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Société

Stop le contrôle au faciès, un requiem pour l’égalité

Une web-série lancée (vidéo)

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 18 Novembre 2011

Le contrôle policier motivé par l’apparence physique et non le comportement de la personne contrôlée est un délit. C’est le message que porte le collectif « Stop le contrôle au faciès », qui se mobilise pour démontrer l’illégalité et l’inefficacité du procédé touchant principalement les jeunes issus de l’immigration. Plusieurs associations et artistes français et internationaux, qui forment le mouvement, se mobilisent à présent pour dénoncer la banalisation de cet acte policier et en appellent aux pouvoirs publics pour enrayer cette pratique.



Stop le contrôle au faciès, un requiem pour l’égalité
Les Noirs et les Arabes ont, respectivement, jusqu’à 11 et 15 fois plus de risques d’être contrôlés que les Blancs à Paris. Telles ont été les conclusions du rapport de l’Open Society Institute et du CNRS de juin 2009.

Deux ans après la publication de l’étude, rien n’a changé. Face à une discrimination institutionnalisée, le collectif « Stop le contrôle au faciès » s’est mobilisé fin octobre à Châtelet sur la place des Innocents – un nom tout trouvé pour l’occasion – afin de dénoncer cette pratique policière.

A cet effet, les jeunes, qui ont subi un contrôle d’identité hors véhicule, sont invités à envoyer un sms « CONTROLE » à un numéro gratuit* afin d’être entendu et de faire valoir leurs droits. L’objectif : intenter une action massive en justice « inédite en France », selon le collectif.

Une volonté freinée par « la banalisation d’un contrôle injustifié et abusif », réagit Franco, porte-parole du Collectif anti-négrophobie, associé au collectif et qui souhaite « combattre le racisme institutionnel » à travers la lutte contre le contrôle au faciès. « Être vu mis de côté en public par des policiers est la meilleure façon d'intégrer dans la société que les personnes issues de l’immigration sont des potentiels coupables », nous déclare-t-il.

Le reçu du contrôle, une première solution

Même son de cloche pour Gilles Sokoudjou, président des Invisibles, qui a fait de la lutte contre les préjugés ethno-raciaux une priorité. « On veut changer les mentalités du côté de la police et des citoyens et leur montrer que le contrôle d’identité basé sur une apparence, aussi banal qu’il soit, n’est pas un acte normal », fait-il savoir.

Comme ses partenaires, il juge les contrôles au faciès « inefficients car ils n’améliorent en rien l’élucidation de délits et de crimes dans la société. » Le collectif milite ainsi pour la remise d’un reçu du contrôle à la personne contrôlée par le policier effectuant le contrôle, indiquant notamment le motif du contrôle, son déroulement et résultat, le comportement du policier et le numéro de matricule de l’agent. Il promeut également une modification de la loi 78.2 du Code pénal encadrant le contrôle d’identité afin de permettre un recours en cas de discrimination.

Ces propositions pourraient mettre bien du temps avant d’être prise au sérieux par le ministère de l’Intérieur, dont Claude Guéant est à la tête, mais le collectif ne s’interdit rien. « Tout notre rôle de citoyens est d’alerter les hommes politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche », indique M. Sokoudjou.

« Mon premier contrôle d’identité »

Outre des associations, plusieurs rappeurs, dont La Fouine, la Sexion D'Assaut, Soprano et Sefyu, ont aussi rejoint le collectif, qui a lancé cette semaine une série de web stories de cinq minutes, durant lesquelles les artistes font le récit du premier ou du pire contrôle d’identité qu’ils ont eu à subir.

La pratique abusive du contrôle au faciès rompt le lien social entre les jeunes et la police, dont les relations se sont particulièrement dégradées en 2005 lors des émeutes à Clichy-sous-Bois à l’issue de la mort de Zyed et Bouna, les deux jeunes qui, en voulant s’échapper d’un contrôle d’identité, ont trouvé la mort.

« Il faudra bien plus qu’un reçu pour résoudre le problème du contrôle au faciès. Il faut un débat de fond avec la police non pas parce que la police doit être désignée d’office comme coupable des dérapages mais parce qu’elle est normalement formée pour maintenir l’ordre, ce que ne sont pas les jeunes en proie à la délinquance. On doit réussir à les extirper de la violence de la meilleure manière possible », analyse Franco.

Recréer ces liens est un impératif dont doit se saisir la classe politique à l’approche des élections présidentielles et législatives, selon les membres du collectif.

*Le sms « CONTROLE » doit être envoyé au 07 60 19 33 81. L’expéditeur du message, qui devrait avoir retenu la date, l’heure et le lieu du contrôle policier, ainsi que son contexte, son motif et son résultat ainsi que le comportement des policiers, sera alors rappelé en moins de 24h par le collectif.

Pour en savoir plus sur le Collectif, cliquez ici

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