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Sur le vif

Torture : l'extrême brutalité de la CIA détaillée dans un rapport accablant

Rédigé par La Rédaction | Mercredi 10 Décembre 2014



Torture : l'extrême brutalité de la CIA détaillée dans un rapport accablant
Le Sénat américain a rendu public, mardi 9 décembre, un rapport sur la torture pratiquée par la CIA après le 11-Septembre 2001. Ces « techniques d’interrogatoire "renforcées" », mises en œuvre pour obtenir des informations de la part de terroristes présumés, étaient « inefficaces », conclut le rapport. Les pratiques employées par l’agence de renseignement étaient en outre « bien pire » que ce qu’elle avait jusqu’alors reconnu, et elle a menti à la fois à la Maison Blanche et au Congrès.

« La CIA a employé ses techniques d'interrogatoire renforcées à répétition pendant des jours et des semaines », affirme le rapport de plus de 6 000 pages dans sa version classifiée et de 525 pages dans la version rendue publique. L’agence est accusée d’avoir soumis 39 détenus à des techniques brutales pendant plusieurs années, dont certaines n’étaient pas autorisées par l’exécutif américain. Au total, une centaine de détenus ont été interrogés par la CIA dans le cadre du programme secret.

Les détenus ont subi des simulations de noyade à répétition (waterboarding, la pratique la plus controversée, officiellement arrêtée en 2003) ; ils ont été dénudés, jetés contre des murs et soumis à des températures glaciales et des douches froides. Ils ont vécu des simulacres d’exécution, tandis que des pratiques médicales comme l'hydratation et l'alimentation rectales ont été détournées pour les torturer.

Ils ont parfois été empêchés de dormir pendant des périodes allant jusqu'à 180 heures d’affilé. Les conditions de détention elles-mêmes participaient du processus de pression physique et psychologique. Entassés à dix dans des cellules minuscules, les détenus étaient « forcés de se relayer pour dormir, à cause du manque de place » décrit le rapport.

Torture : l'extrême brutalité de la CIA détaillée dans un rapport accablant

Les mensonges de la CIA rendus publics

La CIA a justifié ces techniques d’interrogatoires par de fausses déclarations à propos de leur efficacité, affirme encore le document réalisé par le Sénat américain. L’agence n’avait en outre pas les ressources pour gérer un tel programme, ni l’expertise pour le mener à bien. Le rapport révèle ainsi que ces techniques d’interrogatoire « renforcées » ont été conçues par deux psychologues sous contrat avec la CIA, qui ne connaissaient rien dans ce domaine.

Le « programme de détention et d’interrogatoire de la CIA », qui a conduit à la mise en œuvre des pratiques de torture, a été secrètement autorisé par l’administration de George W. Bush en 2002. Quelques mois avant, la même administration avait signé un mémorandum autorisant la CIA à tuer, capturer et interroger des hauts responsables d’Al-Qaïda partout dans le monde.

Barack Obama a mis fin à ce programme à son arrivée au pouvoir en janvier 2009. « Ce rapport décrit un programme troublant », a réagi l’actuel président des Etats-Unis, après en avoir pris connaissance, ajoutant qu’« aucune nation n’est parfaite » et que ces pratiques sont « contraires » aux valeurs des Etats-Unis. Ce rapport « me renforce dans la conviction selon laquelle ces méthodes brutales étaient non seulement contraires à nos valeurs mais elles n'étaient pas utiles à nos efforts dans la lutte anti-terroriste » a poursuivi Barack Obama, qui avait reconnu l’existence de ces pratiques l’été dernier.

Des responsables républicains – le parti dont l’administration Bush était issue – ont de leur côté dénoncé un rapport partisan et la « réécriture d’événements historiques ». L’actuel directeur de la CIA, John Brennan, a, quant à lui, insisté sur le fait que ces méthodes auraient permis d’empêcher d’autres attentats dans les années 2000. Devant l'ampleur des révélations de l'accablant rapport, son agence prépare une grande offensive pour justifier auprès de l'opinion publique le recours aux pratiques abusives, selon plusieurs médias américains. Ou comment justifier l'injustifiable dont l'inefficacité est reconnue.