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Points de vue

Tariq Abdul-Wahad rentre en France pour manifester à Paris

Rédigé par Tariq Abdul-Wahad Entretien avec | Samedi 17 Janvier 2004

Il y a ceux que la gloire englue, il y a ceux que la gloire libère. Tariq Abdul-Wahad est certainement du second groupe. Premier basketteur français dans l’Histoire de la NBA, il se présente aussi comme « citoyen français de confession musulmane ».



Il y a ceux que la gloire englue, il y a ceux que la gloire libère. Tariq Abdul-Wahad est certainement du second groupe. Premier basketteur français dans l’Histoire de la NBA, il se présente aussi comme « citoyen français de confession musulmane ». Bientôt 30 ans, marié à une française musulmane qui porte le hijab, il a montré par le passé qu’il est un homme de convictions, un partisan déclaré d’une France multiculturelle. Au lendemain du discours du Président Jacques Chirac annonçant une loi contre les insignes religieux, Tariq Abdul-Wahad s’était inquiété : « la France serait-elle en train de s’engouffrer dans une spirale raciste et islamophobe irréversible ?… Et après l’interdiction du foulard que nous réserve l’avenir ? » Ce vendredi 16 janvier, le titulaire du N° 9 des Dallas Mavericks est arrivé à Paris pour manifester ce 17 janvier. Il nous explique sur son site Internet, le sens de son séjour. Saphirnet.info a voulu en savoir plus.

 

SaphirNet.info : Vous vivez en Amérique, si loin… Etes-vous informé de ce qui se passe en France ?

 

Tariq Abdul-Wahad : Oui, bien sûr…Grâce, entre autre, à Saphirnet.info, je me tiens au courant de ce qui se passe en France et dans la communauté musulmane. Et malheureusement, vu la manière dont nous sommes attaqués aujourd’hui, je ne peux faire autrement. Mais je pense que Dieu nous offre une occasion de nous unir pour travailler ensemble. C’est aussi une manière de nous purifier. Car Allah (Swt) effectue Ses sélections. Il met les musulmans dans des situations de test. Ceux d’entre nous qui se lèvent pour défendre leurs droits sont ceux qu’Il a choisis pour tenir Sa bannière haute. Il faut voir ce qui nous arrive sous cet angle aussi.

 

Depuis l’Amérique, comment l’ambiance d’islamophobie actuelle en France est-elle perçue ? Je pense à la loi demandée par le Président Chirac, mais je pense aussi au livre d’Oriana Fallaci, aux déclarations de M. Claude Imbert.

 

Je n’ai jamais été surpris de l’approche de « la différence » en France. La France est un pays composé de personnes différentes. Et certaines d’entre elles ont du mal à accepter la différence. Mais ces personnes sont très discrètes. Il se trouve maintenant que « le loup est sorti du bois » : Tout le monde dit tout haut ce qu’il a toujours pensé. Quelque part, ce n’est pas plus mal. Au moins nous savons à qui nous avons affaire. Mais vu des Etats-Unis, l’on est malheureux de constater que des concepts comme les « Droits de l’Homme », la « liberté religieuse » et le respect d’autrui ne restent que de simples mots sur les lèvres. Ce ne sont pas des idées auxquelles ces gens croient vraiment.

 

Serez-vous demain, samedi 17 janvier, à la manifestation de Paris ?

 

Oui bien sûr. Je suis venu spécialement en France pour manifester dans le cadre de la manifestation qui a été lancée au niveau mondial. Tous les musulmans du monde entier vont manifester ce 17 janvier devant les consulats et les ambassades de France. J’ai pensé qu’il est de mon devoir, en tant que citoyen français, de rentrer chez moi pour soutenir mes sœurs et mes frères dans cette épreuve que je sais difficile.

 

Mais ici en France la manifestation du 17 janvier est sur l’initiative du Parti des Musulmans de France qui est un parti politique. Pour cette raison certains musulmans n’iront pas manifester.

 

Je le sais… Chacun est libre de ses choix. Personnellement, je me rends à cette manifestation au nom d’aucun parti politique, au nom d’aucune organisation. J’y vais en tant que citoyen. J’y vais manifester pour une cause. Et je souhaite que les sœurs, les frères, trouvent le courage et les moyens de s’organiser pour que nous puissions, à défaut d’arrêter cette loi, nous mobiliser pour faire comprendre que dorénavant, l’islamophobie est une réalité en France. Une réalité qu’il nous faut savoir gérer et combattre pour obtenir le respect de nos droits.

 

Savez vous qu’une autre manifestation est prévue le 7 ?

 

Oui, je sais qu’il y a une manifestation le 7 février. Et je vais essayer de revenir à cette occasion si mon emploi du temps me le permet, Inchallah. Et c’est même très bien que cette manifestation ait lieu car je sais qu’elle est initiée par des organisations d’horizons divers qui ne recherchent pas à tirer sur elles une couverture politique. D’après mes contacts ici, il s’agit d’organisations qui veulent mettre la lumière sur la situation de l’islamophobie en France. J’invite et j’encourage donc tout le monde à participer à cette manifestation du 7 février aussi. Que tous les musulmans de France descendent dans la rue. Pratiquants, non pratiquants, barbus, non barbus, voilées et non voilées, que tout le monde descende et se plaigne. Parce qu’en tant que français de confession musulmane, nous n’avons pas à être importunés en raison de la pratique de notre religion dans ce pays. Et il faut que les gens entendent notre voix sur ce sujet.

 

Est-ce vraiment le rôle des grands sportifs comme vous d’intervenir dans ce type de débats ?

 

Non, pas vraiment. Justement, je n’interviens pas ici en tant que sportif. J’interviens dans ce débat en tant que citoyen français de confession musulmane qui aime Dieu, qui aime sa religion, qui aime ses consœurs et ses confrères et qui veut que les choses se passent bien pour sa communauté dans son pays.

 

On peut se donner rendez-vous au 7 février ?

 

Je vais d’abord consulter mon emploi du temps qui est chargé et je vais essayer de faire mon maximum pour venir. Et si je peux me libérer de nouveau je serai là, Inchallah.

Propos recueillis par Amara Bamba