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Sur le vif

Nicolas Bedos : Dieudonné « manipule le conflit israélo-palestinien »

Rédigé par La Rédaction | Mardi 21 Janvier 2014



Une explication de texte était attendue. Une semaine, après son sketch sur Dieudonné dans l’émission « On n’est pas couché » diffusée samedi 11 janvier sur France 2, Nicolas Bedos s’en explique dans un entretien accordé au Monde, samedi 18 janvier.

Ce sketch, dans lequel il dépeint, sous les traits d’un jeune banlieusard inculte et antisémite, un fan type de Dieudonné, et s’en prend de manière obscène à ce dernier, n'est pas passé inaperçu. Nicolas Bedos indique au Monde avoir écrit un tel texte « pour ne pas laisser à Dieudonné le monopole de la subversion ; pour rappeler qu'on peut faire de la provocation sur les sujets les plus sensibles sans être soi-même gangréné par le racisme, la misogynie, l'homophobie, etc ». « Cette chronique est en totale adéquation avec ce que je pense depuis toujours : on peut faire de l'humour sur tout, proférer des horreurs sur les Arabes et sur les Juifs sans être raciste ; on peut militer pour la libération du peuple palestinien sans piétiner le devoir de mémoire de la Shoah », s’explique encore Nicolas Bedos, qui juge que « Dieudonné est une exception », qui revendique « l'humour pour avancer de sombres pions idéologiques ».

Mais son attaque contre Dieudonné s’est avéré très vulgaire en brandissant en fin de sketch une merguez qu’il « enfonce dans (son) gros cul de Breton inculte ». « Pourquoi aller jusqu'à la vulgarité, l'obscénité ? », l’interroge la journaliste du Monde. « Parce que je m'adresse aux jeunes. J'ai parlé avec eux pendant des heures dans des bars, des boîtes. Ils considéraient qu'il y avait d'un côté des "bourges relous" et de l'autre Dieudonné, ses outrances, sa "liberté". Je tenais à leur dire : moi aussi, je peux cracher des horreurs du moment qu'on sait que je respecte la tragédie de l'holocauste et que je défends les immigrés. Un texte sage m'aurait mis dans le sac des donneurs de leçons insipides », justifie-t-il.

L’humoriste est également interrogé sur son choix de caricaturer un jeune de banlieue, à « l’accent arabe », par Le Monde. « J'ai surtout fait un con, une brute. Je savais très bien en l'écrivant qu'on y verrait une racaille de banlieue. Mais il est stupide, avant d'être rebeu. Cessons l'hypocrisie : il suffit d'observer le public des spectacles de Dieudo pour voir une grande majorité de jeunes gens d'origine immigrée, blessés par leur situation, le mépris de la société, l'indifférence à l'égard de la souffrance palestinienne. Je comprends leur colère, mais je déteste Dieudonné et Soral d'en profiter pour des raisons narcissiques et financières », argue-t-il.

Nicolas Bedos menacé de mort

Sa singerie des fans de l’humoriste a eu de quoi blesser les jeunes de banlieue présentés comme des ignares. Cette caricature et l’attaque frontale dirigée contre Dieudonné ont vite fait de susciter la colère de ses supporteurs, à tel point que Nicolas Bedos indique avoir « dû aller vivre chez un ami suite à des centaines de menaces, parfois de mort ».

« Je caricature, jusqu'à l'absurde, leur maître : c'est ça qui les rend dingues ! Pour la plupart, les pro-Dieudonné sont fragiles, culturellement et intellectuellement, socialement vulnérables et choqués par le sort réservés aux Palestiniens, d'où leur fantasme d'une sorte de complot israélo-judéo-politico-américano-médiatico-financier : Dieudonné ne cesse de nourrir ce délire », selon lui.

Il estime que « Dieudonné n'est plus un artiste » mais « un prosélyte d'extrême droite », qui viole la conscience de son public en « manipulant le conflit israélo-palestinien ». Nicolas Bedos reste néanmoins convaincu qu’interdire ses spectacles comme a pu le décider le Conseil d’Etat est une mauvaise chose.

Dans une vidéo diffusée sur YouTube, dimanche 19 janvier, Dieudonné répond à son détracteur. « Michael a essayé de faire un sketch. Y’a des trucs, des moyens, mais bon… Quand je l’écoute, je me dis que j’espère vraiment que mes enfants ne se lanceront pas dans l’humour. Guy Bedos doit avoir vraiment honte. Je préférerais encore que mon fils crève dans un accident de bagnole bourré en sortant de discothèque, ce serait plus digne, plus facile à assumer », lâche-t-il en sous-entendant que Nicolas Bedos, qu’il appelle Michael, n’est connu que grâce à son patronyme.

« Débattre avec Dieudonné ? Mais je n’attends que ça », déclare ce dernier, sur Europe 1, lundi 20 janvier, tout en estimant que Dieudonné est cantonné à « l’insulte et la simplification intellectuelle ». Si Dieudonné est un des humoristes qui a, par le passé, « fait le plus rire » Nicolas Bedos, comme il le dit lui-même, c'est bel et bien fini.

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