République et les musulmans » et « le conseil d’administration sera constitué majoritairement de musulmans », veut-il rassurer.

La présidence de Jean-Pierre Chevènement, dont les qualités sont louées (« un grand républicain », « un grand connaisseur du monde musulman »…), durera pendant « la période d’amorçage » de la fondation qui sera amenée à « rapidement prendre son envol » et à « avoir à sa tête d’autres personnalités ». En outre, un directeur général sera nommé : « Il ou elle sera musulman », indiquera plus tard Anouar Kbibech, président du CFCM.

La fondation est également dotée d’un conseil d’orientation, composé de 20 à 22 membres, qui devra évaluer les projets à financer. Pour présider cet organe a été choisi le recteur de la Grande Mosquée de Paris (GMP) Dalil Boubakeur, président d’honneur du CFCM mais aussi président de l’ancienne fondation des œuvres de l’islam qui n’a jamais fonctionné (« pour des raisons qui ne tiennent pas à la qualité des anciens responsables mais à un défaut de conception », défend le ministre de l’Intérieur).

Le conseil d’orientation verra la présence de six représentants de fédérations musulmanes et d’une quinzaine de personnalités qualifiées dont la liste n’est pas encore parachevée, dans les domaines de la culture, de l’éducation et du social, c’est-à-dire des « représentants de la nouvelle génération de Français de confession musulmane qui aspirent à jouer un rôle dans la bonne intégration de l’islam dans la société française » mais aussi les représentants des institutions culturelles comme le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), l’Institut du monde arabe (IMA), l’Institut des cultures d’islam, le musée de l’Histoire de l’immigration

La question du financement du culte reste entière

Alors que la fondation pour l’islam de France a fait l’objet de plus d’un an de maturation, les contours de l’association cultuelle demeurent encore flous. Mis à part l’assurance de la non-ingérence de l’État au nom du principe de laïcité et que le financement sera « 100 % français » (un vœu pieux ?), rien n’est encore rédigé au-delà de grands principes.

Il s’agit de « trouver de nouvelles sources nationales de financement », qui pourront prendre la forme de « contribution volontaire auprès de la filière halal et d’agences de voyages du pèlerinage ». Autres missions qui lui seraient assignées (et qu’aurait pu prendre en charge le CFCM depuis ses 12 ans d’existence) : expertise juridique des projets, soutien opérationnel à la maitrise d’ouvrage des lieux de culte, mutualisation des appels d’offres auprès des fournisseurs…

Sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur qui entend rester neutre en n’apportant que « son expertise juridique », un groupe de travail, comprenant des responsables du culte musulman et des membres de la « nouvelle génération de l’islam de France », est actuellement chargé de rédiger les statuts et de rechercher de nouveaux financements. La redevance halal serait « une contribution volontaire et contractualisée des acteurs économiques. Ces derniers ont intérêt à ce que le culte se développe », insiste le ministre auprès de Saphirnews. « Et cela permettrait à l’islam de France d’entrer de plein pied dans la République ».

Compte tenu du déroulé de la journée de lundi 29 juin et des personnalités conviées ce jour-là, rien ne dit que les donateurs (fidèles des mosquées, acteurs du halal et autres « musulmans discrets »…) soient prêts à verser leur obole à l’association cultuelle. La question de la transparence et de la traçabilité du financement du culte reste entière, elle était pourtant une des principales pierres d’achoppement relevées dans le rapport de la mission sénatoriale d’information sur l’islam.

Rendez-vous est donné début décembre, à la troisième réunion de l’instance de dialogue avec l’islam, consacrée à la formation des ministres du culte et au financement du culte.

Il reste donc trois mois seulement pour finaliser la fusée « islam de France » du ministère de l’Intérieur. Au regard des expériences passées et de la valse des égos qui se joue maintenant, qu’elle provienne des « anciennes » ou des « nouvelles générations », il ne faudrait pas que la fusée implose en vol.






Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu