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Points de vue

Le souvenir de la mort, de l’angoisse à la sérénité

Rédigé par Abderahmane Aknou | Lundi 18 Juillet 2016



Le souvenir de la mort, de l’angoisse à la sérénité
On hésite à évoquer la mort, à méditer sur cette chair humaine qui doit redevenir poussière. Le mot fait peur, suscite l’incompréhension, provoque la fuite et le rejet. La frontière de la vie demeure un sujet tabou des sociétés se déclamant toujours sans tabous.

Pourtant, il est évident que nous sommes de simples mortels qui atteindront leur ultime destinée à un moment défini de leur fragile existence. La finitude n’est-elle pas la seule certitude qui persiste dans ce monde souvent en perte de repères ?

Au cours de sa vie, l’Homme est sans doute visité par l’inquiétude de son devenir. Face à cette réalité, dure pour ceux qui ne croient pas en la vie dernière, l’oubli demeure le remède le plus populaire. Pour ce faire, agitation et bruit viennent empêcher les « mauvaises pensées » de venir perturber les consciences anesthésiées et les âmes mutilées !

Pourtant, la mort est là, se dressant tel un défi pour l’Homme moderne malade de sa modernité, imbu de sa suffisance, fier et satisfait de lui, le rappelant à sa condition de mortel.

Affronter l’angoisse de la finitude avec sérénité

La question sur le sens de la vie intervient souvent quand approche la vieillesse et que l’on est face à son passé désormais irrécupérable.

L’islam oriente ses fidèles depuis la jeunesse vers la vie dernière. Les questions existentielles sont résolues dès le bas âge. Après, malgré les moments d’insouciance, le musulman demeure attentif à son devenir. Ce rappel est tout sauf une obsession maladive, un penchant dépressif ou une fuite de ce monde. C’est surtout oser affronter l’angoisse de la finitude avec la sérénité que procure l’espérance en Dieu et la certitude en la vie dernière ; c’est se rappeler son terme et méditer la fin d’une vie éphémère, pour être plus proche de soi et sortir de l’emprise de ses instincts égocentriques, des illusions de la vie et de l’abrutissement que le consumérisme ambiant exerce sans relâche sur le commun des humains.

Dans cette perspective, ce rappel agit comme un acte de résistance par excellence qui pousse l’Homme à s’engager dans le monde pour être acteur de son histoire et artisan de son salut. S’engager dans un combat qui commence forcément à l’intérieur de chacun, au plus profond de l’être, et qui se parachève dans la rencontre amicale de l’autre sans y laisser son âme ou corrompre son cœur.

Ne pas sombrer dans l'insouciance

Se rappeler la mort pour se préparer à une vie éternelle en donnant sens à la vie ici-bas devient alors un moyen des plus profitables dans le cheminement de l’Homme vers son accomplissement moral et spirituel et dans son combat contre les servitudes de l’ego.

Se rappeler la mort pour puiser dans la présence à Dieu, l’énergie et la force de participer activement au bien-être de l'Homme, et aller jusqu’au bout de ses forces dans l’accomplissement du devoir.

La mort est le rappel de notre fragilité sur terre que nous devons amplifier pour faire lâcher prise à ceux parmi nous qui sont agrippés à l’illusoire de cette vie passagère. Dieu nous rappelle dans le Coran : « Béni soit Celui qui détient la royauté et qui est capable de toute chose. Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui parmi vous agira le mieux. Il est Puissant et Miséricordieux. » (Coran, sourate Al-Mulk - La royauté, v. 1)

C’est dire que « l’Homme est "jeté dans le monde" afin que son attitude positive ou négative envers ses devoirs de fidélité à Dieu et de bonté pour ses semblables détermine son destin après la mort. La vie, la mort, les péripéties apparemment sans signification de la carrière de chacun sur terre, les calamités, les malheurs, la douleur, l’injustice, la configuration psychologiques de l’Homme et ses mauvais penchants qui le poussent à être un loup pour les autres et à se dissiper dans la poursuite de l’avoir et du plaisir à tout prix, sont les conditions de cette épreuve. » (La révolution à l’heure de l’islam, Abdessalam Yassine, p. 71)

Les cœurs dénaturés par les différentes influences et dans la confrontation quotidienne à des environnements coupés de Dieu et centrés sur le matériel finissent, en l’absence d’une vigilance bien entretenue, par perdre leur sensibilité et s’empreignent de l’ignorance de Dieu qui conduit à la violence entre les hommes et aux égoïsmes régnant dans nos sociétés.

Lorsque les dispositions, innées dans chaque Homme, de quête de Dieu et de sens ne se retrouvent plus confortées par un travail de méditation, d’éducation et de retour à Dieu, les cœurs se durcissent et sombrent dans l’insouciance et l’oubli de ce qu’ils sont, de ce qu’est la vie, de ce qui les attend.

Sur la trace des pieux prédécesseurs

La spiritualité musulmane, cœur du message de l’Islam, a donné naissance à des générations d’hommes et de femmes pleins d’amour et de sagesse. Ils ont livré un combat sans relâche pour mater leur ego et vivre dans la sérénité du cœur, la lucidité de la raison et la résistance de la volonté. Ces hommes pieux aux cœurs limpides pensaient à la mort en permanence, méditaient les mises en garde et les promesses du Seigneur, et préparaient la grande rencontre sereinement, continuellement.

Al Hassan al-Basrî disait : « La mort a mis à nu le bas monde, n’y laissant à l’Homme doué d’intelligence aucune réjouissance. Chaque fois qu’un serviteur impose à son cœur le souvenir de la mort, le bas-monde devient à ses yeux insignifiant et il se passera de tout ce qu’il renferme. » (Revivification de la spiritualité musulmane, traduction de Mohamed Al-Fatih, Éd. Iqra, p. 489)

Hâmid al-Qaysarî disait : « Nous sommes tous certains de la mort, mais rares sont ceux parmi nous qui s’y préparent. Nous sommes tous sûr de l’existence du Paradis mais rares sont ceux parmi nous qui oeuvrent en ce sens. Nous sommes tous certains de l’existence de l’Enfer mais rares sont ceux parmi nous qui le craignent. » Un autre homme de Dieu disait : « Celui qui place la mort devant ses yeux ne se soucie guerre de l’étroitesse ou de la largesse du bas-monde. » (Revivification de la spiritualité musulmane)

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Abderahmane Aknou est membre de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM).