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Points de vue

Quel projet politique cache le féminisme des Femen ?

Rédigé par Nicolas Bourgoin | Mercredi 25 Décembre 2013



Spécialisées dans les happenings provocateurs – et soigneusement calibrés – les Femen sont sous le feux des médias français depuis leur irruption dans les manifestations anti-mariage gay à l’automne 2012. Fondé en Ukraine en 2008, ce groupe contestataire, adepte d’un « féminisme radical » (le sextrémisme), veut attirer l’attention des médias par la nudité afin de protester contre « l’abus du corps féminin ».

Leurs cibles officielles : « les valeurs patriarcales qui imprègnent les sociétés industrialisées » et les religions qui oppriment les femmes. Mais leur combat se fait parfois (souvent) plus politique. Ainsi, leur dernier exploit en date a consisté à uriner sur une photographie du président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, devant l’ambassade d’Ukraine à Paris. Ce nouveau « coup d’éclat », relayé sur le compte Twitter des Femen (où l’on trouve plusieurs photos du président ukrainien accompagnées d’une invitation « à pisser sur les opinions de Ianoukovitch et à le sortir du monde politique ») rappelle que ce groupe est né des turbulences de la « Révolution orange » anti-russe. Quel projet politique cache le féminisme des Femen ?

Le mariage gay pour se lancer en France

Les Femen se font connaître en France au moment de l’affaire Strauss-Kahn/Nafissatou Diallo où trois activistes de l’organisation déguisées en soubrettes s’étaient déplacées devant le domicile parisien de Dominique Strauss-Kahn en guise de protestation. Moins anecdotique, leur engagement contre les opposants au mariage gay.

En novembre 2012, des militantes des Femen France sont intervenues à plusieurs reprises dans des manifestations contre le projet de loi prévoyant le mariage pour tous. Dans celle qui fut organisée par l’institut Civitas, les slogans (peints sur le corps) étaient particulièrement provocateurs : « Saint esprit étroit », « Fuck God », « Fuck religion », « Fuck church » (« Baise l’Église »), « In gay we trust » (« Nous croyons en l’homosexualité ») ou « Occupe-toi de ton cul ». Après avoir arrosé des manifestants avec des extincteurs portant l’inscription « See the sperm, the Holy sperm » (« Voyez le sperme, le saint sperme »), elles sont repoussées par le service d’ordre, et certaines se plaignent d’avoir été frappées par des individus répartis en petits groupes. La journaliste Caroline Fourest qui accompagnait les activistes afin de les filmer déclare également avoir été prise à partie.

En réalité, ces allégations se révéleront mensongères, ce qui n’a pas empêché Caroline Fourest et plusieurs membres des Femen de porter plainte pour « violences en réunion ». Elles recevront le soutien de plusieurs membres du gouvernement, notamment Najat Vallaud-Belkacem, (ministre du Droit des femmes) ainsi que Cécile Duflot (ministre du Logement). La députée socialiste Anne-Yvonne Le Dain suivie par six de ses confrères demandera même à Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, la dissolution de l’institut Civitas et cinq de leurs agresseurs présumés seront arrêtés et mis sous contrôle judiciaire. La manipulation se sera révélée payante.

L'islamophobie au coeur du mouvement

Les Femen disent vouloir s’attaquer aux religions qui oppriment les femmes. Toutes les religions ? Curieusement, le judaïsme, pourtant foncièrement misogyne, et ses institutions sont totalement épargnés par le Femen, tandis que l’islam concentre l’essentiel de leurs attaques. On ne compte plus leurs hapennings provocateurs devant les mosquées. L’islamophobie des Femen, aux forts relents néocolonialistes, a notamment conduit au départ d’une jeune militante tunisienne.

Comme l’association Ni Putes Ni Soumises en France, les Femen instrumentalisent le féminisme contre l’islam en bonnes théoriciennes du choc des civilisations. Ainsi, la fondatrice des Femen, Anna Hutsol, a déclaré que la société ukrainienne avait été incapable « d’éradiquer la mentalité arabe envers les femmes ». En réaction, le mouvement Muslim Women Against Femen (Femmes musulmanes contre les Femen) est créé en avril 2013 par des étudiantes de Birmingham qui considèrent à juste titre que les Femen sont islamophobes et impérialistes. Ce groupe lancera notamment une campagne sur Internet, avec comme slogan « Muslimah Pride » (« Fière d’être musulmane »), contre les féministes qui manifestent seins nus.

Contre la Russie, un engagement indéfectible au camp occidental

Mais leur cible privilégiée reste avant tout la Russie et son président. Les Femen dénoncent régulièrement « l’ingérence des dirigeants russes dans les affaires intérieures » de l’Ukraine. En octobre 2010, le mouvement organise ainsi une manifestation contre la visite du président russe Vladimir Poutine. Six activistes l’accueillent aux cris de « Ukraïna ne Alina ! » (« L’Ukraine n’est pas Alina »), en allusion à la gymnaste Alina Kabaeva que la rumeur publique (ultérieurement démentie) présentait comme étant sa maîtresse, afin de lui signifier que Moscou n’est plus souverain en Ukraine. Lors d’une visite du patriarche Cyrille Ier de Moscou dans le pays, une militante de Femen, seins nus, s’est jetée sur lui avec l’inscription « Kill Kirill » (« Tuer Cyrille ») écrite dans son dos, l’accusant de « vouloir accroître l’influence de la Russie ». Des armes seront retrouvées dans le local des Femen.

Leur engagement indéfectible en faveur du camp occidental bénéficie des largesses des fonds privés et de certains représentants des milieux d’affaires européens et américains. Le soutien est aussi parfois plus proprement politique, comme le choix de faire de la leader des Femen, Inna Shevchenko, la nouvelle Marianne des timbres-poste. Comme pour la Révolution orange, financée par les officines occidentales et américaines, on ne peut que douter du caractère purement féministe et spontané des provocations post-situationnistes des Femen qui relèvent davantage des méthodes de communication modernes bien rodées que de l’agit-prop maoïste. Fausses rebelles mais vraies sionistes, les Femen sont au mieux des idiot(e)s utiles, au pire des agents conscients, de l’impérialisme occidental.