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Points de vue

Le CFCM une question de sécurité intérieure

Rédigé par MAYOUFI Naziha | Lundi 14 Avril 2003

Pour beaucoup de musulmans qui ont des réticences quant au conseil représentatif du culte musulman la critique qui semble la plus récurrente est la flagrante ingérence de l'Etat laïc dans les affaires du culte... En effet ces derniers mois la plupart des discussions se faisaient dans les bureaux du ministère de l'intérieur, la Place Beauveau étant devenue le point de rendez-vous de ceux concernés par l'Islam 'de' France... En apparence on est bien loin de la loi 1905.Pour en savoir un peu plus sur ce qui motive notre ministre M. Sarkozy et sa garde rapprochée chargée des affaires du culte nous sommes allés à la rencontre du ministre de l'intérieur et d'un de ses proches collaborateurs chargés du dossier du cfcm.



Pour beaucoup de musulmans qui ont des réticences quant au conseil représentatif du culte musulman la critique qui semble la plus récurrente est la flagrante ingérence de l'Etat laïc dans les affaires du culte... En effet ces derniers mois la plupart des discussions se faisaient dans les bureaux du ministère de l'intérieur, la Place Beauveau étant devenue le point de rendez-vous de ceux  concernés par l'Islam 'de' France... En apparence on est bien loin de la loi 1905.Pour en savoir un peu plus sur ce qui motive notre ministre M. Sarkozy et sa garde rapprochée chargée des affaires du culte nous sommes allés à la rencontre du ministre de l'intérieur et d'un de ses proches collaborateurs chargés du dossier  du cfcm.


Le CFCM, une gestion coloniale ?

A la question de l'ingérence flagrante de l'état dans ce dossier du CFCM,  M.Sarkozy nous répond « Pour ma part, je n’ai  été qu’un facilitateur, nous voulons plus particulièrement un Islam  reconnu  publiquement. Il  fallait  que l’on avance. Le conseil  français du  culte  musulman n’est pas une majorité qui opprimera une minorité... ». Pour un proche de M.Sarkozy au bureau des cultes, si une telle implication est nécessaire c'est en vertu de l'article 1er de la loi de 1905 qui dit clairement que la république doit permettre le libre exercice du culte et qu'aujourd'hui l'Islam n'est pas un culte qui est aussi libre que les autres cultes sans interlocuteur, sans représentant de cette communauté musulmane  on ne peut  par exemple nommer des aumôniers pour les prisons dont les bonnes mœurs soient assertées par une autorité religieuse. Donc pour ce dernier 'l'Etat est parfaitement légitime à vouloir aider les musulmans à former cette instance représentative '.Mais comme cette même loi 1905 stipule dans l'article 2 que 'la république ne reconnaît ni ne finance aucun culte', le collaborateur de M. Sarkozy nous explique qu'il ne s'agissait pas pour l'état de choisir ses interlocuteurs mais simplement de s'assurer que la majorité des écoles de pensées soient représentées de façon à garantir la diversité que présente l'Islam de France.
Pour le gouvernement il s'agissait simplement  d'accompagner et de conseiller juridiquement ce futur conseil  d'ailleurs 'aucune des décisions prises n'ont été forcées par le gouvernement'...
Pour le collaborateur de M. Sarkozy, ce qui sous tend  la fameuse expression 'Islam de France' ça n'est surtout pas un Islam coupé de ses racines spirituelles qui, on le sait sont à l'étranger, mais bien une démarche qui organise le culte en France. Pour instaurer cet Islam les lieux de cultes doivent être de plus en plus financés par les fidèles français de confession musulmane. Pour le ministre de l'intérieur,  ce CFCM aura notamment pour tâche de ' fixer  les dates de l’Aïd ou les directives pour la question de l’abattage par exemple. Mais  la première action que ce conseil  supervisera, c’est la construction  de  centres islamiques ou l’on pourra former des nouveaux imams. Tout comme je ne veux pas d’un islam  en  France, je ne veux pas  d’imams en France. Islam  de France inclut bien évidement des imams de France.'

Le CFCM pour un Islam qui rassure les Français.

Même si l’Etat n'a pas vocation à organiser le culte le collaborateur de M. le ministre de l'intérieur nous précise que si l’Etat ne 'reconnaît aucun culte il lui incombe  néanmoins le maintien de l'ordre public '. Pour certain cela signifie d'emblée que le rôle du  CFCM sera de contrôler les musulmans. Au ministère on nous assure qu'il n'en est rien et que ce Conseil sera  au contraire d'un grand secours pour l'image de l'Islam qui on nous l'accorde porte un stigmate plus que négatif depuis les événements du 11 septembre 2001.
Le collaborateur  de M.Sarkozy n'hésite pas à  nous préciser, chiffres en main, qu''une partie significative  de la population française, 60% plus précisément a peur de l'Islam'  que pour la plupart ce qui est devenu banal est de faire le lien entre Islam et terrorisme... Au bureau des cultes on est convaincu que l'instance représentative des musulmans pourra contribuer à donner une image réelle de ce qu'est  l'Islam, 'religion de paix de miséricorde et de fraternité'.
Pour M. Sarkozy, 'Il y a  actuellement  5 millions de musulmans en France et certains   se  posent la question de savoir  si l’Islam   est  compatible  avec la république'... visiblement la tendance est à l'optimisme au ministère de l'intérieur  et il semble que le CFCM suscite bien des espoirs, notamment celui de faire aimer l'Islam au français.

Vers une révision de la laïcité?
Ces derniers temps le concept de laïcité a été utilisé  pour justifier  tout et son contraire pour M.Sarkozy, 'La laïcité n’est pas un concept sectaire, la laïcité n’est pas une indifférence  vis a vis de la religion, la laïcité  est  une neutralité  vis à vis de la religion. Rappelons-nous la loi  1905 qui  garantit  le droit au  culte', en l'occurrence cela signifie que l'Etat est dans son bon droit à vouloir aider à la création de cette instance représentative et ainsi amener l'Islam au même degré de liberté de culte que les autres cultes en France.
Le président de la République pour sa part s'est prononcé contre une révision de cette loi, or on sait parfaitement qu'aujourd'hui les musulmans n'ont pas encore les ressources suffisantes pour autofinancer des lieux de cultes dignes de ce nom .Comment  donc ne pas continuer à être en porte-à-faux entre le discours qui veut d'un Islam 'de' France et celui qui accepte pour ses lieux de culte des financements venus de l'étranger ?
Autre point qui touche à ce concept de laïcité c'est le port du voile à l'école. En effet ces dernières semaines des discours totalement contradictoires et inquiétants ont émané du gouvernement à ce sujet. Ainsi Luc Ferry, ministre de l'éducation nationale est le premier à être monté au créneau en se prononçant  personnellement  contre le port du voile à l'école... Ensuite c'est au tour de M.Raffarin lors d'un passage télévisuel de se prononcer contre tout signe distinctif à l'école et poser l'éventualité d'un texte de loi qui revisiterait la loi du Conseil d'Etat qui l'autorisait dans les conditions énoncées... Il est légitime de se demander quelle position est à considérer par les musulmans comme étant celle qui sera privilégiée par le gouvernement. A cette épineuse question du voile le collaborateur de M.Sarkozy nous assure que 'M.Ferry a pris une position personnelle, les décisions du Conseil d'Etat sont des décisions d'équilibre'. Au ministère de l'intérieur la position est de dire
que cette question du voile doit faire l'objet d'une réflexion et que cette réflexion ne pourra se faire que lorsque les musulmans auront une instance représentative. Cette instance pourra ainsi mener les débats en interne, au sein de la communauté musulmane et permettre ensuite de faire remonter les informations, afin d'avoir une vision globale et non parcellaire du fait religieux.