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Points de vue

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement

2005 : le moment de vérité

Rédigé par Par Yasmina Rejichi, rédactrice en chef de Planète Humanitai | Dimanche 15 Octobre 2006

Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont été adoptés en
septembre 2000 par 191 pays. Au nombre de huit, ils ont été pensés pour être
réalisables d’ici à 2015. A l’initiative des Nations Unies, ils sont le seul
outil concret de lutte contre l’extrême pauvreté à l’échelle mondiale
impliquant à la fois les Etats pauvres et les Etats riches. Pensés
globalement, ils devraient trouver un écho favorable et mobiliser l’ensemble
des acteurs: Etats, O.N.G., entreprises publiques et privées, société
civile…



Les Objectifs du Millénaire pour le Développement
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)

Par le passé, nombre de discours ou de programmes ont été proposés, voire
adoptés, afin de lutter contre les fléaux mondiaux que sont la pauvreté, le
sida et autres maladies infectieuses, le faible taux d’alphabétisation des
populations les plus défavorisées…Et ils sont pourtant restés lettre morte.
Quelles différences donc entre les OMD et ces précédentes tentatives ?

A première vue, peu de chose serions-nous tentés de répondre, surtout
lorsqu’on prend en compte le récent bilan mitigé fait par les Nations Unies
en septembre 2004 sur les avancées des OMD. Cependant ce projet veut avoir
une portée et une ambition que n’ont jamais eu les précédentes initiatives.
Contrairement aux autres plans, les OMD n’ont pas été pensés dans l’urgence
et ne se veulent pas uniquement alarmistes. Ils ne servent pas non plus à
donner bonne conscience aux pays riches. Ils s’inscrivent dans le concret,
dans la réalité, et à ce titre font appel à tous les protagonistes. Les OMD
sont l’aboutissement ou plus exactement la “maturation” de toutes les
initiatives précédentes. Plus global, plus mondial, interpellant toutes les
composantes de l’Humanité, ils sont le résultat d’une mûre réflexion. Ils
marquent la dernière étape de cette réflexion et paradoxalement la première
phase concrète de la réalisation d’efforts pour endiguer tous ces maux ;
efforts venant de chacun des partenaires. Ils nous disent : “il est
désormais temps de passer à l’action”.

L’autre innovation majeure de ce projet titanesque est la volonté,
clairement exprimée par les initiateurs-concepteurs du projet, de
conscientiser le monde face aux conséquences catastrophiques de la situation
actuelle. Responsabiliser, et non pas seulement informer, les personnes et
la société civile dans son ensemble, est une condition sine qua non pour
atteindre ces objectifs. Ne se fondant pas uniquement sur l’affect, ces
derniers s’ancrent dans la réalité mondiale. Les pères fondateurs du projet
ont souhaité mettre l’accent sur le fait que sortir les populations les plus
défavorisées et les plus pauvres de cet état de misère est une question de
survie pour le monde entier, pays riches y compris. Ces derniers ne peuvent
survivre à long terme entre eux, dans une espèce d’ostracisme, et il s’agit
aussi dans ce projet de leur survie, certes à une autre échelle et dans une
moindre mesure, mais il est bien question de leur survie.

Ni “victimisants”, ni misérabilistes, ils renvoient avec justesse et
réalisme chacun à ses responsabilités et à sa conscience.

Présentés comme l’impératif pour tous pendant ces dix prochaines années, les
OMD sont au nombre de huit. Ils se fondent sur un axe central qui est la
lutte contre l’extrême pauvreté. Cette lutte s’organise stratégiquement
autour de quatre pôles : la santé, l’éducation, l’égalité des droits
(notamment dans les rapports homme-femme et le droit des enfants) et le
développement. Si dans les trois premiers domaines, la participation des
pays riches passe avant tout par des dons, en argent ou en nature, en
revanche dans le dernier domaine, à savoir le développement, un réel
engagement de leur part, qui aille au délà des dons, est nécessaire.

Aujourd’hui, cinq ans après le lancement des OMD, le bilan est mitigé. Les
quelques progrès qui ont été constatés restent bien insuffisants. A ce
rythme, ils ne seront pas atteints en 2015. Trois principaux facteurs de
frein aux OMD ont été pointés par les responsables du projet ainsi que par
les spécialistes.

Le premier est le timide engagement, à tous les niveaux des pays riches, qui
se traduit par des promesses de dons non tenues, des retards de paiement, la
non-application de la recommandation du FMI sur l’annulation de la dette de
certains Etats, leur participation limitée au développement durable…
L’accumulation de tous ces faits a des conséquences désastreuses sur la
réalisation des OMD. Les pays riches ont manqué à leur rôle de pays
développés. Sans une réelle implication de leur part, le processus des OMD
peut être considéré comme mort-né. Les OMD sont la préoccupation et le souci
de tous. Ils ne sont pas l’apanage des pays pauvres. Bien au contraire, ils
ont été pensés dans un souci d’entreaide en vue d’une autonomisation et
d’une indépendance durables entre pays développés et pays en voie de
développement.

Le deuxième facteur de ralentissement des OMD concerne les pays en
développement. En effet, certains problèmes internes représentent un frein à
l’aboutissement de l’aide internationale en vue de la réalisation des OMD.
Outre les problèmes de corruption, il existe des problèmes organisationnels
et des problèmes “chroniques”. Il semblerait que dans certains pays, la mise
en place de structures administratives de redistribution consacrées
entièrement à la réalisation des OMD ne soit pas encore acquise.
Parallèlement, des problèmes de fond doivent être résolus avant de pouvoir
concrètement aborder les OMD, plus précisément en Afrique Subsaharienne.
“75% de l’aide envoyée dans des régions comme l’Afrique ne se traduit jamais
en aide réelle au développement ; l’argent est dépensé pour faire face à des
situations urgentes plutôt que pour résoudre les problèmes fondamentaux”
affirmait Jeffrey D. Sachs, conseiller spécial du Secrétaire général des
Nations Unies pour les OMD.

Le troisième facteur de ralentissement est l’absence de mobilisation des
sociétés civiles dans les mécanismes des OMD. En réponse à cela et afin de
mobiliser l’ensemble des acteurs, les Journées de la coopération
internationale (JCI) qui se sont tenues en novembre 2004 à Ottawa, ont été
consacrées aux OMD et à la concrétisation de l’engagement collectif et plus
particulièrement à la mobilisation de la société civile.

Malgré ces ralentissements, les initiateurs du projet ainsi que tous les
partenaires restent convaincus que si les efforts nécessaires sont fournis
sans attendre, soit dès 2005, tout reste encore possible. Ainsi l’année 2005
se veut être une année charnière dans la réalisation des OMD. De nombreuses
initiatives nationales ont été lancées à travers le monde à cet effet telle
que la campagne “2005 : plus d’excuses” lancée en France.

En définitive, ces objectifs seront-ils vraiment réalisables ? La prochaine
assemblée générale des Nations Unies sera le moment de vérité de la
concrétisation des OMD avec un évènement crucial pour son avenir : la
rencontre du G8 en juillet au Royaume-Uni. Cependant, la question à laquelle
souhaite répondre la mobilisation internationale ne devrait-elle pas se
poser dans d’autres termes que ceux de la faisabilité ou non des OMD ?
Avons-nous le choix de ne pas réaliser ces objectifs ? Car s’il advenait que
ces objectifs ne soient pas atteints dans les temps, les conséquences
seraient sans appel pour les populations et cette lente agonie du Sud se
répercutera à terme sur le Nord. Le leurre serait de croire que seuls les
pays en développement ont un intérêt dans l’aboutissement des OMD. Les
intérêts des pays développés sont intrinsèquement liés à ceux des pays en
développement par le jeu de la globalisation.







Les Objectifs du Millénaire pour le Développement



Objectif 1

Réduction de l’extrême pauvreté et de la faim



Objectif 2

Assurer l’éducation primaire pour tous



Objectif 3

Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes



Objectif 4

Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans



Objectif 5

Améliorer la santé maternelle



Objectif 6

Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies



Objectif 7

Assurer un environnement durable



Objectif 8

Mettre en place un partenariat mondial pour le développement