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Points de vue

Tous responsables, contre la barbarie et pour la paix

Rédigé par Djilali Elabed | Jeudi 9 Octobre 2014



Les musulmans de France se trouvent une fois de plus contraints et bousculés par des événements sur lesquels ils n’ont pas d’emprise et qui pour autant les mettent dans une situation quelque peu inextricable.

Des terroristes se réclamant de l’islam − et c’est ici que se situe le nœud gordien − ont décapité plusieurs Occidentaux, dont un Français en Algérie. Face à ces actes inqualifiables, face à ces comportements et cette fuite en avant nihiliste, les musulmans de France mais aussi d’ailleurs semblent désemparés, ne sachant plus quelle attitude adopter et quel message envoyer.

Entre indignation et exaspération

Alors une question redondante se pose : pourquoi les musulmans français doivent-ils montrer publiquement, de manière ostentatoire, leur réprobation ? Pire encore, pourquoi devraient-ils s’excuser pour des actes criminels qui ne les concernent ni de près ni de loin ?

On peut parfaitement comprendre cette exaspération de ces Français musulmans qui refusent cette sommation de montrer leur désapprobation et de réaffirmer une nouvelle fois leur attachement aux valeurs universelles. D’autant plus que les victimes du terrorisme se comptent par milliers et le moins que l’on puisse dire c’est que les foules en France et ailleurs ne se sont pas manifestées en masse pour dénoncer ces crimes. Alors pourquoi y aurait-il une suspicion humiliante à l’encontre des Français musulmans et pourquoi ceux-ci devraient-ils être les plus zélés dans l’indignation ?

Ne pas essentialiser

À toutes ces questions des éléments de réponse doivent être apportés. Il est essentiel tout d’abord de prendre un certain recul face aux événements afin de les inscrire dans l’Histoire et de ne pas succomber à la tentation d’essentialiser une culture ou une religion.

Par le passé, la civilisation musulmane a été vecteur d’une grande ouverture, de progrès et d’élévation au niveau tant des valeurs que des savoirs. Le christianisme a, quant à lui, connu des périodes sombres traversées par les croisades, les guerres de religion (huit guerres en moins d’un demi-siècle), l’Inquisition et une certaine méfiance par rapport à la science. Il convient donc de ne pas oublier que ce sont les hommes qui font parler les religions et qu’en période de décadence leur lecture est étriquée, fermée, voire violente.

Les violences perpétrées au Moyen-Orient ont une explication géopolitique, mais on ne peut nier qu’elles sont aussi la conséquence d’un retard civilisationnel. Ces violences ne sont cependant pas à sens unique et l’Occident porte une part de responsabilité non négligeable.

Soyons responsables

Cela étant dit, il est du devoir de chacun de condamner les violences et les crimes insoutenables d’un groupuscule se réclamant de l’islam. Les Français musulmans ont tout intérêt à exprimer leur réprobation et cela pour plusieurs raisons :

1. Il est de la responsabilité des musulmans de supprimer tout doute et tout amalgame auprès de nos concitoyens, qui, abreuvés pas la propagande médiatique hostile à l’islam, ont une vision très négative de la religion musulmane.
2. Il ne faut pas oublier que des centaines de musulmans français sont partis rejoindre les djihadistes et reviendront en France, ce qui interpelle et inquiète les Français de toutes confessions.
3. Il est aussi important d’exprimer notre solidarité envers la famille du défunt qui était un de nos compatriotes. Nous appartenons à une même communauté nationale et qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que des Français musulmans participent à des rassemblements à la mémoire d’un des leurs.
4. Enfin, il convient de dénoncer les crimes parce que nous sommes portés par des valeurs et des convictions fortes sans exiger une quelconque réciprocité, car le bien et le mal ne peuvent être à géométrie variable. De plus, le Prophète n’a-t-il pas dit entre autres : « Celui qui tue un non-musulman contractuel ne sentira pas l’odeur du Paradis… » ?

Cette condamnation de la barbarie doit être un élan citoyen, seule manière de dépasser la stigmatisation d’une communauté. Une prise de conscience citoyenne et responsable doit prendre le pas sur les émotions et les indignations sélectives. Pour une meilleure connaissance, pour une plus grande cohésion, pour la paix sociale, nous devons tous, croyants et non-croyants, opérer un décentrage, car le mal est en chacun de nous et le bien habite aussi mon prochain. C’est à ce titre qu’on ne peut que saluer l’initiative lyonnaise et l’appel de ses initiateurs « Nous nous engageons ». Soyons tous responsables.

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Djilali Elabed est enseignant en sciences économiques et sociales.