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Politique

Les politiques et la banlieue : quelles propositions  ?

Rédigé par Pauline Compan | Lundi 26 Mars 2012

Grande absente de la campagne présidentielle, la question des banlieues a resurgi brusquement vendredi 16 mars, alors que François Hollande présentait une série de mesures qu'il destine aux quartiers populaires, en cas de victoire en mai. Des mesures un peu frileuses mais qui vont « dans le bon sens » selon certains observateurs, tandis que son principal adversaire Nicolas Sarkozy, tente de recycler son fameux « Plan Marshall » des banlieues de 2007 en promettant un nouveau Plan de rénovation urbaine.



Clichy-sous-Bois (93).
Clichy-sous-Bois (93).
Les associations de terrain dénoncent sans relâche l'absence des quartiers populaires dans le débat politique. Pourtant, les banlieues concentrent de nombreux problèmes, qui se déclinent à l'échelle nationale tels que le chômage, logement ou la santé. Car s'attaquer aux mal qui touchent les banlieues, c'est aussi combattre les problèmes de tous les Français.

D'ailleurs, de nombreux sondages viennent régulièrement le rappeler : le chômage reste la préoccupation principale des citoyens en ces périodes difficiles.

Que disent les deux principaux candidats ?

Lors de son meeting de Strasbourg, le 16 mars dernier, François Hollande a détaillé ses propositions pour les banlieues. Outre son « ministère de l'Egalité territoriale », déjà évoqué lors de sa rencontre avec le collectif AC LeFeu à Paris, François Hollande a fait des propositions sur l'emploi et la santé.

Exonérer de charges une entreprise embauchant un jeune domicilié dans les quartiers populaires est une des mesures mises en avant par le candidat socialiste pour lutter contre le chômage. Une mesure intéressante pour « promouvoir » l'emploi des personnes qualifiées issus des quartiers mais qui ne doit pas oublier la nécessité de faire vivre un tissu économique local dans les banlieues.

Sur la santé, François Hollande a promis la fin des « désert médicaux » et entend rendre obligatoire des « stages de jeunes médecins » dans les zones désertées où des « pôles santé » devraient être installés. Sur les transports, le candidat socialiste s'est engagé sur une généralisation de la tarification solidaire. Promettant un deuxième Plan de rénovation urbaine, il entend également supprimé les « zonages ». « Plus personne ne s'y reconnaît dans les ZUP, les ZEP, les ZUS… On est de France, pas d'une zone », a-t-il déclaré.

« Ces mesures vont dans le bons sens. Tout ce qui sera à même de recréer du lien social, nous ne pouvons qu’approuver »,a déclaré Nassurdine Haidari, élu marseillais.

Face à ces déclarations, le président-candidat a, lui aussi, présenté ses ambitions pour les quartiers populaires. A Meaux, le 16 mars dernier, il a précisé le coût du deuxième Plan de rénovation urbaine prévu en cas de réélection. Un effort de 15 à 20 milliards d'euros, « recentré sur les quartiers difficiles », alors que les critiques ont été vives face au premier Plan engagé par le gouvernement.

« Le plan de rénovation n'a pas d'équivalent dans le monde », a martelé Nicolas Sarkozy, qui veut aussi miser sur la sécurité pour ne pas laisser « les habitants d'une ville être détruits par les petits caïds et la drogue ».

Un sujet sensible sur la table

Pour les autres candidats aussi, il a fallu prendre des positions sur les quartiers populaires. Le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, et le leader centriste François Bayrou, envisagent tous deux la création d'un ministère de « l'Egalité ». Un ministère engagé pour plus de justice sociale et pour la promotion de la mixité.

Jean-Luc Mélenchon reprend aussi à son compte une proposition formulée par le collectif AC LeFeu, à savoir la délivrance d'un récépissé en cas de contrôle de police, destiné à lutter contre les contrôles au faciès. Les contrôles arbitraires sont, en effet, devenus un symbole de l'injustice sociale subie par les personnes identifiées comme noires ou maghrébines dans les rues françaises. Une inégalité criante d'après une étude du CNRS que le collectif Stop le contrôle au faciès tente d'éliminer, notamment par la mise en place de ce récépissé.

La candidate d'Europe-Ecologie-Les-Verts, Eva Joly, veut miser sur les transports en commun et le désenclavement des quartiers, un problème classique des quartiers populaires périphériques.

Marine Le Pen, candidate du Front national, martèle, quant à elle, sa « préférence nationale » comme une solution aux problèmes des quartiers populaires, donnant ainsi la priorité aux Français dans l'accès aux logements ou à certains emplois. La candidate est également très critique vis-à-vis de 'l'investissement important du Qatar dans les banlieues françaises.

Un fonds d'aide à la création économique de 50 milliards d'euros a, en effet, été mis en place par l'Emirat, à destination des habitants des banlieues, trop longtemps délaissées par les pouvoirs publics. « Les investissements massifs que le Qatar faits en banlieue le sont en raison de la proportion très importante de musulmans qui sont dans les banlieues françaises. C'est donc critiquable parce qu'on laisse un pays étranger choisir ses investissements en fonction de la religion de telle ou telle partie de la population ou du territoire français », a affirmé le présidente du FN.

L'instrumentalisation de la religion musulmane dans ses propos n'est pas surprenante au vu des positions du FN mais risque, une fois de plus, de servir la stratégie de Marine Le Pen, en perpétuelle position de « dénonciation ». L’instrumentalisation des banlieues qui se profilent derrière ces tractations, font avant tout souffrir ces dernières qui ne peuvent plus rester des « territoires oubliés » de la République mais faire l'objet d'une véritable politique ambitieuse, seul moyen d'éviter les instrumentalisations de tous bords.





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