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Points de vue

États-Unis : en mémoire de Martin Luther King, le militantisme social des musulmans d'Amérique

Par Altaf Husain*

Rédigé par Altaf Husain | Mercredi 18 Avril 2012



Alors que l’Amérique se recueille à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat Martin Luther King Jr, il importe de réfléchir à ses enseignements, et plus précisément à la justice sociale.

Si les valeurs épousées par le père du mouvement pour les droits civiques s’adressent à quiconque désire ardemment améliorer la condition humaine, ses préceptes résonnent davantage au sein des communautés bâties sur la religion.

Les musulmans d’Amérique, par exemple, ont un profond respect pour l’homme qui a dédié sa vie à dénoncer les injustices sociales – principe fondamental de l’islam.


« World house » et islam, par-delà les communautarismes religieux

Un des concepts principaux qui ressort des enseignements de Martin Luther King est celui de « world house », selon lequel le monde serait une maison qui abrite des peuples de différentes traditions religieuses.

Il a écrit : « Nous sommes les héritiers d’une grande maison, le monde est une grande maison dans laquelle nous devons vivre ensemble – Noirs et Blancs, orientaux et occidentaux, païens et juifs, catholiques et protestants, musulmans et hindous – et nous sommes une famille qui ne partage ni les mêmes idées, ni la même culture, ni les mêmes intérêts. Nous sommes une famille qui, parce qu’elle ne peut plus jamais vivre séparée, doit apprendre, d’une manière ou d’une autre, à vivre ensemble et en paix. »

Aujourd’hui, le concept de « world house » est particulièrement pertinent, notamment lorsque différentes religions unissent leurs forces à l’occasion d’initiatives sociales. Ce type de collaboration est une tradition américaine, dont les musulmans d’Amérique sont un élément essentiel. En effet, le militantisme social de la communauté musulmane d’Amérique est sans précédent.

Partant de leur propre tradition religieuse et soutenues par d’autres traditions, les musulmans d’Amérique ne cessent de mettre en avant le concept de « world house », en centrant leurs efforts sur la faim aux Etats-Unis.

Justice alimentaire : éradiquer la faim

Considérons le IHI (Initiative interreligieuse de lutte contre la faim), établi à Indianapolis, qui compte la Société islamique d’Amérique du Nord (ISNA) parmi ses partenaires.

Selon cette association, 16 000 enfants meurent de faim chaque jour à travers le monde. A Indianapolis seulement, 18 000 enfants éprouvent la faim de manière fréquente. Grâce à l’engagement des musulmans d’Amérique, le IHI s’est fixé l’objectif d’éradiquer la faim, à la fois à niveau local (à Indianapolis) et à niveau international (au Kenya).

La faim est un sujet important à l’échelle nationale. Dans certains quartiers urbains, un problème semblable concerne le nombre disproportionné d’aliments dangereux pour la santé vendus dans les magasins.

A Chicago, IMAN (Inner-city Muslim Action Network) s’est attaqué à la question de la justice alimentaire. Le siège de cette ONG, fondée par de jeunes musulmans d’Amérique, se trouve dans le sud de Chicago. L’organisation vise principalement les magasins qui proposent de la nourriture et de l’alcool dans les quartiers urbains noirs (y compris ceux qui sont gérés par des musulmans), et les incite à prendre la responsabilité des articles qu’ils proposent. IMAN a récemment co-organisé un débat intitulé « Food For Life, A Human Right: Food Justice, Corner Stores & Race Relations in the ‘Hood ». (De la nourriture pour la vie, un droit humain : justice alimentaire, épiceries et relations raciales dans les quartiers.)

300 communautés religieuses contre la torture

Par ailleurs, les musulmans d’Amérique sont à la fois représentés par ISNA et par le Centre islamique d’Amérique du Nord (ICNA) dans la campagne religieuse contre la torture (National Religious Campaign Against Torture, NRCAT), qui est une organisation composée de 300 communautés religieuses, dont le but est de venir à bout de la torture à niveau régional.

Une de leurs déclarations au sujet du traitement des prisonniers montre que ses membres « considèrent la pratique de la torture, ainsi que le traitement cruel, inhumain ou dégradant des prisonniers comme étant immoral, irréfléchi et anti-américain ». Les musulmans d’Amérique sont actifs et veulent que leur voix soit entendue. Ils mobilisent donc une énergie considérable dans l’organisation de campagnes pour informer la communauté de l’impact psychologique et physique qu’ont certaines pratiques sur les prisonniers (comme l’enfermement solitaire pendant 23 heures). Ils exigent aussi l’interdiction totale de la torture et certaines techniques d’interrogation exercées sur des prisonniers souffrant de troubles psychiques.

Les exemples ci-dessus sont la preuve qu’il y a suffisamment d’individus et de groupes, qui ne se limitent pas à la pratique des enseignements de leur tradition religieuse et culturelle. Ils illustrent l’actualité et la pertinence des enseignements de Martin Luther King Jr au sujet des questions sociales. L’héritage du grand pasteur inspire des musulmans d’Amérique – et d’autres communautés – à s’engager en faveur de la justice sociale grâce à la collaboration interreligieuse.


* Altaf Husain est membre du conseil de la Société islamique d’Amérique du Nord. Il est également membre du Institute for Social Policy and Understanding, et professeur assistant à l’Université de Howard, à Washington, DC.