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Points de vue

Noël Mamère : « Il faut s’attaquer à la vraie racine des maux : la fracture coloniale »

Rédigé par Noël Mamère Entretien avec | Vendredi 6 Février 2004

Mercredi 4 février au soir, se réunissaient autour de l’Assemblée nationale plusieurs centaines de personnes pour dire non à la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école. Rassemblement initié par le 'collectif une école pour tous-tes' qui réunit des associations de défense des droits de l’Homme, de lutte contre les discriminations, des associations musulmanes… Noël Mamère, député vert de Gironde et membre du 'collectif une école pour tous-tes', Patrick Braouezec, député-maire communiste de St Denis et Halima Boumédiène, député vert européenne étaient au rassemblement. Ils ont accepté de répondre aux questions de Saphirnet.info



Mercredi 4 février au soir, se réunissaient autour de l’Assemblée nationale, plusieurs centaines de personnes pour dire non à la loi contre les signes religieux ostensibles à l’école. Rassemblement initié par le 'collectif une école pour tous-tes » qui réunit des associations de défense des droits de l’Homme, de lutte contre les discriminations, des associations musulmanes… Noël Mamère, député vert de Gironde et membre du 'collectif école pour tous-tes', Patrick Braouezec, député-maire communiste de St Denis et Halima Boumédiène, député vert européenne étaient au rassemblement. Ils ont accepté de répondre aux questions de Saphirnet.info

 

Saphirnet.info : Que pensez-vous de cette loi ? 

 

Noël Mamère : Une loi de circonstance est dangereuse car elle prend le risque de renforcer les discriminations dont sont déjà victimes une partie de la population française. Je pense notamment à tous ces jeunes qui sont français comme vous et moi, qui sont enfants de l’immigration, qui n’ont pas besoin de montrer leur religion musulmane ou de porter un voile pour avoir des difficultés dans le travail, dans le logement ou dans les loisirs. Je pense d’autre part que nous prenons également le risque de stigmatiser ce qui est la seconde religion de France en faisant croire que lorsqu’on est en France, qu’on est musulman, on n’est pas républicain et que la religion musulmane serait incompatible avec la démocratie. Je pense qu’en laissant croire cela, nous ne faisons qu’alimenter d’abord les troupes d’apprentis sorciers qui peuvent mener des guerres de religion et nourrir également le fascisme, l’extrémisme de droite qui n’a plus besoin de trouver de nouveaux thèmes pour mener campagne car nous sommes en train de lui en fournir deux sur un plateau : l’immigration et la corruption.

 

On remarque une division de ceux qui défendent les droits de l’Homme sur la question de la loi….

 

La division ne se passe pas seulement entre les associations de défense des droits de l’Homme, elle se passe aussi à l’intérieur des partis. Il est vrai que c’est un sujet passionnel et comme c’est un sujet passionnel il ne fallait pas que cette loi se fasse dans la précipitation. Il faut s’attaquer à la vraie racine des maux de notre société. Et la racine des maux de notre société aujourd’hui c’est ce que j’appelle la « fracture coloniale ». Les enfants de l’immigration venant des anciennes colonies françaises ne sont pas considérés comme des français comme les autres mais plutôt comme des « étrangers de l’intérieur ». C’est pour ça que nous les verts, nous proposons un pacte national contre les discriminations, un vrai « plan Marshall » pour les banlieues, qui passent par le droit de vote des étrangers qu’on attend depuis 1981, et par une politique plus offensive dans la lutte contre l’ « apartheid social » , les ghettos dans les banlieues, en renforçant l’offre de logement social. Favoriser l’émancipation de certaines de ces jeunes filles qui sont prises en otage entre les grands frères et les barbus… Voilà les propositions. Elles sont simples, elles doivent être travaillées par l’ensemble des acteurs et pas seulement réservées à des politiciens qui donnent le sentiment qu’ils sont à côté de la société sans voir vraiment les profondeurs des problèmes. Et cette loi sur le voile, elle est là justement pour ne pas regarder la réalité en face, comme une sorte de bouc émissaire. Et nous devons nous battre contre tous les intégrismes qu’ils soient laïcs ou religieux.

 

Vous parlez de « fracture coloniale » que signifie exactement cette expression ?

 

Cela veut dire que la France n’a pas encore vraiment réglé ses problèmes de colonisation.

 

Comment allez-vous aider ces jeunes filles après le vote de la loi lorsqu’elles se verront exclure de l’école ?

 

Je vais continuer, comme avant le vote de la loi. Je vais me battre pour l’émancipation des jeunes filles, de l’ensemble des français, des femmes, pour l’accès de tous à la connaissance et à l’école. Et je me battrais aussi contre toutes les discriminations.

 

Que pensez-vous de l’attitude favorable au projet de loi du parti socialiste ?

 

Le parti socialiste prend une responsabilité grave en s’associant à cette loi. Il prend le risque de contribuer à stigmatiser une religion  et à renforcer les discriminations envers une partie de la société française.

 

Propos recueillis par Jihen Lazrak