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Points de vue

L’autodestruction de la communauté musulmane

Rédigé par Fatima Adamou | Mercredi 1 Octobre 2014



Le Coran est « un manuel pour les terroristes », « un permis de tuer », « la Constitution de l’État islamique ». Voilà ce que l’on entend au sein d’un Parlement en Europe. Le camarade hollandais de Marine Le Pen, Geert Wilders, auteur du film islamophobe Fitna, a réaffirmé quelques semaines plus tôt au Parlement néerlandais, sur la note d’un « je vous l’avais bien dit », la supposée dangerosité de l’islam. Ses pensées se répandent largement dans le contexte actuel.

En d’autres termes, pour Geert Wilders et consorts, les extrémistes se réclamant de l’islam pratiqueraient parfaitement cette religion et les autres musulmans − la majorité − seraient des égarés tentant en vain de faire passer l’islam pour une religion de paix.

Les quelques versets violents du Coran − lesquels ne peuvent être lus que dans leur contexte − auraient alors plus de poids que tous les autres versets évoquant le repentir, le pardon, la prière et la générosité ? Cela semble vraisemblablement le cas.

Alors la grande majorité des musulmans ne représente pas suffisamment et visiblement les centaines de versets restants… Quel dommage ! Pourtant, cette majorité de musulmans aspire à la paix, elle en est un des artisans.

Par exemple, des musulmans accueillent les minorités persécutées en Irak, ils prient ensemble. Des chefs religieux musulmans travaillent avec d’autres représentants religieux pour prendre part à des tentatives de résolution de conflits, que ce soit au Proche- et au Moyen-Orient ou sur le continent africain et ailleurs.

Les organisations caritatives musulmanes, quant à elles, œuvrent dans plusieurs zones de conflits, elles sont présentes dans les camps de réfugiés. Sur place, elles viennent en aide aux personnes de toutes confessions (ou sans). Pourquoi ne pas les mentionner ?

Serait-ce également une gêne pour les musulmans de faire savoir que des unités militaires féminines vont au combat contre l’EI-Daesh ? Elles sont pourtant bien à l’image de ces femmes du temps du Prophète Muhammad (PSL), parmi lesquelles une femme exerçait comme son garde du corps.

On ne voit pas suffisamment cette facette de la communauté, à croire que nous, les musulmans, sommes finalement les artisans de notre mauvaise représentation, laissant le champ libre aux extrémistes à l’heure de la communication par l’image. Non seulement, en leur laissant le champ libre, nous contribuons à la perception négative de l’islam mais surtout nous cultivons la colère de la communauté, nous entretenons un tableau très noir de la situation des musulmans poussant presque au désespoir.

À force que les musulmans soient pris pour cible, tout rappel des mauvais agissements effectués par d’autres membres de la communauté ailleurs dans le monde est ressenti comme une attaque.

Pendant très longtemps, pour justifier le silence entourant les événements commis contre des non-musulmans certains membres de la communauté se contentaient de renvoyer à la détresse des musulmans de Centrafrique ou de Birmanie. Comme si, finalement, l’intérêt de les mentionner suffisait à expliquer l’indifférence au malheur d’un non-musulman. Est-ce cela l’islam : montre de la compassion pour ma communauté d’abord, et j’en montrerai à la tienne en retour ?

Les musulmans, dans leur très grande majorité, ont pourtant condamné et condamnent toutes les attaques faites contre des non-musulmans et des musulmans ; mais cela est-il crédible quand de telles condamnations émanent d’organisations telles que l’Organisation de la coopération islamique (OCI) qui ont pour États membres certains pays où les minorités religieuses sont elles-mêmes discriminées et persécutées ?

Du courage, voilà ce qu’il manque aux musulmans ! Le courage de dénoncer tous les actes contraires à l’islam sans exception, quels qu’en soient les auteurs. Ce courage manque trop souvent. Pour compenser ce manque, un bon nombre de musulmans se nourrit de théories du complot. Celles-ci rassurent parce qu’elles n’impliquent absolument aucune remise en question et légitime la passivité.

Jusqu’à ce que la grande majorité des musulmans mette fin à ce comportement autodestructeur, les terroristes qui se réclament de l’islam resteront, avec leurs cruautés, ceux qui incarnent l’image de l’islam aux yeux de qui le veut bien.

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Fatima Adamou est researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.