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Monde

Oui, les musulmans réprouvent largement « l'Etat islamique » et ses exactions

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Samedi 16 Août 2014

Le Vatican a appelé, mardi 12 août, les responsables musulmans à condamner sans appel les persécutions de l'Etat islamique et réclame de ces derniers de peser auprès de leurs gouvernants respectifs pour la cessation des crimes. Loin de se taire, les musulmans de France et d'ailleurs n'ont pas attendu le Saint Siège pour réprouver massivement le califat et les agissements de l'organisation terroriste. Un tour du monde des condamnations émanant de dignitaires musulmans est nécessaire pour donner à voir l'ampleur du rejet global de l'EI.



Des membres de l'Etat islamique
Des membres de l'Etat islamique
Tout Homme doué de raison ne peut qu'être horrifié par les exactions avérées de l'Etat islamique (EI) à l'encontre des minorités religieuses d'Irak. Le Vatican les dénonce.* Dans une déclaration du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux datée du 12 août, il appelle les « responsables religieux, surtout musulmans », à condamner « sans ambiguïté aucune » les crimes de l’EI et à « dénoncer l’invocation de la religion pour les justifier », sous peine d’entamer la « crédibilité (du) dialogue interreligieux ».

« Reconnaissant envers tous ceux et celles qui ont déjà élevé leurs voix pour dénoncer le terrorisme, surtout celui qui utilise la religion pour le justifier », le Vatican n’en déplore pas moins que « la contestation de cette "restauration" (du califat) par la majorité des institutions religieuses et politiques musulmanes n’a pas empêché les jihadistes de l’"Etat Islamique" de commettre et de continuer à commettre des actions criminelles indicibles ». Une raison pour laquelle il appelle les responsables religieux à « exercer leur influence auprès des gouvernants pour la cessation de ces crimes, la punition de ceux qui les commettent et le rétablissement d’un Etat de droit sur tout le territoire, tout en assurant le retour des expulsés chez eux ».

L'expulsion forcée des chrétiens, un crime contre l'islam

Bien avant cet appel, nombre de leaders religieux ou d'organisations musulmanes y sont allés naturellement de leur condamnation de l’EI. L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a condamné le 21 juillet ses persécutions, qui « n’ont rien à voir avec l’islam et ses principes de tolérance », et a explicitement dénoncé le « déplacement forcé (des chrétiens) comme un crime intolérable », affirmant être « prête à apporter l’assistance humanitaire nécessaire » aux déplacés.

Avant l'OCI, l’Union internationale des savants musulmans, présidée par le savant Yusuf al-Qaradawi, a déclaré dès le 4 juillet que le califat, établi par « une simple annonce » de l’EI, est « nul et non avenu » et que « lier le concept de califat à une organisation connue pour être extrémiste ne sert pas l'islam ». Les savants sont plus incisifs le 22 juillet en condamnant « l'expulsion forcée des frères chrétiens d'Irak de leurs maisons, leurs villes et leurs provinces », des « actes qui violent les lois islamiques, la conscience islamique » que l'EI est appelé à réparer en permettant aux chrétiens, « fils natifs d'Irak et non des intrus » - le cas des Yézidis n'étant pas encore connu en juillet - à retourner chez eux.

Depuis, selon nos constatations, le site de l'institution a été piraté par un groupe de soutien à l'EI dénonçant une prise de position de la part de « savants ignorants ». En réponse à ce piratage, l'Union s'est déclarée « plus déterminée à clamer la vérité et à être aux côtés de ceux qui le clament ».

Oui, les musulmans réprouvent largement « l'Etat islamique » et ses exactions

Aucune allégeance à l'EI, des condamnations fortes

Il est à souligner qu’aucun Etat ou organisation islamique n’a prêté allégeance au califat. La Ligue arabe a récemment dénoncé « des crimes contre l'humanité » perpétrés contre les Yézidis, qui errent sans fin dans les montagnes du Sinjar, au nord de l'Irak.

Al-Azhar, par le biais du grand mufti d’Egypte, Shawki Allam, a expressément déclaré, mardi 12 août, qu’un « groupe extrémiste et sanglant » tel que l’EI était « un danger pour l’islam et les musulmans, qui nuit à leur image en même temps qu'il verse le sang et répand la corruption ».

En Indonésie, le plus grand des pays musulmans, deux importantes organisations religieuses ont donné leur voix contre l'EI et ses soutiens : Muhammadiyah et le Conseil des oulémas indonésiens. Le leader du Conseil, Slamet Effendy Yusuf, a appelé l'opinion publique à « être critique », soulignant que l’EI n’agissait « que pour sa propre cause », à l'heure où des vidéos de recrutement circulent sur la Toile indonésienne. Une fatwa a même été émise pour déclarer illégale la participation aux activités de l'EI.

Aux condamnations fermes, des actes concrets. On relève à ce titre la position de la Tunisie qui, par la voix de son président Moncef Marzouki dans une tribune pour Al Jazeera parue le 11 août, s'est déclarée prête à « leur accorder un bon accueil et la protection pour retourner ensuite chez eux, (...) afin de continuer à vivre sans terrorisme et sans discrimination, comme cela l'a été depuis des siècles ». Dans un registre similaire, des dizaines d'associations et personnalités issues du Maghreb, « conscients que l’injustice et la barbarie doivent être combattues sans relâche, tant en Irak qu'à Gaza et ailleurs », ont signé un appel à sauver les chrétiens pour presser les instances internationales à réagir contre « ce qui se passe sous nos yeux ».

Des enseignements islamiques violés par l'EIIL

Dans les pays occidentaux, organisations et leaders religieux musulmans sont toujours plus nombreux à dénoncer le sort fait aux minorités d’Irak mais également aux musulmans ne prenant pas fait et cause pour l'EI.

Aux Etats-Unis, la Société islamique d’Amérique du Nord (ISNA) a fait savoir que les actions de l’EI « contre les minorités religieuses en Irak violent l’enseignement coranique ». Rappelant que des mosquées abritant des tombes de prophètes ont été détruites ainsi que des lieux de culte chiites, l'ISNA souligne que « leurs actions sont à dénoncer et ne sont en aucun cas représentatives de ce que l’islam enseigne réellement ».

Autre voix américaine qui porte, celle du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), qui a qualifié l’EI de « non islamique et moralement répugnant ». Parce que ses « violations des droits humains sur le terrain sont attestées par de nombreuses sources », contrairement à « l’imagerie romantique qu’elle utilise dans les supports de sa propagande » visant à recruter des jeunes musulmans, elle applaudit l'effort humanitaire adressé aux opprimés, avec bonne espoir que « la compassion exprimée pour les civils irakiens conduira à des actions similaires pour soulager les souffrances des populations civiles de Gaza, de Birmanie, de Syrie et de la République centrafricaine ».

Au Royaume-Uni, le British Muslim Forum, qui revendique 600 mosquées sunnites dans son réseau, a dénoncé des actes « non islamiques et barbares ». Pour le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB), qui espère « que le peuple irakien de tout origine peut s'unir pour vaincre » le mouvement, « l'ampleur de la barbarie attribuée à l'EIIL est particulièrement inadmissible et doit être rejeté ». Inquiets du départ de jeunes britanniques pour rejoindre les rangs de l'EI, les représentants des deux organes s'étaient donnés rendez-vous le 11 juillet avec des leaders chiites pour parfaire leur discours d'unité. Plusieurs imams ont aussi lancé une vidéo sans concession contre l'EI afin de contrecarrer la propagande extrémiste.

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En France, on n'est pas en reste

L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), fin juillet, a condamné « fermement ces agissements commis au nom de l’Islam », assurant « son soutien à la communauté chrétienne », et affirmant que « ces situations dramatiques mettent en danger le travail de cohésion et de paix dans le monde ». « Face aux défis des fanatismes et des extrémismes de tous bords, les croyants et les humanistes de toutes les cultures et de toutes les religions doivent se mobiliser pour rapprocher les communautés et les peuples », affirme le Rassemblement des musulmans de France (RMF), qui « appelle la communauté internationale à agir rapidement pour arrêter cette recrudescence de la violence en Irak ».

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), pour sa part, a appelé, mercredi 13 août, les musulmans de France « à réaffirmer leur attachement à la liberté religieuse et au respect des croyances de chaque personne humaine, où qu’elle se trouve ».

Fin juillet, la Grande Mosquée de Lyon et le Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes (CRCM) ont tenu à exprimer leur soutien aux chrétiens d’Orient au même titre que l'Union des mosquées de France (UMF), présidée par Mohammed Moussaoui. Dans une tribune parue sur Saphirnews, la Fédération musulmane de Gironde appelle la France à « intervenir le plus rapidement et le plus efficacement possible pour mettre fin à cette injustice ». Refusant de « donner raison aux fanatiques », elle juge la proposition d'accueillir les chrétiens persécutés en France comme « une mauvaise solution », au même titre que l'archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin.

De son côté, l’Association islamique de l’ouest de la France (AIOF) a participé le 27 juillet à Nantes à un rassemblement de solidarité aux chrétiens d'Orient organisé par un collectif local de défense de la famille. Des manifestations, auxquelles participent aussi des musulmans, se multiplient dans le monde pour dénoncer le « califat ».

Autant de réactions et d'initiatives qui donnent à voir des communautés musulmanes sensibles à la répression en cours en Irak et en Syrie, plus encore quand elles sont commises au nom d'une religion présentée comme leur mais qui trahit bel et bien les enseignements prophétiques. Que ceci soit acté une bonne fois pour toute.

* Quelque soit le degré d'horreur émanant d'une organisation, gare aux manipulations : la vérification des informations demeure une règle. La plupart des pratiques recensées dans la déclaration du Vatican sont avérées (les expulsions forcées, la décapitation des morts, la crucifixion, l'enlèvement de femmes ou encore la destruction de lieux de culte) et les musulmans peuvent tout aussi en être victimes. Cependant, l'excision, pour ne citer qu'elle, est encore à ce stade une rumeur sans fondement.






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