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Points de vue

Finkielkraut, victime de la lepénisation ?

Rédigé par Draszen Paul | Lundi 13 Juin 2005

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole, mais passons… »



« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole, mais passons… »

 

 

Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’une déclaration de Jean-Marie Le Pen, de Bruno Golnich ni de Bruno Maigret. Nous imaginerions pourtant sans peine ces propos sortir de leur bouche tout comme nous imaginerions les réactions qu’ils auraient suscité : indignation, condamnation, poursuites judiciaires…

 

Ces propos n’ont donc pas été tenus par l’un des ténors de l’extrême droite. Ils ont tout simplement été tenus par l’un de nos « donneurs de leçons médiatiques », le célèbre et incontournable Alain Finkielkraut. Ne soyons pourtant pas injustes avec lui. Ne faisons pas preuve de mauvaise foi en oubliant le contexte de ses propos comme Pierre-André Taguieff, BHL, Alexandre Adler ou Finkielkraut lui-même savent si bien le faire à l’égard de ceux qu’ils qualifient trop facilement d’antisémites.

 

Notons aussi que ces propos n’ont eu pour échos que l’indifférence des médias traditionnels. Visiblement, ces derniers se soucient bien plus de savoir si un Noir peut librement se déhancher et absorber des boissons alcoolisés comme tout un chacun dans une boîte de nuit que de dénoncer des actes et des propos racistes pourtant intolérables même et surtout s’ils sont tenus par des personnalités supposées respectables.

 

Revenons à notre philosophe qui a tenu ces propos sur la Radio de la Communauté Juive (RCJ), qui comme son nom l’indique est à destination de la communauté Juive. Ce contexte est si important que Finkielkraut lui-même a tenu à le préciser a posteriori et suite au tollé que son intervention a suscité au sein de la communauté Noire et sur Internet.

 

 

« Quand je vais sur une radio juive, je me dis : « je vais sur une radio juive ». Aujourd’hui, on ne peut plus se dire ça. Quand je vais n’importe où, je suis potentiellement suivi par le monde entier. »

 

 

Une telle déclaration n’est-elle pas tout simplement la reconnaissance explicite d’un double discours ?

 

Même si RCJ est une radio communautaire, comme il en existe beaucoup d’autres, toute personne juive et non juive disposant d’un poste de radio est en mesure de l’écouter et d’enregistrer ses programmes. Une personnalité aussi médiatisée qu’Alain Finkielkraut connaît suffisamment bien le fonctionnement de la radio  et des médias en général pour ne pas être surpris par la vitesse à laquelle une information ou des propos peuvent circuler et dépasser l’auditoire d’origine.

  

Pourtant, Alain Finkielkraut paraît être gêné par ce phénomène qui semble nuire au double discours qu’il reconnaît tenir. Le premier semble destiné à l’ensemble de la communauté française tandis que le second serait réservé à la communauté juive. Ceci est bien étrange car il n’y a pas si longtemps, un intellectuel basané de confession musulmane, Tariq Ramadan pour ne pas le nommer, a subi et continue à subir un formidable lynchage médiatique au motif qu’un double discours lui était reproché : le premier pour l’ensemble de la communauté française et le second pour la communauté arabo-musulmane.

 

Ajoutons à ceci que ce double discours, reconnu par Alain Finkielkraut, est empreint d’un communautarisme habituellement combattu et condamné avec vigueur par tous les grands défenseurs de la laïcité et pourfendeurs du communautarisme. Cette fois-ci, ceux-ci sont restés désespérément muets. Ne devraient-il pas pourtant le condamner comme le fut l’islamologue suisse ? Visiblement il y a une subtilité qui nous échappe et qui pourtant est suffisamment importante pour justifier cette différence de traitement.

 

Mais comment donc Finkielkraut en est-il arrivé à tenir de tels propos ? C’est une fois de plus la faute de Dieudonné saurait-on tenté de dire. Notre philosophe réagit à l’agression, étrangement passée inaperçue dans les médias, dont l’humoriste a été victime en Martinique et surtout au soutien que les martiniquais lui ont apporté.

 

« Et en plus, Dieudonné évidemment, en a profité en Martinique mais peut-être n’aurait-il pas eu besoin de cela pour jouer 2 soirs de suite à guichet fermé devant une foule surexcitée. »

 

 

Notre donneur de leçon est visiblement agacé par cette publicité dont bénéficie Dieudonné en Martinique. Et c’est ainsi que Finkielkraut en arrive à cette fameuse phrase :

 

« Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole… »

 

 

À écouter notre philosophe et humaniste, ce n’est pas normal que Dieudonné puisse avoir du succès. Non seulement Finkielkraut ne peut accepter que les martiniquais lui aient permis de faire salle comble deux soirs de suite, mais il n’accepte pas plus le fait qu’ils lui aient manifesté massivement leurs soutiens notamment après l’agression dont Dieudonné a été l’objet. Comment expliquer cela ?

 

C’est un peu comme le succès de Dieudonné au Zénith à Paris, il surprend et exaspère ses adversaires. Pour la métropole, Finkielkraut et consorts ont trouvé comme explication que les spectateurs du Zénith étaient des antisémites. C’est à cette occasion que le grand BHL nous a gratifié d’un article sur Dieudonné en fils de Le Pen.

 

Mais pour la Martinique, Finkielkraut n’a pas pu ou pas osé traiter les martiniquais d’antisémites comme les spectateurs du Zénith. Il a préféré choisir un autre type d’attaque qui reprend d’ailleurs des arguments appartenants aux mouvements racistes et à l’extrême droite.

 

 

Ainsi les martiniquais soutiendraient Dieudonné et lui feraient un énorme succès car ils seraient des assistés. On retrouve ici l’image du noir (et plus généralement du non occidental) qui serait oisif et qui passerait le plus clair de son temps à profiter du soleil, de la plage et de la nourriture voir de la boisson. De ce fait le martiniquais n’aurait rien de mieux à faire que soutenir un personnage comme Dieudonné.

 

Mais le « festival Finkielkraut » ne s’arrête pas là. Il lui faut aller au bout de son raisonnement et exprimer pleinement ses idées.

 

Il poursuit donc en donnant une analyse, assez rapide d’ailleurs, de la traite négrière en rappelant les trois axes qui l’ont constitué, et qui nous sont d’ailleurs souvent rappelés en ce moment, à savoir l’axe occidental, l’axe arabe et l’axe africain.

 

Les précisions qu’il nous donne sont très importantes car ce qui ressort de son « analyse » c’est que « l’homme blanc » a certes été un esclavagiste mais a fini par se laisser gagner par l’esprit des lumières, expression qu’il serait d’ailleurs fort intéressant de définir, en devenant abolitionniste. Notre philosophe insiste sur le fait que l’homme blanc n’a pas été le seul à pratiquer l’esclavage, il y a eu les Arabes, « méchants Arabes » devrait-on dire pour suivre le courant de notre philosophe et de ses amis et enfin il y a également eu les Africains.

 

Les Africains, cette précision sur laquelle certains historiens reviennent aujourd’hui avec beaucoup d’insistance pour nous expliquer que des noirs ont participé à l’esclavage comme si cela permettait de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité qu’est l’esclavage. Que penserait Finkielkraut si un intellectuel noir ou arabe insistait pour rappeler qu’il y a eu des juifs qui ont collaboré et participé à l’extermination des juifs pendant la deuxième guerre mondial ? Ce type d’information permet-il de minimiser l’importance de ce crime contre l’humanité ? Bien sûr que non ! Alors pourquoi le faire quand il s’agit des noirs ?

 

Que penser donc de ces propos et de ces idées exprimés par Finkielkraut ? Un regrettable dérapage ? Un malentendu ? Ou simplement l’expression du fond de sa pensée ?

 

Notre philosophe nous propose sa propre explication. Par ses propos, ce qu’il dénonce c’est le fait d’avoir une aide, d’en dépendre mais dans le même temps de critiquer celui qui fournit cette aide :

 

 

« Mais ce que je n’aime pas, c’est que l’on puisse...méconnaître cette réalité et jouer sur les deux tableaux de la subversion, de la colère, de la révolte, et de la subvention, si vous voulez. Et ça, cette dualité subversion/subvention, c’est un phénomène très contemporain, qui est le lot de nombreuses révoltes aujourd’hui, eh bien, je le dénonce partout où je le reconnais, aux Antilles comme ailleurs. »

 

« Donc, je ...ne veux pas dire que les Antillais sont des assistés, il y a une aide, cette aide existe, elle est légitime, mais que ceux qui en bénéficient, que ces bénéficiaires fassent le procès délirant d’une France toujours esclavagiste et toujours coloniale : non. Ils se mentent à eux-mêmes. »

 

 

Il ne faut donc pas critiquer la main qui te nourri serait-on tenté de dire. Voici un discours pour le moins colonialiste !

Alors peut-être n’était ce qu’un regrettable dérapage de la part de notre philosophe, après tout cela peut arriver à tout le monde même à un intellectuel de sa pointure. Pourtant un événement postérieur à ce « dérapage » vient semer le doute dans nos esprits. Il s’agit de la fameuse pétition contre « le racisme anti-blanc ».

 

Il est évidemment important de dénoncer toutes les formes de racisme. Mais la formulation de cette pétition est pour le moins étrange. Il y est question de racisme anti-blanc et anti-français.

Il est donc sous-entendu que les français sont des blancs. Par extension les noirs (et les beurs) ne peuvent donc pas être des français. Ce raisonnement est non seulement très inquiétant mais parfaitement raciste !

 

Il ne fait pas de doute qu’un racisme anti-blanc existe, tout comme il existe un racisme anti-noir, anti-juif, anti-musulman, anti-asiatique et malheureusement tant d’autres.

 

Tout comme il ne fait pas de doute que ceux qui subissent le plus de discrimination notamment à l’embauche, dans la recherche d’un logement, dans les rapports avec l’administration sont ceux qui n’ont pas la peau blanche, qui ont un patronyme typé, parle avec un accent et ont des origines étrangères.

 

La question que nous devons nous poser c’est pourquoi ce racisme anti-blanc et anti-français est-il dénoncé maintenant ?

 

Est-ce un hasard s’il intervient à la suite de la dernière affaire Dieudonné ? Est-ce un hasard s’il fait suite au soutien qu’une part importante de la communauté noire a apporté à Dieudonné après son agression en Martinique et ses lynchages médiatiques à répétition ?  Est-ce un hasard s’il intervient à un moment où la communauté noire réclame que l’esclavage soit considéré et traité au même titre que la shoa ?

 

On ne peut s’empêcher de se poser toutes ces questions et bien d’autres. Tout comme nous aimerions savoir ce que Finkielkraut et ses amis pétitionnaires, dont Bernard Kouchner, avaient en tête quand ils ont eu l’idée de cette pétition. Quel est leur objectif  avoué ou non avoué ? Pour revenir sur Bernard Kouchner, on ne peut constater qu’il ne cesse de nous décevoir depuis qu’il a soutenu la guerre en Irak et qu’il a fait un rapport pour le moins complaisant sur les activités de la société TOTAL en Birmanie.

 

Les propos de Finkielkraut et cette pétition sont réellement troublants et s’apparentent à une dérive des plus ignobles et détestables.

Comment et pourquoi des personnes telles que Finkielkraut et Kouchner, pour ne citer qu’elles, qui étaient connues pour leur humanisme et leur ouverture d’esprit, ont pu se retrouver dans une telle situation qu’ils semblent parfaitement assumer ?

 

Est-ce un choix politique ? Est-ce un choix communautariste ? Est-ce un choix raisonné ou passionnel ?

 

Bien sûr nous ne pouvons donner de réponses certaines à ces questions mais nous pouvons exprimer une grande inquiétude quand des personnalités connues qui disposent d’une image et d’une renommée comme celle de Bernard Kouchner et d’Alain Finkielkraut soutiennent des idées et des propos qui n’ont rien à envier à l’extrême droite.

 

Ce que l’on n’accepte pas d’un Megret, d’un Gollnish ou Le Pen nous ne devons pas l’accepter d’un Kouchner ou d’un Finkielkraut. Ce que tout citoyen qui se dit tolérant, démocrate et respectueux des valeurs républicaines se doit de combattre ce n’est pas un Le Pen mais les idées d’un Le Pen.