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Points de vue

Proche Orient : négociations en coquille vide

Rédigé par Nadia Sweeny | Lundi 18 Septembre 2006

Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert se dit prêt à ouvrir les négociations avec l’Autorité palestinienne. Cette déclaration concorde avec la visite du Premier ministre anglais, Tony Blair, dans la région le week end du 10 septembre. Les deux hommes sont de plus en plus critiqués dans leur pays respectif et le conflit israélo-palestinien apparaît comme une véritable aubaine pour redorer leurs blasons. Pourtant, au même moment, le Vice-premier ministre israélien, Shimon Pérez, déclare que les colonies israéliennes en Cisjordanie ne seront pas démantelées…



Sans prévenir la nouvelle tombe : Ehud Olmert, le Premier ministre israélien se dit prêt a rencontrer Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, et ce, sans délais ni conditions. Miracle ! Les négociations vont-elles reprendre ? Les deux hommes vont-ils réussir à trouver un terrain d’entente ? De son côté, le Premier ministre anglais, Tony Blair s’y met aussi. Tout d’un coup émergent deux petits anges tout prêts à faire la paix. Qu’en est-il réellement ?

Ehud Olmert est, en ce moment même, sur la sellette. Le nouveau parti politique israélien Kadima, auquel le Premier ministre appartient, semble rejoindre dans les méandres, son instigateur Ariel Sharon. Ehud Olmert est vivement critiqué par la société israélienne, mais aussi par la communauté internationale, pour sa désastreuse gestion du conflit au Liban.

Tony Blair, qui était l’un des soutiens inconditionnels de la politique israélienne au Liban, s’implique lui aussi, dans une rencontre avec Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne. Cette rencontre a eu lieu dimanche 10 septembre, à Ramallah, en territoire palestinien occupé. La question qui se pose est : quelle réaction a été celle du Premier ministre anglais en passant l’industriel check point de Kalandia ? Oui, oui, celui qui ressemble à un camp de concentration où les soldats israéliens hurlent dans des hauts parleurs pour vous faire asseoir, coucher, lever… Plus sérieusement, Tony Blair a largement permis à Israël d’attaquer, de tuer plus d’un millier de civils libanais et de détruire la majorité des infrastructures du Liban. Comment veut-il espérer faire croire qu’il est un homme de paix ? Ce dernier subit en ce moment même les foudres des sondages d’opinions auprès de la population anglaise. Il est clairement en train de se faire éjecter de son poste de Premier ministre. Viendrait-il chercher un quelconque réconfort politique dans le conflit israélo-palestinien ?

Détrituts jetés par les colons sur les passants palestiniens. Hébron, août 2006
Détrituts jetés par les colons sur les passants palestiniens. Hébron, août 2006

La paix sans décolonisation ?


En parallèle, le Vice-Premier ministre israélien, estime qu'il n'y aura pas d'évacuation de colonies. En effet, dans une interview accordée au Yediot Aharonot, premier quotidien israélien, Shimon Pérez déclare qu’: « Il n'y aura pas de démantèlement de colonies à grande échelle en Cisjordanie dans les cinq ou dix prochaines années ». Les politiciens israéliens, élus sur un projet de démantèlement des colonies, retournent leur veste. L’ont-ils finalement jamais enfilée ? S’ils ne rendent pas les terres qu’ils occupent, comment une paix sera-t-elle jamais possible? Il est aisé de comprendre qu’au regard de la dispersion des colonies juives en Cisjordanie, jamais les soldats hébreux ne quitteront les territoires palestiniens si ces colonies ne sont pas démantelées. Le gouvernement ne peut pas laisser ces centaines de milliers de colons seuls en terre dite « hostile ». La présence quotidienne de ces soldats israéliens en Cisjordanie implique plus de 730 checks points militaires, des incursions quasi quotidiennes la nuit dans les maisons palestiniennes, des tueries, l’arrestation arbitraire des jeunes hommes palestiniens… Comment comptent-ils mettre en place une paix viable dans ces conditions ? Ils ne veulent pas démanteler les colonies pour la simple et bonne raison que ces colonies restent la seule explication de la présence de ces soldats en terre palestinienne. Ces colonies sont utiles à Israël, car elles légitiment l’illégitime.

Qui permet aux Israéliens, encore aujourd’hui, de s’installer en plein cœur du territoire palestinien ? L’Etat d’Israël. Comment ? En leur offrant des avantages de vie qu’ils ne trouvent pas ailleurs : taxes, eau courante et électricité à prix réduits, subventions en tous genre et prêts agricoles à long terme, ainsi qu'un paramètre de sécurité unique au monde. Les soldats sont envoyés pour boucler la région entourant les colonies, installer des check points, vider les villages « arabes » qui pourraient être un peu trop près des précieux colons. Les soldats doivent de plus être logés, ce qui implique la confiscation d’autres terres entourant les colonies. Les villes palestiniennes non loin sont sous surveillance 24h sur 24, les incursions militaires y sont quotidiennes. De plus, les routes menant dans ces colonies sont stratégiquement étudiées. Il est possible de passer de Jérusalem à pratiquement toutes les colonies de la Cisjordanie sans jamais quitter Israël. Là est l’effet psychologiquement pervers.

Barrage militaire israélien à l'entrée de la colonie juive d'Hébron. Derrière, un cimetière musulman interdit aux Palestiniens. Hébron, août 2006.
Barrage militaire israélien à l'entrée de la colonie juive d'Hébron. Derrière, un cimetière musulman interdit aux Palestiniens. Hébron, août 2006.
Le gouvernement israélien a prétendu avoir rendu Gaza aux Palestiniens. Non seulement les colons ont été replacés en Cisjordanie, mais les exactions qui ont lieu aujourd’hui ont-elles toute la légitimité que les dirigeants israéliens veulent bien lui donner ? Car l’armée réoccupe Gaza. Que peut-on dire d’un Premier ministre qui ose déclarer aux colons évacués « nous ne pourrions pas faire ce que nous faisons actuellement à Gaza si vous y étiez encore ». Les crimes perpétrés chaque jour par l'armée israélienne se traduisent dans la société israélienne par « ils sont dangereux pour nous ». Qui ? Les enfants de Gaza qui tombent sous les bombardements massifs de l’armée israélienne ? Non, certainement pas. Mais il est sûr que les familles garderont une profonde haine envers l’instigateur de ces actes. Rien n’est moins humain que de haïr celui qui tue son fils. Comment peut on ainsi demander aux Palestiniens d’être occupés, bombardés, tués mais de faire la paix. Qui est en train de faire la guerre ?


Le gouvernement israélien refuse de démanteler les colonies mais veut faire croire au monde qu’il cherche un terrain d’entente avec l’autorité palestinienne. Cette autorité palestinienne qui est restée amputée d'un grand nombre de ses membres, sachant que la moitié de son gouvernement est dans les prisons israéliennes. Cette amputation ainsi que le boycott de la communauté internationale ont conduit à la volonté de démission du gouvernement et à la tentative d'unification des partis Hamas et Fatah qui tendaient depuis quelques temps à s'opposer violemment. Une chose positive qui peut découler de cet accord, même si la paix n'est pas pour demain, est que le gouvernement palestinien s'est repris en main et de cette manière tente d'éviter tout affrontement interne. La guerre civile est une tactique reconnue pour amoindrir l'adversaire. C'est ainsi qu'à une époque, on peut retrouver des traces de financements des factions armées du Hamas par l'Etat d'Israël lui même, afin de mettre a genoux l'Organisation de Libération de la Palestine, alors dirigée par Yasser Arafat.

Aujourd'hui, Ehud Olmert en Israël est de plus en plus critiqué pour sa défaite au Liban, son parti politique Kadima doit se trouver une nouvelle raison d'être. De sont côté, Tony Blair connaît une chute vertigineuse dans les sondages de popularité anglais. La Palestine paraît être un exutoire pour racheter leurs erreurs politiques et ainsi donner l’apparence d’être des hommes de paix, quand de toute évidence ils n’en sont pas.
Quand va-t-on cesser de donner des illusions à une population qui se meurt sous l’occupation depuis des décennies ? Qui dit processus de paix doit impliquer des protagonistes sérieux qui ont pour but commun de mettre en place une paix viable et non d’utiliser une situation conflictuelle à des fins politiques.