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Points de vue

Lettre à mes concitoyens européens d’origine française, pour en finir avec la peur de l’étranger

Rédigé par Ghazli Mourad | Vendredi 3 Juin 2005

La campagne du référendum pour la ratification du traité constitutionnel s’achève. Avec un goût quelque peu amer. Chez les partisans du oui et surtout du non, la peur de l’étranger a été au centre des débats jusqu’à la caricature, jusqu’à la nausée. La chemise made in China, le plombier polonais la clé à molette entre les dents, le maçon portugais, le grand méchant turc et l’Oncle Sam.



La campagne du référendum pour la ratification du traité constitutionnel s’achève. Avec un goût quelque peu amer. Chez les partisans du oui et surtout du non, la peur de l’étranger a été au centre des débats jusqu’à la caricature, jusqu’à la nausée. La chemise made in China, le plombier polonais la clé à molette entre les dents, le maçon portugais, le grand méchant turc et l’Oncle Sam.

 

Arrêtons-nous un instant sur l’argument des délocalisations. En France, nous avons créé un mécanisme qui permet aux zones défavorisées d’abriter des entreprises afin d’y créer de l’emploi. Elles bénéficient de divers allégements fiscaux. Lorsque les produits issus de ces entreprises parviennent sur le marché concurrentiel, on peut dire qu’elles ont été produites à un moindre coût. N’est-ce pas, par conséquent ce qu’on pourrait appeler du dumping ? Personne ne le dit et c’est tant mieux puisqu’il s’agit d’offrir des perspectives d’emplois donc de salaires à une partie de la population qui en est malheureusement démunie.  Pourquoi ce qui est bon en France ne le serait-il pas bon l’Europe ?

 

A gauche mais aussi à droite, la contradiction est patente. On dénonce les déséquilibres mondiaux mais lorsque des pays en voie de développement parviennent à créer des richesses afin d’élever leur niveau de vie, on crie à l’invasion.  Les arguments échangés lors de cette campagne n’ont pas brillé par leur pertinence. Les propos de comptoirs ont recouvert de leur bruit les discours rationnels que nous sommes en droit d’attendre de la part des responsables politiques: en résumé, la constitution européenne ratifiée, le plombier polonais ôtera le pain de la bouche des Français. A croire que la gauche (et malheureusement une partie de la droite) préfère entretenir la misère plutôt que la régler. Si des entreprises se délocalisent à l’intérieur de l’union,  elles élèvent le niveau de vie des nouveaux entrants au profit de l’ensemble de l’Union européenne.

 

A droite, c’est l’épouvantail du grand méchant turc. Et Nicolas Sarkozy n’en a pas fait le moindre de ses arguments. Voter oui, ce serait éviter l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. L’union européenne est aujourd’hui composée de 25 pays, sans que l’on ait jamais demandé l’avis des Français au sujet d’aucun à l’exception du cas de la Grande-Bretagne. Le président de l ‘UMP est néanmoins plus nuancé que Jean-Marie Le Pen ou Philippe de Villiers.

L’ancien ministre de l’économie nous parle de géographie, oubliant que Constantinople, aujourd’hui Istanbul,  fut l’ancienne capitale de l’Europe. Et les Dom-Tom serions-nous tentés de répondre si l’argument n’était pas blessant pour nos concitoyens français de l’outre-mer ? Je ne soutiens pas les positions du président de mon parti qui ne cesse d’évoquer la Turquie, y compris dans  le dernier numéro du journal de l’UMP, « Le magazine de l’Union » surfant sur la crainte des « méchants musulmans » turcs qui pourraient cacher des petits Ben Laden. 

Nicolas Sarkozy, au lieu d’apaiser la crainte des français en rejetant l’amalgame entre islam et  terrorisme, préfère renforcer  le cliché au détriment de l’apaisement. Le rôle d’un homme d’Etat c’est d’être juste,  honnête et surtout rassembleur. On ne construit pas sur la haine. 

 


Mourad Ghazli est secrétaire national du Parti radical affilié à l’UMP, conseiller de André Rossinot, ancien ministre et président du parti radical, fondateur du club France-fraternité.