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Points de vue

Il était une fois le CFCM ?

Rédigé par Amara BAMBA | Vendredi 30 Mai 2008

La Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) suspend sa participation aux prochaines élections du Conseil français du culte musulman (CFCM). Dans un communiqué diffusé mercredi, le mouvement dirigé par Mohamed Bechari annonce sa décision de « retirer toutes ses listes candidates dans les régions et de ne pas participer aux prochaines échéances électorales » à moins d'y voir participer toutes les « fédérations fondatrices ».



Cette décision de la FNMF, à dix jours des élections (prévues le 8 juin 2008), intervient après le retrait de la Fédération de la Grande mosquée de Paris (FGMP), l'un des membres fondateurs du CFCM. Le 3 mai dernier, la FGMP avait annoncé qu'elle ne participerait pas aux élections du 8 juin. Elle dénonçait les modalités fixant le nombre de grands électeurs par mosquée.

Dans la foulée, la Mosquée de Lyon, dirigée par le M. Kamel Kebtan avait choisi de ne pas participer aux élections en proposant de les reporter à une date ultérieure. Une décision sans surprise au regard des affinités entre la GMP et la mosquée de Lyon.

Le mouvement de boycott a gagné quelques mosquées indépendantes des grandes fédérations musulmanes. C'est le cas de la mosquée de Cannes dont le recteur, M. Dali Mustapha, estime que « Les récents développements entourant la préparation des élections continuent de miner la crédibilité de l'organisation du culte musulman déjà fortement entamée ». La liste de M. Dali (41% aux dernières élections) était arrivée en tête des listes candidates. Mais par un jeu d'alliances locales l'équipe de M. Dali fut tenue à l'écart des affaires du CRCM.

En annonçant le retrait de ses listes, la FNMF « appelle toutes les composantes du CFCM à un dialogue sincère sans léser et sans écarter personne afin de véhiculer une image fidèle de l'islam, et l'améliorer dans l'opinion publique et de trouver un véritable consensus conduisant à la formation d'un CFCM solide, uni et légitime. » Une intention louable qui n'est pas totalement désintéressée.

Car si la FNMF a emporté les dernières élections du CFCM, il apparaît qu'elle n'a aucune chance de remporter les prochaines en raison de la création du Rassemblement des musulmans de France (RMF). Ce mouvement créé en janvier 2006, est initié par les dissidents de la FNMF. Il a vidé la FNMF de sa substance à défaut de pouvoir en prendre le contrôle.

Du coup, le présent boycott annoncé par la FNMF n'a pas d'effet notable sur la participation aux élections. En région PACA par exemple, l'un des CRCM les plus représentatifs, la FNMF n'a pu présenter aucune liste. La seule liste FNMF connue à ce jour est en région parisienne où les pronostics ne sont pas en faveur de la FNMF.

Sur un plan symbolique, l'absence de la FNMF, dans le sillage de la Mosquée de Paris, marque une étape nouvelle dans le processus d'institutionnalisation de l'islam en France. Les conditions de sa création font que le CFCM ne sera une institution viable que s'il parvient à survivre à ses membres fondateurs. En cela, la détermination du RMF, de la FFAICA (Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles), du CCMTF (Comité de coordination des musulmans turcs de France) et de bien d'autres mosquées indépendantes montre que cette institutionnalisation est loin d'être achevée.