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Points de vue

Entretien avec un résistant libanais

Rédigé par Propos recueillis par La Rédaction | Dimanche 23 Juillet 2006

Hussein Sabbah est libanais, il est installé en France depuis bientôt quatre ans. Ingénieur spécialisé dans les infrastructures routières, M. Sabbah est aussi membre du parti communiste libanais. Nous avons voulu recueillir son témoignage au moment où son pays est bombardé par l'armée israélienne. Entretien avec un militant qui explique la résistance libanaise.



Entretien avec un résistant libanais
SaphirNews: Comment vivez-vous le conflit en cours au Liban depuis une semaine?

Hussein Sabbah: Je me sens très concerné. Nous nous sentons tous concernés. Chacun de son côté essaye d'accéder aux informations par ses réseaux et par les médias. Nous essayons d'organiser des rencontres, des rassemblements pour accéder au débat avec la société française. Parce que certains voudraient faire croire que la résistance libanaise n'est qu'une bande de terroristes. Ce qui est faux. En association ou individuellement, nous nous mobilisons pour expliquer cette résistance libanaise.

SaphirNews: Quel sens donnez-vous à l'attaque israélienne?

Hussein Sabbah: En tant que communiste libanais, je vois cette agression comme une volonté de casser l'esprit de la résistance. Pour nous, cette guerre n'a aucune relation avec la capture de deux soldats de l'armée israélienne. Cela est seulement un prétexte. Le volonté israélienne est de briser l'esprit de résistance qui subsiste encore autant en Palestine qu'au Liban. C'est vraiment ce qu'ils veulent. Si vous observez, vous voyez que la plupart des cibles sont des infrastructures civiles, des ponts, des routes, des centrales électriques... Par exemple à Marawahine, ils ont demandé aux villageois de quitter leur village puis ils ont bombardé les populations qui essayaient de s'éloigner du village. Certains parlent d'utilisation de bombes phosphoriques qui sont totalement interdites. On nous parle aussi d'usage de bombes qui diffusent un gaz qui causent des malaises à la population.

SaphirNews: Avez-vous réussi à joindre vos parents ?

Hussein Sabbah: Oui, mais c'est plus difficile que par le passé. Mes parents sont à Saïda qui est une ville calme pour le moment mais qui est totalement encerclée. Ils ne peuvent pas sortir et personne ne peut y entrer. J'arrive à les joindre, mais avec quelques difficultés.

SaphirNews: L'Elysée annonce que Jacques Chirac reçoit Saad Hariri, le fils de l'ex-premier ministre Rafic Hariri! Comment prenez-vous cette information?

Hussein Sabbah: Je n'avais pas cette information. Mais il faut savoir qu'avant l'agression israélienne, le Liban était divisé entre deux opinions. L'une d'elle voulait désarmer les milices. Saad Hariri fait partie de ceux-là. Mais une autre partie du Liban disait que la guerre n'était pas terminée avant un retrait total et une libération des prisonniers. Comme vous le savez, Israël s'est retirée en 2000. Mais ce retrait n'est pas total. Il y a encore la ferme de Cheba qui est occupée. Donc je crains que le but de M. Hariri ne soit pas seulement l'arrêt des hostilités mais aussi le désarmement de la résistance des Libanais.

SaphirNews: Certains parlent d'une guerre contre le Hezbollah mais pas d'une guerre contre le Liban. Qu'en pensez-vous?

Hussein Sabbah: Depuis 28 ans, il y a des prisonniers libanais dans le geôles israéliennes. Ces gens sont prisonniers parce qu'ils ont défendu notre culture, parce qu'ils ont défendu notre pays. Nous ne pouvons pas les oublier et les laisser dans les prisons israéliennes. Mais personne ne pense à eux. Par exemple, tout le monde a oublié le cas de Samir Quantar. Nous, Libanais, ne pouvons pas l'oublier. L'opération du Hezbollah n'avait pas d'autre but que d'imposer à Israël un échange de prisonniers. Et cela est légitime. Pour certaines personnes, le Liban ne doit pas intervenir en Palestine. C'est une façon de penser qui a toujours existé au Liban. Mais face à cette pensée, il y a une autre pensée qui dit que les Libanais ne peuvent pas laisser leurs voisins, tout un peuple, se faire massacrer sans rien faire.

SaphirNews: Quel message avez-vous pour les Français qui veulent vous soutenir ?

Hussein Sabbah: Hier jeudi au Liban, il y a eu une manifestation réunissant des associations, des acteurs de la société civile sous le mot d'ordre « Cessez-le-feu ». Mardi prochain, il est prévu un rassemblement au Champ de Mars, Mur de la Paix, 19h30 avec des associations françaises, des partis politiques, des acteurs de la société civile française, des intellectuels avec le même mot d'ordre. Les militants peuvent se joindre à cet appel.
Avant toute chose, il faut que les militants se mobilisent pour faire pression sur le gouvernement pour obtenir l'arrêt des bombardements suivi de négociations pour un échange des prisonniers. Comme je vous l'ai dit, l'opération du Hezbollah, la résistance libanaise, était une opération militaire menée contre des militaires, pas contre des civils. Son but était d'obtenir un échange de prisonniers. Et cela est encore valable aujourd'hui.