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Points de vue

De la guerre en Afghanistan

Par Hamza El Kostiti*

Rédigé par Hamza El Kostiti | Samedi 13 Février 2010



Photo tirée de l'exposition « L'Afghanistan et nous 2001-2009 », qui a lieu jusqu'au 26 février 2010, au musée de l'Armée (hôtel des invalides), à Paris.
Photo tirée de l'exposition « L'Afghanistan et nous 2001-2009 », qui a lieu jusqu'au 26 février 2010, au musée de l'Armée (hôtel des invalides), à Paris.
Cher (e)s collègues élu(e)s de la République française,


Neuf années de guerre sans précédent,
Des larmes, du sang, de la souffrance humaine,
Des centaines de milliers de civils tués,

Des centaines de milliers de milliards investis dans la poudre, l'uranium et le phosphore.

Des bombardements supérieurs à ceux du Viêtnam,

Des armes lourdes, bombes à fragmentation, drones, mines antipersonnel, chars, avions, missiles, agences de sécurité privée.

Pendant 108 mois, le sang humain est venu inonder le pays des tulipes.

Je découvre avec émoi que les Occidentaux reconnaissent à demi-mots une cuisante défaite après neuf années de guerre intensive en Afghanistan.
Une très grande défaite militaire et un petit écho dans la presse internationale, surprenant !

Il y a 10 jours – et la date est historique – les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et 67 autres pays proposent, contre toute attente, un plan de négociation avec les monstres talibans.
Pendant que le Hamas (élu du peuple) attend une once de reconnaissance diplomatique, les seigneurs de guerre talibans découvrent le tapis rouge (de sang) international.

En l'écrivant, je n'y crois toujours pas, négocier avec les talibans !

Tout ça pour ça... Retour à la case départ.

L'Afghanistan ressemble de plus en plus au cimetière aux éléphants « impérialistes », tous venus successivement se broyer les défenses sur le cours de la destinée aussi balafrée que le relief de ce pays meurtri par l'Histoire.

L'Empire russe n'avait pas survécu en son temps à cette guerre d'usure ; l'Otan n'a pas fait mieux.

Même le grand Gengis Khan au XIIIe siècle s'est cassé les dents à vouloir soumettre l'Afghanistan à ses troupes. Et encore... à l'époque, les civils n'étaient pas bombardés par bavures via des bombardiers survolant à 4 000 m d'altitude !

À ma grande surprise, des élus français avaient manifesté dans la presse un soutien aux troupes militaires en Afghanistan. Jamais je ne soutiendrai en tant qu'élu la présence militaire française en Afghanistan. Nous n'avons rien à faire là-bas.

Je réitère ce que j'ai dit il y a quelques années : ce pays a besoin d'écoles pour les enfants, d'infrastructures, de routes, d'hôpitaux, d'organiser les énergies renouvelables, des projets agricoles pour les parents et bien d'autres choses encore. Que dire aussi de la situation des femmes assignées à l'esclavage par les... talibans.

Quant aux soldats français qui n'ont pas encore sauté sur une mine « made in Occident », souvent âgés entre 17 et 29 ans, ils feraient mieux de rentrer au pays pour se reposer avant de se diriger vers Haïti, où la véritable urgence nécessite parfois une logistique et des ressources humaines de type militaire.

Qui ne préférerait pas des soldats qui sauvent des enfants plutôt que ceux qui éliment des adultes ?

Les guerres ont toutes sortes de prétextes, c'est rarement la voix de la raison.

En 1939-1945, le monde entier risquait de basculer dans l'ombre, les armées sont venues sauver l'humanité.

Depuis, aucune guerre ne mérite une telle comparaison. Aujourd'hui, le monde s'est perverti : derrière le bien et le mal se cachent des intérêts géostratégiques privés, dont l'unique but est de ponctionner des ressources fossiles, des ressources qui s'épuisent et épuisent la Nature par une pollution des plus dégoûtante.

Quelques semaines avant l'invasion américaine en Afghanistan, en 2001, j'ai eu l'occasion de me rendre au siège des Nations unies, à New York. Un écriteau mentionnait : « Le budget des armes dans le monde : 825 milliards de dollars/an, le budget nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde : 50 milliards de dollars/an. »

Neuf années plus tard, j'ai le profond regret de constater que la situation n'a pas changée. Pis, le monde marche sur la tête, car le budget des armes a depuis doublé, nous ne sommes pas loin des 1 500 milliards de dollars.

Au Tibet, en Palestine, au Chiapas,en Tchétchénie, au Kashmir,en Irak et en Afghanistan, les armes et les soldats qui les expérimentent doivent laisser place à la paix et à l'autodétermination des peuples.

Parce que nous défendons des valeurs dites universelles,
Parce que derrière la diplomatie des cinq membres permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, il y a une vente d'armes massive,
Parce que nous avons une conscience politique et la liberté de l'exprimer,

Soyons prudents sur les soutiens politiques que nous manifestons.

Offrons un accueil digne de la République pour les migrants afghans réfugiés sur notre territoire et dites : « Non à la guerre », et militons pour le retour des troupes en France.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, comprenez ma profonde indignation et acceptez ma sincère inquiétude.




* Hamza El Kostiti est conseiller délégué Agenda 21, président de l'ONG ALPG et présentateur de l'émission politique internationale « De l'autre côté du mur ».