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Points de vue

Loi anti-hijab, les dérapages commencent

Rédigé par K. Entretien avec Sawsane | Samedi 27 Décembre 2003

Sawsane est mère d’une petite fille de deux semaines. Depuis trois ans qu’elle a ouvert un compte bancaire à une agence de la Société Générale non loin de la mosquée Da’wa dans le 19e arrondissement de Paris, elle n’a jamais rencontré de problème avec sa banque. Ce lundi 22 décembre, Sawsane n’a pas pu accéder à sa banque parce qu’elle portait un hijab.



Sawsane est mère d’une petite fille de deux semaines. Depuis trois ans qu’elle a ouvert un compte bancaire à une agence de la Société Générale non loin de la mosquée Da’wa dans le 19e arrondissement de Paris, elle n’a jamais rencontré de problème avec sa banque. Ce lundi 22 décembre, Sawsane n’a pas pu accéder à sa banque parce qu’elle portait un hijab.

 

SaphirNet.info : Que s’est-il passé ce lundi ?

Sawsane : Ce lundi je me suis rendue à ma banque pour retirer de l’argent. Comme les distributeurs étaient fermés, j’ai voulu me rendre à un guichet pour faire un retrait. Au moment d’entrer dans l’agence, un vigile m’a interpelée poliment. Il m’a expliqué que je ne pouvais pas entrer dans l’agence. Il fallait que je retire mon foulard avant.

 

Et vous êtes directement rentrée chez vous …

Non, je ne suis pas rentrée chez moi. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je me suis dit que c’était impossible. J’avais l’habitude d’entrer dans cette banque avec mon foulard et je n’ai jamais eu de problème. J’avais mon foulard quand je suis venue ouvrir mon compte. Il n’y a pas eu de problème. Pour moi c’était vraiment impossible. Alors j’ai insisté. Mais le vigile était très poli et il m’a expliqué que c’était les consignes de sécurité et qu’il se devait de les respecter. Puis il m’a montré une affichette sur le mur. J’ai voulu la lire pour vraiment vérifier si c’était vrai. Il ne m’a pas laissée entrer, il m’a juste laissé entrer ma tête dans l’agence pour lire la note.

 

Qu’avez vous fait par la suite ?

J’étais choquée. Je ne pouvais pas faire mes courses. Mon argent était dans cette banque et je ne pouvais pas y entrer. J’étais très choquée. Mes pensées n’étaient pas claires. Je suis rentrée chez moi et j’ai attendu que mon mari rentre pour tout lui raconter. Nous sommes retournés à l’agence mais elle était fermée. Il a fallu attendre le lendemain.

 

Avez-vous pu rentrer dans l’agence le lendemain ?

Oui… C’est à dire qu’il n’y avait pas de vigile le lendemain. Mais avec mon mari, nous nous sommes adressés à l’accueil. Là, ils nous ont dit que ce qui s’était passé était normal. Or il y avait une autre femme qui portait le capuchon de son manteau sur la tête, un peu comme un foulard parce qu’il pleuvait dehors. Je leur ai montré cette femme. C’est à ce moment qu’ils se sont souvenus de leurs consignes de sécurité et qu’ils ont commencé à faire des annonces dans les haut-parleurs pour demander aux clients d’enlever leurs couvre-chefs etc… Comme mon mari insistait pour avoir des explications la dame de l’accueil nous a conduit chez le directeur de l’agence.

 

Et alors qu’a-t-il dit ?

Il a dit que c’était une erreur. Il s’est excusé et nous a expliqué que ce n’était qu’un malentendu parce que la banque tient quatre agences dans le 19e arrondissement avec beaucoup de clientes musulmanes. Il nous a expliqué que s’il devait interdire l’accès de ses agences aux femmes avec foulard il mettrait la clé sous la porte. Puis il m’a dit que je pouvais retourner dans l’agence sans problème et que je n’aurais pas dû rentrer chez moi. Que j’aurais dû demander à le voir la veille et qu’il n’y aurait pas eu de problème.

 

Mais pourtant la note de sécurité que vous avez lue parlait bien de foulard.

Oui, tout à fait. La note disait qu’il fallait retirer les foulards, les casques, les lunettes de soleil, les couvre-chefs etc… Mais le directeur a dit que cette note était affichée depuis longtemps et qu’elle ne concernait que les foulards qui cachent le visage. Or mon foulard ne cache que les cheveux et les oreilles… Il nous a expliqué que la note de sécurité concernait les « foulards qui couvrent le visage parce qu’il faut que le client soit identifiable ». 

 

Qu’avez-vous ressenti après ces explications ?

Ca fait du bien. Ca soulage. Mais ça ne résout pas le problème. Vous imaginez un vigile qui vous arrête là, devant cette banque, devant tout le monde. Il laisse passer les gens et il vous empêche de passer parce que vous avez un foulard… c’est humiliant ! De plus il y avait tous ces clients dans l’agence qui s’en prenaient à nous et qui disaient que nous sommes « gonflés » et que c’était une mesure de sécurité et qu’il fallait la respecter.

 

D’habitude, avez-vous des problèmes avec votre hijab ? Est-ce que vous travaillez par exemple ?  

Oui je suis standardiste... Mais de toutes façons,  il est de moins en moins facile de sortir avec le foulard. Il n’y a qu’à voir comment les gens nous regardent dans la rue. Parfois on se sent comme souillée. Je me dis : on interdit aux filles d’entrer dans les écoles, on va nous interdire bientôt d’entrer dans les bureaux de la Sécurité Sociale, de la CAF (ndr : Caisse d’allocations familiales)… Si les choses continuent comme ça, on va bientôt nous interdire de passer dans certaines rues et pourquoi pas nous interdire l’accès à certains restaurants...

 

Avec ce dérapage dont vous avez été victime, qu’avez-vous à dire aux filles qui se retrouvent dans ce genre de situation ?

De ne pas se taire. De ne pas se laisser faire. Il ne faut pas qu’on les laisse mettre le foulard sur le même plan qu’un casque de moto ou qu’une casquette parce qu’une casquette n’est pas un signe religieux. Or mon foulard c’est ma religion qui me l’indique. Autrement, si on m’interdit mon foulard sur une affiche de sécurité, il faut aussi interdire la kippa et la croix sur la même affiche. Mais non, ce n’est que le foulard qui est mentionné sur l’affichette.

 

Propos recueillis par Amara Bamba