Connectez-vous S'inscrire
Rss
YouTube
Instagram
Google+
Twitter
Facebook
SaphirNews.com | Quotidien musulman d’actualité







Points de vue

Préserver le patrimoine islamique du Sahel

Par Jeff Baron*

Rédigé par Jeff Baron | Mardi 11 Mai 2010

Un fonds des États-Unis aide à sauvegarder des manuscrits et une mosquée jadis importante.



Les travaux de restauration de la mosquée Kankou Moussa, qui date de 1324, ont commencé à Gao (Mali). Des fouilles ont mis au jour d'importants objets et des murs et des salles ensevelis depuis longtemps.
Les travaux de restauration de la mosquée Kankou Moussa, qui date de 1324, ont commencé à Gao (Mali). Des fouilles ont mis au jour d'importants objets et des murs et des salles ensevelis depuis longtemps.
Washington - Dans la région africaine du Sahel, de précieux documents de l'Islam médiéval connaissent une seconde vie. Et le site d'une grande mosquée du XIVe siècle est également préservé afin de pouvoir être étudié.

Grâce en grande partie à des subventions du Fonds des ambassadeurs des États-Unis pour la préservation culturelle, des organisations et services publics de la Mauritanie, du Mali, du Niger et du Nigéria ont entrepris de sauvegarder de vastes collections de textes islamiques et autres documents historiques, dont certains datent du XIe siècle. Les États-Unis fournissent depuis une dizaine d'années le matériel et les services d'experts nécessaires dans le cadre du Fonds des ambassadeurs.

Ces collections témoignent de l'importance de la région à une époque remontant à un millier d'années environ. Du XIe au XVIe siècle, le Mali a été le lieu de naissance de trois grands empires - l'empire du Ghana, l'empire du Mali et l'empire songhaï - au cours desquels de grands monuments ont été construits et l'étude de l'islam s'est développée.

Certains de ces monuments, comme la mosquée malienne de Djinguereiber à Tombouctou, ont été préservés et n'ont rien perdu de leur majesté. Mais la grande mosquée que l'architecte Abou Ishaq Ibrahim es-Saheli a construite pour l'empereur Kankou Moussa à Gao en 1324, après le pèlerinage de l'empereur à La Mecque, a progressivement été laissée à l'abandon et subi les conséquences de l'urbanisation. Quand le gouvernement malien a entrepris en 2003 de la sauvegarder, des squatters occupaient ce qu'il en restait.

Des fouilles ont mis au jour d'importants objets et des murs et des salles ensevelis depuis longtemps. Le Fonds des ambassadeurs a accordé des subventions visant à protéger le site, afin qu'il puisse être étudié et visité pendant des années à venir.

Ces subventions ont financé la construction d'un abri autour et au-dessus du site, qui permet aux touristes de voir les lieux dans de meilleures conditions de sécurité et de découvrir ainsi le patrimoine culturel du Mali. Elles ont également permis d'installer des panneaux d'information à l'intention des touristes et de publier un fascicule en couleurs qui explique l'histoire des lieux et les fouilles archéologiques qui y sont menées.

Les travaux concernant les documents islamiques visent à les préserver et à faciliter leur consultation par des chercheurs qui souhaitent les étudier sans risquer de les abîmer davantage - et sans qu'il soit nécessaire de les entreposer dans l'une des collections d'un pays islamique disposant de plus de moyens.

À Kaduna (Nigéria), le Fonds des ambassadeurs a aidé Michaelle Biddle, spécialiste américaine de la conservation de manuscrits qui travaille à la bibliothèque de l'université Wesleyan (Connecticut) à organiser un programme de formation de trois jours à l'intention des employés et des chercheurs de l'Arewa House du Centre de documentation et de recherches historiques de l'université Ahmadu Bello. Mme Biddle a également visité les Archives nationales nigérianes et d'autres bibliothèques et musées situés dans le nord du pays afin d'évaluer l'état de leurs collections (qui comprennent des milliers de documents) et les conditions dans lesquelles elles étaient entreposées.

Mme Biddle a constaté de graves problèmes dans une grande partie des collections, les documents étant endommagés ou risquant de l'être du fait de la chaleur ou de l'humidité ambiantes, de moisissures, d'un éclairage trop vif, de particules abrasives, de colonies d'insectes, d'émanations chimiques, du manque d'aération et de contacts entre des papiers fragiles et des matériaux corrosifs comme le cuir et des papiers ou cartons à forte teneur en acide. Elle a expliqué comment entreposer les documents et les mettre à la disposition du public en réduisant le risque de les endommager.

Un autre spécialiste américain a organisé à l'Arewa House un atelier de trois jours sur le catalogage et la numérisation des manuscrits arabes. Le Fonds des ambassadeurs a pris en charge les coûts d'achat des ordinateurs et du matériel de numérisation, ainsi que la formation informatique.

Des textes islamiques et autres documents historiques qui étaient trop fragiles pour être manipulés souvent peuvent ainsi être maintenant consultés depuis l'autre bout du monde.

Le Fonds des ambassadeurs a financé des travaux analogues au Mali, au Niger et en Mauritanie. Le projet entrepris à la mosquée de Djinguereber à Tombouctou a permis de préserver 1 500 manuscrits islamiques, dont beaucoup datent des XIIIe et XIVe siècles. Important comptoir commercial entre l'Afrique de l'Ouest et l'Europe et centre d'érudition, la ville était alors à l'apogée de sa grandeur au sein du monde islamique. Beaucoup des textes préservés, dont se servaient les diplomates islamiques qui voyageaient entre Tombouctou et La Mecque, enseignent le règlement de conflit et la tolérance.

Les subventions du Fonds des ambassadeurs ont financé la rénovation de plusieurs salles de la bibliothèque de la mosquée qui abrite la collection, et notamment l'installation d'éclairage, d'étagères et de présentoirs sécurisés, ainsi que l'amélioration du système d'aération et le catalogage des manuscrits.

En Mauritanie, l'Institut supérieur d'études et de recherches islamiques a bénéficié de subventions qui l'aideront à préserver et à photographier des documents, dont certains datent du XIe siècle. Au Niger, plus de 4 000 documents, dont une partie remonte au XIVe siècle, ont été préservés et numérisés pour être mis à la disposition du public.


* Première parution de cet article sur www.america.gov






Loading