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Points de vue

Gaza et les femmes : ne pas tomber dans la caricature

Par Christophe Oberlin*

Rédigé par Christophe Oberlin | Mercredi 20 Mars 2013



Une jeune journaliste harcelée par une « police des mœurs » parce qu’elle montre ses cheveux et fume dans la rue,** un marathon annulé parce que les filles seraient interdites d’y participer...***

Voici pour cette semaine le travail de nos médias qui « couvrent » la bande de Gaza. Diffusion maximum, reprise par certains amis des Palestiniens. Et aux honnêtes gens de conclure : « On ne peut soutenir que du bout des lèvres une population machiste qui réduit la femme à se cacher aux yeux du monde. » Une bonne raison pour nous de partir sans remords pour les vacances d’hiver.

Justement, j’étais du 2 au 11 mars à Gaza. Je me suis promené dans la rue avec une femme dont la tête était nue. Nous n’avons vu arriver aucune « police des mœurs ».

Le marathon ? La version du ministre des Sports mérite d’être entendue. La course est organisée par l’UNRWA, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. La demande du ministère : que les filles courent en pantalon de jogging. Mais pas question de leur imposer un hijab ! Et c’est… l’UNRWA qui aurait refusé et annulé la compétition.

Plus sérieusement regardons-nous. Il y a sept ans, la France a fait don à Gaza d’un centre de traitement du cancer. Mais la coopération européenne s’est brusquement arrêtée en mars 2006 : la France a refusé le résultat des élections en Palestine. Embargo oblige, le coûteux matériel livré n’a jamais pu être mis en route.

Le programme repart aujourd’hui avec d’autres partenaires. Mais combien de femmes sont mortes depuis d’un cancer du sein qui fait ici des ravages ? La faculté de médecine a sorti en juin 2012 ses premiers médecins entièrement formés à Gaza. C’est justement une femme, brillante étudiante de 6eme année, qui a eu le prix de la meilleure communication scientifique au dernier congrès médical de Gaza. Avec une étude sur le cancer du sein.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les critères classiques (longévité, mortalité maternelle et infantile, suivi des grossesses, etc.) classent le territoire dans les pays de développement moyen, voire supérieur à Gaza. Et le tabac a fait l’objet d’une vigoureuse campagne de prévention l’an dernier.

Alors il ne faut pas tomber dans la caricature. N’oublions pas que les colonisateurs de tous poils ont régulièrement utilisé la situation du statut de la femme pour légitimer la colonisation ou ses avatars. Pour ne citer que le général Bigeard, célèbre tortionnaire « qui a dévoilé la femme algérienne », ou le dictateur Ben Ali « qui a tant fait pour la femme tunisienne ». Et il y a longtemps que la « seule démocratie du Proche -Orient » s’est engouffrée dans la brèche… Les ardents défenseurs de la femme palestinienne se rendent-ils compte qu’en déployant bien haut leur étendard, ils contribuent à masquer le non droit démentiel appliqué aux Palestiniens ?

* Christophe Oberlin est chirurgien orthopédiste, engagé depuis 30 ans dans l'humanitaire. Il est auteur de l'ouvrage « Bienvenue en Palestine- Destination interdite », avec Acacia Condes, 2012, Erick Bonnier éd.
** Il s'agit d'Asmaa al-Ghoul, journaliste palestinienne à Gaza dont les médias ont fait écho dans la presse française. Un article type sur elle ici.
*** L'UNRWA a déclaré, le 5 mars dans un communiqué, avoir annulé le marathon de Gaza « devant le refus du Hamas (...) d'autoriser les femmes à y participer ».

Du même auteur :
« Sauf le Hamas » : à propos de l’islamophobie politique