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Psycho

Saadia : « Je n’arrive pas à détester mon mari »

Rédigé par Lalla Chams En Nour | Mardi 28 Mars 2017



Saadia : « Je n’arrive pas à détester mon mari »
Je suis actuellement mariée avec un Mauritanien depuis maintenant six ans et nous avons un enfant de 3 ans. Je suis moi-même musulmane mais venant de l’île de La Réunion. Quand j’ai rencontré mon mari, le problème d’origine ne posait pas de problème.

Mon mari est venu en France à l’âge de 19 ans et il habitait chez sa sœur. Elle lui faisait tout, à manger, lui donnait de l’argent, lui lavait ses vêtements. Mon mari était sans papiers et ne pouvait pas travailler, sauf au black de temps en temps.

Quand on s’est rencontrés, il est venu habiter avec moi dans mon appartement, je m’occupais de lui en quelque sorte : blanchi, nourri et je lui donnais un peu d’argent de poche le temps de préparer les papiers du mariage et que lui puisse être en situation régulière. Il a eu un bon travail et nous avons acheté un appartement après la naissance de notre fils.

On était heureux, on allait souvent chez ma belle-sœur, et elle venait souvent à la maison. Les problèmes ont commencé quand je suis tombée enceinte de mon fils. Ma belle-sœur n’était pas très contente, elle appelait mon mari tard dans la nuit pour lui demander ce qu’il faisait et avec qui il était. Un jour, elle m’a même dit que je lui avais volé son frère.

Avec mon mari, nous avons eu des difficultés de communication. C’est quelqu’un qui n’aime pas parler et dire ce qui ne va pas, il garde tout pour lui et le jour où il décide de tout dire, c’est fini. On est rentrés dans une routine qui fait qu’on ne parlait que du petit, des journées boulot, c’est tout.

Je suis tombée de nouveau enceinte, un bébé que l’on voulait tous les deux. Mais j’ai fait une fausse couche et mon mari a décidé de partir et de s’occuper plus de sa famille. Mais il dort toujours à la maison, sur le canapé du salon. Et il couche avec moi quand il veut en disant que c’est pour ses « besoins ».

Mon mari raconte sa vie, ses projets, à sa sœur ; et moi, je ne suis au courant de rien. Il fait les courses pour sa sœur et oublie que son fils doit manger aussi. Ils vont à Disney mais n’emmènent pas mon fils.

Je suis perdue entre les souffrances qu’il me fait et ce qu’il fait à notre famille et le fait de ne pas savoir s’il va vraiment partir ou pas.

Moi, je reste très attachée à mon mari, peut être même trop. Je n’ai pas connu mon père qui a quitté ma mère avant ma naissance et n’a jamais voulu me voir. Je n’ai pas de frère et ma mère s’est remariée mais avec quelqu’un qui ne m’aime pas trop.

Donc oui je suis très attachée à mon mari, il est à la fois un mari, un père et un confident. Je compte beaucoup sur lui et il le sait. Contrairement à mon mari, quand ça ne va pas, je vais lui dire et ça peut lui faire croire que je ne suis jamais contente.

Même s’il dort sur le canapé du salon, on est toujours mariés. Il m’arrive d’avoir des désirs pour lui, mais je ne dis rien de peur qu’il me repousse. Malgré toutes les horreurs qu’il a pu me dire, tout le mal qu’il a pu me faire, je n’arrive pas à le détester.

Saadia

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

A la lecture de votre lettre, il me semble que vous n’avez pas réussi à faire prendre de la distance à votre mari par rapport à sa famille. L’attitude de votre belle-sœur semble, à vous lire, très possessive et en rivalité. Peut-être aurait-il fallu parler ouvertement avec elle.

En islam, nous ne sommes pas censés faire souffrir les autres, c’est une religion d’amour où le respect d’autrui est essentiel. Hélas, cette dimension de l’islam n’est pas toujours ni comprise ni respectée.

Mais y a- t-il eu dans votre attitude quelque chose qui a choqué votre belle-sœur ? Une différence culturelle ? Une forme de racisme de sa part ? Avez-vous tenté de comprendre pourquoi elle se montre si possessive, comme « une maman » avec son frère ?

L’attitude de votre époux est inquiétante car il semble s’être détaché de vous sous l’influence de sa famille. Il semble avoir changé après la fausse couche. Vous en veut-il de cet accident ?

Le manque de communication est toujours un problème dans la vie d’un couple, c’est en réussissant à dépasser ses ressentiments, à rencontrer l’autre dans l’échange, en essayant de se mettre à sa place, par exemple, que l’on peut dépasser les conflits. Et si l’on réussit le couple s’en trouve renforcé. Là, le manque de communication a réellement creusé le fossé entre vous.

Peut-être, s’il y croit encore, pourriez-vous faire quelques séances de thérapie de couple pour vous aider à faire le point sans l’influence de la famille ?

Il y va aussi de l’équilibre de votre fils. Voyez où est la meilleure solution pour l’enfant et vous-même. L’attitude de votre mari qui demande le divorce mais qui vous approche sexuellement pour ses besoins, est franchement choquante. Elle est contradictoire, alors, pour qui vous prend-il ? Faites-vous respecter, et respectez-vous vous-même. Et si vous le désirez, pourquoi ne pas le lui dire, cela serait peut-être une chance de le reconquérir ?

Vous lettre montre une certaine forme de dépendance envers votre mari, je parle de dépendance affective, et cela peut nuire à l’équilibre de la relation. Pour qu’un couple marche, les deux doivent se dire : « Qu’est-ce je peux lui apporter pour lui montrer mon amour ? » Si le don va en sens unique, si chacun demande à l’autre de combler ses manques, la relation ne peut s’établir sur un pied d’égalité.

Alors, votre manque de père vous place-t-il, malgré vous, dans une position de demande ? Vous attendez tout de votre mari ? Du coup, le risque est de se laisser dominer, manipuler, accepter des choses inacceptables. Vous ne pouvez pas vous faire respecter si vous vous « écrasez » par peur de perdre le pilier auquel vous vous rattachez. Car vous pensez ne pas pouvoir tenir sur vos propres jambes ?

Il y a là derrière des blessures d’enfance que vous n’avez pas encore dépassées, faute peut-être de travail sur vous-même.

Pour aimer l’autre de manière juste, il vaut mieux se connaître soi-même. Par exemple, comprendre ses manques et tenter de le dépasser par un effort personnel. Et d’ailleurs n’est-ce pas là l’un des sens possibles du mot « grand jihad », auquel nous encourage le Prophète (PSL) ?

Si vous aimez votre mari, il vous est possible de le reconquérir, si vous réfléchissez sérieusement à ce qui pourrait le gêner dans votre comportement et ce qui pourrait le pousser à aller se réfugier chez sa sœur.

Voilà ce que votre lettre m’inspire, j’espère avoir bien compris votre problématique et ne pas vous avoir heurtée dans ma réponse.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
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