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Economie

Le Qatar au secours des banlieues françaises

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 13 Décembre 2011

Le Qatar est un bien minuscule pays mais est bien décidé à jouer dans la cour des grands. L’émirat, qui investit en France à coups de millions d'euros, vient d’annoncer la création d’un fonds d'investissement, doté de 50 millions d’euros, pour financer les projets des entrepreneurs issus des quartiers populaires. L’Association nationale des élus de la diversité (ANELD), qui s’est rendue au Qatar en novembre, a réussi à convaincre la pétro-monarchie de miser sur les banlieues.



Le Qatar investit les banlieues françaises grâce à un fonds de 50 millions d'euros.
Le Qatar investit les banlieues françaises grâce à un fonds de 50 millions d'euros.
Le Qatar offre à la France un beau cadeau de fin d’année. A leur retour de l’émirat, la dizaine d’élus français de la diversité ont apporté une bonne nouvelle dans leurs valises : la pétro-monarchie a débloqué un fonds de 50 millions d’euros pour soutenir les projets d’entrepreneurs issus des banlieues et ainsi exploiter les talents cachés de la République, qui n’ont besoin que d’un coup de pouce financier pour enclencher une réussite.

Ces élus, de tout bord et tous originaires du Maghreb, doivent la création de ce fonds à un seul homme : l’émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani, qui a reçu mi-novembre en grande pompe la délégation française par l’entremise de l’ambassadeur à Paris Mohamed Jahan Al-Kuwari.

Le fonds sera intégralement géré par le Qatar. L’ANELD, dont font partie les élus, ne sera que l’intermédiaire chargée de recueillir les projets et de les proposer. Quatre chargés de mission diplomatique ont ainsi été nommés à l'ambassade pour décider des projets locaux qui valent la peine d’être financés : ils recevront les entrepreneurs, évalueront leurs projets et leur alloueront un financement si l’intérêt s’en fait sortir.

Une aide bienvenue mais non dénuée d’intérêts

Car, pour le Qatar, il ne s’agit pas de faire un simple acte de charité aux jeunes des banlieues, que l’émirat considère comme l’avenir de la France. On ne sait pour le moment si le Qatar deviendrait actionnaire des sociétés financées mais l'émirat espère bien tirer profit des projets pour consolider sa présence en France et servir ses intérêts économiques et politiques. Le retour sur investissement escompté est conséquent. L’ambassade du Qatar n’exclut d’ailleurs pas l’augmentation de ce fonds à l’avenir.

« Ils sont très ouverts en termes d'activité. Ce qu'ils souhaitent, ce sont des projets sérieux et crédibles dans le temps. Il ne s'agit pas de mécénat, ils veulent des projets gagnant-gagnant », explique Kamel Hamza, président de l'ANELD, à l'initiative du voyage. Ce dernier compte intervenir très vite auprès de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) et de « tous les acteurs de banlieue qui travaillent sur ce sujet ».

Les banlieues, les mal-aimées de la République

Les banlieues, durement touchées par la crise et le chômage, accueillent favorablement cette initiative. Les talents y sont présents mais restent peu exploités.

La côte de popularité du Qatar s’est accrue ces derniers mois dans les banlieues depuis l’entrée en force du Qatar dans le football français par le biais du Paris Saint-Germain et d’Al-Jazeera, très regardée – via la parabole – par les familles arabophones et qui vient de s’offrir les droits audiovisuels de la Ligue des champions pour la France sur la période 2012-2015.

L’attrait pour ce pays est si fort que les jeunes sont nombreux à vouloir tenter une expérience professionnelle au Qatar comme en attestent les multiples annonces lancées par le réseau des Dérouilleurs. Pour répondre à cette demande, l’ANELD aura aussi la mission de récupérer les CV de ceux qui souhaitent travailler au Moyen-Orient ou dans les entreprises dans lesquelles le Qatar investit déjà.

« Le Qatar, pays à la richesse insolente mais à la politique d’ouverture intelligente, peut jouer un rôle déterminant dans l’amélioration des conditions de vie de cette jeunesse en fournissant aides et débouchés économiques », estime Mohamed Hakkou, conseiller municipal à Gonesse qui a fait partie du voyage au Qatar.

Un retour à la confiance par l'investissement

« Notre séjour doit aussi être l’occasion d’alerter la France et ses élites du déficit de confiance de nombreux jeunes dans leur pays. Il est urgent de remédier à cette situation pour préserver la cohésion nationale et pour garder les nombreux potentiels qui bâtiront, grâce à leurs compétences et à leurs origines, la France de demain », estime l’élu.

La France des banlieues aspire plus que jamais à la prospérité économique et à l'égalité. Le collectif « Nous ne marcherons plus », fondé en octobre dernier par Nassurdine Haidari, un élu socialiste de Marseille, appelle les partis politiques à créer un ministère de l’Egalité.






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