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Points de vue

Le vrai visage de la mondialisation

Rédigé par Fouad Bahri | Mercredi 21 Septembre 2005

Suppression de postes, hausse des prix...

De plus en plus de grandes sociétés n’hésitent plus à recourir à ces pratiques, alors même qu’elles sont largement bénéficiaires.

Des profits obtenus grâce au pouvoir d’achat des consommateurs mais aussi, paradoxalement, à leur détriment.

Avec la mondialisation semble donc s’achever un vieux mythe : celui du marché, cette main invisible et régulatrice, comme source de richesse des nations.



Le vrai visage de la mondialisation
Six mille emplois supprimés en europe. La décision, annoncée le 9 septembre dernier à Bruxelles, est sans appel. Elle émane du n°2 mondial de l’informatique, Hewlett Packard, bien implanté sur le vieux continent.

Pour les salariés français, c’est un vrai coup dur car leurs antennes locales de la firme américaine vont perdre 1240 postes, soit 25 % des effectifs nationaux.

Une mesure d’autant plus cruelle que H.P a engrangé l’an dernier un bénéfice net de 3,5 milliards de dollars, et qu’il aurait déjà racheté un bouquet de ses propres actions estimé à 4,3 milliards de dollars, cette année.

Sous le patronage de l’intersyndical de Hewlett Packard (fédération regroupant entres autres la CFTC, CFDT, CGC, CGT, FO), les salariés ont décidé d’exprimer leur mécontentement au cours d’une manifestation organisée sur les sites de Grenoble et de l’Isle-d’Aleau, qui a réuni 1500 personnes.

Ils accusent directement leur société de les utiliser pour former des cadres chinois et indiens qui les remplaceront aussitôt.

A vrai dire, c’est bien le sens pris des restructurations décidées par Mr Hurd, le nouveau patron du géant mondial.

Une réduction significative des coûts de fonctionnement des structrures dites de support, qui ne sont pas en relation directe avec le client, est prévue à cet effet.

Les leaders du groupe espèrent ainsi dégager une économie annuelle de 1,9 milliard de dollars sur leur budget pour préparer les prochaines délocalisations prévue en Asie, où le marché est plus dynamique et la main-d’oeuvre, peu coûteuse.

La France, qui accueille nombre de structures de support d’H.P, apparaît donc comme la principale victime de ce dégraissage salarial, dans une zone européenne où, paradoxalement, le leader américain réalise 42 % de son chiffre d’affaire.

Cet exemple d’une grande firme, qui licencie dans un contexte de marge bénéficiaire, n’est pas rare. Il est devenu la norme du phénomène économique international qu’on a baptisé, il y a quinze ans, mondialisation ou globalisation néo-libérale. Un phénomène qui aujourd’hui n’épargne personne, pas plus les pays dits “développés” que la zone sud des pays pauvres.

Il fait figure de véritable tsunami économique menaçant à présent l’europe avec, à l’horizon, des colosses financiers tel que la Chine ou l’Inde.

Cette réalité économique, les entreprises françaises l’ont parfaitement intégré.

En témoigne la hausse constante des prix de l’essence qui a permis aux sept plus grandes compagnies pétrolières de récolter, l’an dernier, 100 milliards d’euros de bénéfices.

Parmi elles, Total, fleuron du secteur industriel français, qui en a empoché 9,6 miliards.

Cette année, sa cagnotte s’élève déjà à 6,3 milliards d’euros au premier semestre et pourrait atteindre les13 milliards, à la fin du second.

Pourtant, sa bonne santé finacière n’a pas incité le moins du monde le géant pétrolier à revoir ses tarifs à la baisse. En augmentation importante cet été, les prix à la pompe ont parfois atteind le seuil des 1,50 euros/litre.

La hausse du prix du baril de pétrole, contrairement aux idées reçues, ne suffit pas à expliquer l’envolée tarifaire du carburant. En effet, les coûts d’exploitation de l’or noir sont constants et n’augmentent pas avec le baril. La vrai cause de cette flambée des prix se situe dans l’écart important entre l’offre et la demande. Le 16 août dernier, le gouvernement Villepin reprochait déjà à Total son manque d’investissement dans l’exploration et le raffinage du pétrole. Matignon soupçonne le groupe pétrolier de vouloir maintenir l’offre telle qu’elle, pour garantir la hausse des prix. Une stratégie financière que la récente baisse du prix de l’essence (3 centimes pour le carburant sans plomb et 2 centimes pour le gazole) ne doit pas occulter.

Cette baisse, plus symbolique que conséquente, n’est qu’une goutte d’eau dérisoire pour les consommateurs, toujours soumis aux larges et instables variations tarifaires d’un processus économique de plus en plus fragile.

Ceci dit, cette instabilité aura au moins un mérite. Celui de leur offrir un aperçu concret, et au quotidien, d’un système financier présentée encore par ses thuriféraires, comme performant.

Un système qui aura eu le sinistre privilège d’avoir provoquer le passage définitif de nos économies d’un capitalisme industriel et national, à un libéralisme financier et transnational, dont la prédation socio-économique est un mode de vie.