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Points de vue

L’éthique des imams : la responsabilité de l’ensemble des citoyens musulmans

Rédigé par Fatima Adamou | Jeudi 14 Janvier 2021 à 08:30

           


L’éthique des imams : la responsabilité de l’ensemble des citoyens musulmans
Qu’une charte de valeurs pour un conseil des imams soit initiée avec l’État ou seulement par des membres des communautés musulmanes, elle ne peut être un texte laissant la porte ouverte à des prédateurs sexuels, psychologiques et spirituels. Pour cela, l’ensemble des musulmans doit se saisir du sujet. Pourquoi ? Parce que nous ne vivons pas dans une société idyllique avec des imams, prédicateurs et prédicatrices, bien ancrés dans le 21e siècle.

Tous n’anticipent pas et ne comprennent pas les défis actuels de la société auxquels les Français musulmans n’échappent pas. Tous ne se mobilisent pas et ne souhaitent pas se mobiliser sur des thématiques telles que l’égalité femmes-hommes, le combat contre les violences faites aux femmes, la santé mentale. Tous ne demeurent pas intransigeants face à toutes formes de discriminations à l’encontre de musulmans et de non-musulmans. Tous ne sont pas prêts à se former et à se rapprocher des organismes pour soutenir et appréhender aux mieux les préoccupations et problèmes auxquels font face leurs fidèles, jeunes et moins jeunes.

En France, la plupart des imams feignent d’ignorer les sujets minant la société et les communautés musulmanes et ne souhaitent pas nécessairement en découdre.

Partir à la quête de leaders responsables

Depuis le mouvement Me Too et l’affaire Ramadan, aucune mesure phare décidée par les représentants religieux musulmans existent, afin de protéger et d’accompagner les victimes de prédateurs dans des lieux de culte. Peu de discussions émergent pour prévenir les abus psychologiques et spirituels d’hommes et de femmes en position de transmettre la religion, l’islam.

Lire aussi : Face aux violences sexuelles, il est temps de libérer la parole parmi les musulmans !

On m’objectera que la lutte contre l’extrémisme est au cœur des préoccupations actuellement. C’est légitime de prévenir les propagandes menant à la barbarie. Néanmoins, cette lutte ne pourra être efficace qu’accompagnée des reconnaissances et de la mise en pratique des valeurs universelles (semblables aux valeurs islamiques) par tous les acteurs et représentants confessionnels des communautés musulmanes. C’est pourquoi les musulmans et les musulmanes doivent décider quels chefs cultuels et quels représentants religieux ils souhaitent à leurs côtés.

Souhaitent-ils des imams sourds aux sujets concernant l'orientation sexuelle ou les doutes dans sa foi Veulent-ils ceux ignorant les appels à l’aide lorsque des violences dans des familles existent ou bien ceux recommandant la patience face à un mari violent ou des révélations d’inceste ? Préfèrent-ils des imams tournant le dos ou moquant les musulmans et les musulmanes toxicomanes ou alcooliques ?
Ou bien alors recherchent-ils des responsables attentifs, prêts à s’entourer de professionnels pour apporter des réponses adaptées aux problèmes qu’on leur confie. Des leaders toujours prêts à chercher les solutions d’apaisement lors de tensions avec des non-musulmans.

Des leaders à l’écoute de la jeunesse désorientée et en proie aux doutes dans leur conviction religieuse face à des attaques répétées perpétrées au nom de leur religion. Des leaders soutenant cette jeunesse qui se demande comment réagir devant des professeurs ou des camarades inquiets lorsqu’arrive le chapitre de la liberté d’expression ou de la laïcité.

L’adhésion aux valeurs universelles ne s’avérera d’aucune utilité sans conviction

Qu’importe l’issue du projet de Conseil national des imams et sa charte, les imam-e-s ne pourront pas éviter les défis actuels plus longtemps. Ces défis frapperont immanquablement à leur porte. Même mis sous le paillasson, il faudra y faire face. L’adhésion aux valeurs de liberté, égalité, fraternité, ciment des valeurs universelles, ne s’avérera d’aucune utilité sans conviction.

Les musulmans dans leur ensemble doivent impérativement être acteurs et non des spectateurs dans le choix de ceux et celles qui les accompagnent dans les étapes importantes dans leur vie et nul besoin de diplômes en théologie pour cela.

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Fatima Adamou a été researcher bénévole à l’association Christian Muslim Forum. Elle est l'auteur de « Noire et musulmane. Grandir dans la minorité ».

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