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Psycho

Fatima : « J’ai le sentiment que nous transportons tous une âme écorchée »

Rédigé par Lalla Chams En Nour | Mercredi 14 Novembre 2018



Fatima : « J’ai le sentiment que nous transportons tous une âme écorchée »
En parcourant les divers témoignages parus sur Saphirnews et vos commentaires/analyses, j’ai remarqué beaucoup de détresse et votre réponse réconfortante pour chacun d’eux. Je trouve que vous êtes réconfortante dans la mesure où, effectivement, vous restez neutre et que vous renvoyez souvent l’être blessé vers un véritable questionnement sur soi.

Je pense qu’il est vrai que nous devons tous nous remettre en question, pas une seule fois mais souvent. Nous faisons tous des erreurs. À nous de les identifier et de les corriger.

En effet, le comportement d’autrui, en l’occurrence, la personne avec qui nous vivons, agit et subit, subit et agit. Ainsi avançons-nous vers la fin.

Il est important, à mon humble avis, de procéder à la mise à plat de nos actions, de les identifier, de les comprendre. Ensuite, pardonner ou se faire pardonner, quel que soit l’état d’esprit d’autrui. Cela apporte une certaine sérénité à la personne pensante.

Par ailleurs, j’ai constaté que l’homme arabe (et je suis moi-même marocaine née en France) a du mal à s’épanouir. En effet, il refoule des frustrations nées d’interdits. Il a donc du mal à exprimer son âme. Il rêve devant des films romantiques qui sont agréables pour lui, mais il les refoule dans la réalité car il n’a tout simplement « jamais eu le droit » d’avoir des sentiments. Ce droit, il se l’interdit. Cet état existentiel s’est nourri par des vagues cultuelles, culturelles, environnementales (quartier, famille).

Par conséquent, il est difficile, d’un point de vue mentalités de « correspondre » à une personne pour s’embarquer dans une union. Il y a tellement de divergences. De plus, je trouve que le manque de culture est prépondérant dans la vie. Le savoir, la recherche de savoir est la clé du bonheur dans la vie.

L’homme arabe continue, en 2018, à se méfier et à bannir de sa conscience la femme cultivée. Il préfère l’inculte afin de se sentir homme. Pour l’homme, choisir une femme qui ne sait pas est un bonus puisqu’il va vouloir lui refaire une éducation. Donc la forger comme bon lui semble pour éviter une rébellion ou tout simplement éviter d’être contredit un jour ou l’autre.

Mais ceux-là ne savent pas que la vie est communication, échanges. Du point de vue verbal mais aussi physique, moral, psychologique.

En ce qui me concerne, je vis une situation semblable. J’ai 44 ans. Mariée depuis 3 ans avec un homme de 34 ans. Aujourd’hui je suis prête à divorcer dans la sérénité. J’ai été trahie maintes fois, je ne me sens pas heureuse avec lui. Cette décision est réfléchie, fondée. Mais je cherche encore vis-à-vis d’Allah SWT pour ne pas enfreindre Ses Paroles. Je tiens à rester fidèle à mon cœur aimant. Donc je cherche des détails pour ne pas être dans l’erreur ni dans la méchanceté, la violence. Nous avons traversé des moments de violence verbale, physique (sans gravité) et il est vrai que cela n’est nullement bon.

Je suis persuadée qu’il n’y a pas lieu d’être en guerre. Au contraire. Trouver l’issue qui sera un apaisement pour les deux. Quels qu’ils soient. Il n’y a pas de fumée dans feu, ont dit les anciens.

Je suis contente de vous lire. J’ai pensé à consulter un psychanalyste afin d’évoluer, avec mon âme, car j’ai beaucoup d’empathie pour mon mari, et j’aimerais lui donner des limites afin de me préserver.

Bien cordialement et très sincèrement, merci pour vos paroles et votre savoir. Pour ma part, j’aurais souhaité que mon époux utilise Internet pour évoluer (pour lui et peut être plus pour son couple) dans la connaissance et non dans la variété et la diversité du genre féminin.

La vie est belle lorsqu’on la prend en main et que l’intention (an-niya) est bonne. Al hamdulillah.
Fatima

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Chère Fatima,

Merci pour cette lettre, que je suis heureuse de partager avec les internautes, hommes et femmes, car elle répond bien à une problématique qui transparait depuis longtemps dans cette rubrique Psycho : quels malentendus entre les hommes et les femmes de religion musulmane !

La pression familiale, culturelle, environnementale, comme vous dites, devient conjuration contre le statut de femme. Selon cette vision, on est petite fille, jeune fille (le moins longtemps possible) puis mère (le plus vite possible). La femme n’a pas le temps d’exister.

Et, à mon avis, les hommes y perdent beaucoup. Alors ils se rattrapent souvent sur des attitudes autoritaires, autocrates et souvent hypocrites, puisqu’ils s’autorisent ce qu’ils n’autorisent pas à leurs épouses. Ils trompent, mentent, profitent et entretiennent une image déplorable des femmes : en dehors de leurs mères, toutes des... Je vous parlais bien de malentendus. Funeste caricature...

Dans de nombreuses lettres ici consultables, le mariage se fait le plus vite possible, en deux ou trois mois, on décide de s’engager à vie. Et aussitôt mariées, les femmes n’ont qu’une hâte: devenir mère. Répondre à l’attente de la communauté, sans prendre le temps de se connaitre, de savoir où elles en sont avec elles-mêmes.

Les enfants arrivent, les mères dépriment, déçues par leur mariage précoce avec un homme qu’elles découvrent quand c’est trop tard. Désolée pour la tristesse du tableau, mais lisez les lettres, c’est un scénario très classique.

Je prends souvent à témoin les longues années de mariage entre le Prophète et Lalla Khadija, qui fut la première musulmane, la première à croire en lui. De longues années de monogamie, dont la Sira ne dit pas grand-chose. Comme c’est dommage ! Le Prophète fut un mari aimant, respectueux. C’est donc le modèle parfait, mais les musulmans ne semblent pas le savoir. Ils se cachent derrière leur islam, un islam déformé, pour imposer un joug sur les femmes, incapables qu’ils sont de mater leurs pulsions. C’est pourtant le grand jihad recommandé par le Prophète !

Les hommes et les femmes, Ibn Arabi le dit, font dans l’amour humain l’apprentissage de l’amour divin. L’amour, c’est quoi ? Par exemple : être capable de s’offrir à l’autre en toute confiance. L’amour ne va pas sans confiance.

La première étape, c’est donc de créer la confiance. Cela demande du temps d’apprendre à connaître l’autre, c’est pourquoi la précipitation est mauvaise conseillère en matière de mariage. Les futurs mariés semblent souvent plus préoccupés d’avoir l’assentiment de la famille et de l’entourage que de se connaitre et de fonder ensemble les valeurs sur lesquelles ils veulent vivre leur vie commune.

Je vous souhaite de réussir à garder votre belle compréhension de l’Autre et votre volonté de paix, une valeur féminine dont trop d’hommes s’obstinent à se passer !

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com