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Psycho

Farid : « Ma femme m’a frappé au moins dix fois »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Lundi 29 Février 2016



Farid : « Ma femme m’a frappé au moins dix fois »
Je me permets de vous écrire car je suis dans un état de tristesse continue avec la femme que j’ai épousée il y a quatre mois. Par contre, nous avons fait le halal il y a un an et nous vivons ensemble depuis tout ce temps.

J’ai découvert une femme agressive qui en vient aux mains souvent et aux insultes des plus vulgaires avec le visage qui va avec…

Je suis coincé, elle n’a pas ses papiers et je ne veux pas divorcer car sinon elle ne pourra plus voir sa famille au pays, et je ne veux pas vivre avec ça. Elle me fait du chantage affectif mais, malgré mes menaces, elle continue d’être comme à son habitude.

J’ai fait ce choix de mariage car je ne voulais plus rester seul. Cela faisait cinq ans que j’étais célibataire. C’était mon choix car j’étais déçu de la précédente femme qui m’a trompé. Du coup, durant ces cinq années, j’ai eu une vie de voyages, d’expatrié, de travail à l’étranger, je suis géologue mais la solitude et mes douleurs sentimentales me hantaient, et j’essayais d’oublier mon ex par le biais des drogues, je suis devenu alcoolique et accro au cannabis !

Les drogues m’ont rendu malade et j’ai décidé de revenir dans ma ville natale. J’ai quitté mon travail, je me suis installé et j’ai décidé de voir un psychologue pour me débarrasser de mon addiction aux drogues une fois pour toutes. Au bout de quatre mois de travail et d’effort sur moi, j’ai réussi, ça fait désormais un an et trois mois que je suis libre de toute addiction .

Je me suis dit que c’était le moment de me marier et qu’il fallait que j’arrête de voir les femmes comme des êtres dangereux et qu’il fallait que je passe cet obstacle ! Malheureusement, je suis tombé amoureux d’une femme divorcée, qui, malgré les apparences, est horriblement méchante.

Elle ne me soutient pas, j’ai vécu un cauchemar depuis un an. Elle privilégie ses amies qui ont une mauvaise influence sur elle. Elle ne voulait pas travailler, j’ai eu du mal à trouver du travail dans mon secteur, donc on a eu des problèmes financiers. Elle était habituée à un mode de vie beaucoup plus élevé avec son ex-mari, j’ai donc désormais deux emplois. Elle voulait un meilleur logement, j’ai pris un plus grand appartement, je l’ai aménagé comme il faut, comme celui qu’elle avait dans son ancienne vie.

Je vous contacte, car je ne sais plus quoi faire, je parle beaucoup avec elle, j’y vais doucement, j’essaye de lui expliquer, de la raisonner, de la réconforter, le temps que ses papiers se fassent, pour qu’elle puisse rentrer chez ses parents, à Oran.

Mais, c’est dingue : elle m’a déjà sorti le couteau deux fois, elle m’a frappé au moins dix fois. Pour elle, l’amour, c’est la violence. Si elle me parle mal, me frappe, c’est parce qu’elle m’aime, c’est quoi cette logique ?

Ma question est comment faire avec les femmes nerveuses, violentes, insultantes, impolies ?
La violence j’y arrive pas, ça ne sert à rien, c’est ce qu’elle veut, je n’ai pas envie de lui offrir ce cadeau, car elle aime ça.

Elle est rentrée un soir bourrée à la maison, j’ai craqué, j’ai voulu la mettre sous la douche et elle a commencé à tout casser à la maison. Conséquence : on a fini en garde à vue car les voisins avaient appelé la police et il y avait du sang partout dans l’appartement, le mien au passage car elle m’a jeté la soupière sur le coude.

Je ne peux pas frapper une femme : surtout elle, car je l’aime malgré tout, et elle est seule sans famille en France. Que faire avec les femmes violentes et qui viennent du bled avec une logique du genre : « C’est le mec qui fait tout ? »

Je suis mal, j’ai vraiment besoin d’aide, je suis torturé, un peu trop gentil mais de sang-froid, car c’est tellement petit comme réaction, que je ne veux pas me rabaisser en faisant comme elle ! Farid

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Vous avez entièrement raison de garder votre sang-froid, car la situation pourrait empirer si vous vous laissiez aller dans la spirale de la violence. Dans le courrier adressé à notre site, comme dans mon cabinet de psychanalyste, j’ai très souvent affaire à cette question de la violence dans le couple. C’est très fréquent chez des personnes de cultures et de milieux très différents.

Cette violence, ce besoin de tout casser, cette impossibilité de contrôler le démon interne de la colère – vous vous en doutez sans doute – vient souvent de frustrations accumulées et/ou d’une culture de la violence bien enracinée dans certaines généalogies.

Des pères ou des mères frappeurs, frappés dans leur enfance, par exemple, et voilà toute une génération d’hommes et de femmes élevés dans la violence, qui ne connaissent que ce langage là : la force physique.

Votre épouse vient peut-être d’une lignée familiale où la violence était le mode de communication. Elle ne semble ne connaître que cela. Aurait-elle elle-même été maltraitée ? Cela vaudrait la peine de la faire parler de son enfance, de lui démontrer qu’il existe d’autres modes de relation entre les êtres.

La violence est l’argument des faibles, de ceux qui cèdent à leurs pulsions.

Or l’humanité, le juste rapport à l’autre, vient d’abord de la capacité – que l’on a à conquérir – à maîtriser ses pulsions destructrices. Ces fameuses pulsions sont une forme d’énergie, et lorsqu’on en prend conscience, on a alors la capacité d’utiliser cette même énergie de manière positive.

Mais il faut en prendre conscience, accepter de s’analyser, de comprendre ce qui ne va pas chez soi. C’est plus difficile que d’accuser l’autre, comme le font la plupart des gens, mais c’est beaucoup plus payant à la longue. On y gagne en harmonie, en sagesse, en accomplissement.

Donc la première étape pour votre femme – que vous restiez ensemble ou non – est de comprendre que son comportement n’est pas « fonctionnel », et surtout pas musulman dans le sens noble du terme. Elle est restée aux prises du conditionnement de son éducation. Elle n’est pas libre, mais elle est prisonnière de préjugés, de dépendances mal comprises et elle risque de faire du mal autour d’elle, sans forcément s’en rendre compte.

Que vous dire d’autre ? Une question, peut-être : au moment des premiers échanges entre vous, vous rêviez ou vous tentiez de comprendre qui elle était vraiment, au-delà des discours séducteurs ?

En une année de vie commune, vous ne vous êtes pas rendu compte de la violence qui l’habitait ? Peut-être pourriez-vous vous poser la question : quelle projection vous êtes-vous fait sur elle sans vous résoudre à voir sa réalité ?

On se lance généralement dans une relation en plein état d’illusion, mais il est souvent trop tard quand la réalité vous saute au visage…

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com




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