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Points de vue

Une fatwa contre Houellebecq ?

Rédigé par Amara Bamba | Vendredi 25 Octobre 2002

Après l'affaire Rushdie, l'affaire Houellebecq. Une affaire de trop ou une crise nécessaire au respect de l'islam par les non musulmans. Michel Houellebecq, qui clame haut et fort sa haine de l'islam, est-il menacé d'une fatwa ? De Rushdie à Houellebecq, qu'est-ce-qui a changé ? Autant de questions et bien d'autres qui méritent d'être posées.



Il y a eu l’affaire Rushdie autour des Versets sataniques. C’était il y a déjà bien longtemps ! En ces temps là, un écrivain anglais, Salman Rushdie, avait cru bon « fictionniser » sur la sira, l'histoire du Prophète Muhammad. Avec un talent indéniable, il a sorti sa plume pour tenter de corrompre la vie de l’envoyé de Dieu. Sale besogne ! Naturellement, Salman Rushdie avait essuyé le courroux de nombreux musulmans offensés.

A l’époque, des non musulmans avaient aussi réagi. La protestation fut mondiale. L’ayatollah Khomeyni, qui était encore à la tête de la République islamique d’Iran, était aussi monté au créneau et avait lancé une fatwa. Invitant l’écrivain à retirer son offense au risque de sa vie. Les autoproclamés défenseurs de la « liberté d’expression » s’étaient indignés. Dans les journaux et parfois dans les rues, ils avaient affronté les défenseurs du « respect d’autrui ».

Le temps a passé. L’affaire Rushdie est aux souvenirs. Les nouvelles éditions des Versets Sataniques trônent dans les bibliothèques municipales. Inoffensives. On peut se demander : tout le raffut était-il bien nécessaire ?

Et voilà que l’on nous sert l’affaire Houellebecq. L’expérience a porté ses fruits. « On s’adresse au tribunal pour éviter une fatwa », a déclaré Maître Jean Marc Varaut, avocat de la Grande Mosquée de Paris durant le procès.

Mohammed Bechari, président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), lance des appels au monde intellectuel et politique en France pour sanctionner « ce type d’aberration ». Le livre n’est pas remis en cause. Ce sont les propos de l’auteur qui posent problème. Son « ignorance de l’islam », ses amalgames divers, son « incitation à la haine religieuse », voire « raciale ». Car, comme le reconnaît Maître Varaut, Michel Houellebecq a le droit de critiquer l’islam, mais « pas le droit d’inciter à la haine contre l’islam ».

C’est donc sensiblement sous cet angle que quatre organisations musulmanes (la Société de Habous et des Lieux Saints de l’Islam, l’Association rituelle de la Grande Mosquée de Lyon, La Ligue islamique mondiale et la FNMF) ainsi que la Ligue de droits de l’homme se sont constituées partie civile pour demander la condamnation des propos du romancier français.

Une haine aveugle contre l'islam

Michel Houellebecq ne cache pas sa haine contre l’islam. Cette religion que sa mère a adoptée lui fait foncièrement peur. Inapte à comprendre le choix de sa mère, il le dénigre : « C’était le dernier moyen qu’elle avait trouvé pour emmerder le monde… » Son ignorance et son appréhension de l’islam deviennent ridicules quand il se réjouit du matérialisme qui sévit dans certains pays riches du monde musulman. Il y entrevoit la cause de la défaite de l’islam. Il souhaite cette défaite.

La victoire du capitalisme sur les valeurs de l’islam lui semble un moindre mal. Son ignorance de l’islam surprend lorsqu’il explique que c’est au cours d’un séjour à Bangkok qu’il découvre que les musulmans n’étaient pas tous vertueux ! Il le confesse : « Je ne m’y attendais pas. J’imaginais bêtement que tous les musulmans étaient de bons musulmans. » Cette naïveté, amusante de la part d’un adulte, se retrouve dans les propos niais et plats qu’il tient sur le Coran. De généralisations abusives en insultes explicites, il évolue dans la droite ligne de ces gens qui vilipendent ce qui échappe à leur expérience personnelle et qui vomissent ce qui dépasse les limites de leur entendement. Certains les appellent : intellectuels.

« Fumant comme un sapeur et buvant comme un trou », Michel Houellebecq est un admirateur du Maréchal Pétain. Il le préfère au Général de Gaule. Ce qui pourrait expliquer le soutien, lors de son procès, d’une dizaine de militants du Mouvement national républicain (de Bruno Megret),menés par Jean Yves Le Gallou, conseiller régional d’Ile-de-France, dont les positions xénophobes sont connues.

Michel Houellebecq a une obsession : le sexe. C’est son filon. Son terrain de chasse littéraire. Les particules élémentaires qu’il publie en 1998 ont surpris et choqué par certaines scènes de sexe. Il déclare alors en avoir terminé avec ce sujet. Faux ! Dans Plateforme, il n’est question que de sexe. Cet homme qui fait l’apologie de la prostitution semble réduit à ce vieux thème maintes fois traité.

Ecrivant avec talent, s’exprimant avec médiocrité, Michel Houellebecq converse dans un langage assez vulgaire. Les grossièretés qu’il lance entre les « heu … heu » ou des « bof » entretiennent un nuage de mystère autour du personnage, lui conférant un profil assez attendrissant. On peut se demander s’il ne mérite pas plus de la pitié et de la compassion qu’un procès devant une cours de justice. Le procès a eu lieu. Fortement médiatisé. Pour un personnage public, cela est déjà une victoire. Au delà du verdict, ce procès en lui-même n’est-il pas un plateau de trop offert à Michel Houellebecq ? Car, après tout, que peut-il y perdre ?

Ces réactions à des propos d’un provocateur reconnu éthylique, les efforts déployés par des organisations musulmanes prestigieuses pour demander la condamnation d’un adversaire haineux, dénotent d’une logique nouvelle dans les modes d’actions des responsables musulmans en France. Cela mérite notre attention et notre intérêt. Mais sauront-ils nous convaincre du bien fondé de leurs démarches avant, pendant et après ce procès ? Alors seulement l’on saura si l’affaire Houellebecq n’est pas une affaire de trop pour les musulmans de France.