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Points de vue

Cheikh Yassine, une vie de résistant pour la Palestine

Rédigé par Bamba Amara | Mardi 23 Mars 2004

Le Cheikh Yassine, leader spirituel du Hamas, a été assassiné à l’aube ce lundi sur ordre d’Ariel Sharon, Premier ministre israélien. Agé de 67 ans, le Cheikh Yassine était tétraplégique depuis son jeune âge à la suite d’un coup reçu sur la colonne vertébrale. Il était dans son fauteuil roulant et sortait de la Mosquée après la prière rituelle de l’aube lorsqu’il a été pris pour cible.



Le Cheikh  Yassine, leader spirituel du Hamas, a été assassiné à l’aube ce lundi sur ordre d’Ariel Sharon, Premier ministre israélien. Agé de 67 ans, le Cheikh Yassine était tétraplégique depuis son jeune âge à la suite d’un coup reçu sur la colonne vertébrale. Il était dans son fauteuil roulant et sortait de la Mosquée après la prière rituelle de l’aube lorsqu’il a été pris pour cible. Trois roquettes ont été tirées contre lui depuis des hélicoptères Apache  israéliens. Le Cheikh est mort dans l’attaque ainsi que six de ses gardes de corps.

Un nouveau cycle de violence s’ouvre

M. Sharon a fait savoir qu'il avait lui-même piloté l’attaque contre le Cheikh Ahmed Yassine depuis sa résidence du Néguev. Au mois de septembre dernier le Cheikh Yassine avait échappé à une attaque menée par les soldats israéliens contre sa personne. Au mois de juin 2003, une autre attaque contre Abdelaziz Al-Rantissi, chef politique du Hamas avait échoué. Cinq roquettes avaient été tirées contre sa voiture alors qu’il se promenait avec son fils.

Membre fondateur du Hamas le Cheikh Yassine était un symbole vivant de la résistance du peuple palestinien. Son influence spirituelle au sein de son mouvement le faisait passer pour le plus sérieux des opposants palestiniens au Président Yasser Arafat. Honoré de son vivant, le Cheikh est, à jamais, entré dans l’Histoire de la Palestine par la porte du martyr. 200 000 personnes l’ont accompagné à sa dernière demeure ce lundi après midi à Gaza.
Dans le sud de la bande de Gaza, l’armée israélienne a ouvert le feu sur des manifestants qui protestaient contre l’assassinat du Cheikh. Un enfant de 13 ans, Musaab al-Khalban a été mortellement atteint d’une balle à la tête. Les soldats israéliens ont ouvert le feu depuis une tour d’observation dressée dans la colonie de Ganei Tal. Quatre autres personnes ont été blessées légèrement au cours de cette manifestation de soutien au Cheikh Yassine. 

Une vie de résistance à l’occupation

En 1948, à la naissance de l’Etat d’Israël, le jeune Ahmed Yassine a 12 ans lorsque sa famille est chassée de son village natal près de Ashkelon. Elle se réfugie dans la bande de Gaza. Le village sera entièrement rasé, selon la méthode de l’armée israélienne, comme plus de 380 autres villages palestiniens.
Au terme des ses études secondaires, Ahmed Yassine se rendra au Caire pour tenter de suivre des études universitaires. Mais, faut de soutien financier, il ne pourra les mener à leur terme. Ce séjour égyptien lui aura permis d’entrer en contact avec la pensée du mouvement des Frères musulmans. A l’époque les Frères musulmans qui prêchaient le retour à l’Islam étaient violemment réprimés par le pouvoir égyptien. De nombreux responsables des Frères prendront le chemin de l’exile pour fuir les escadrons de Gamal Abdel Nasser.
De retour à Gaza sous occupation israélienne, Ahmed Yassine fonde Al-Moujammaa al-Islami, son premier mouvement. Mais Al-Moujammaa al-Islami n’est pas un mouvement directement politique. Il prône des actions sociales et éducatives afin d’amorcer un vrai retour à la religion musulmane dans une atmosphère où le nationalisme arabe est l’idéologie dominante malgré la déroute connue lors de la guerre de 1967. Cette démarche classique des Frères musulmans est regardée d’un bon œil par l’occupant israélien dont le souci était de contenir, à défaut d’éradiquer, l’émergence de véritables mouvements nationalistes palestiniens. Dans ces années 70, rien ne laisse présager l’engagement de celui qui deviendra le Cheikh Yassine, dans une lutte militaire contre l’occupation de son pays.

Le virage à la lutte armée

Le mouvement de résistance armée du Djihad islamique voit le jour au début des années 80. Son choix d’armer la résistance à l’occupant révèle le ras-le-bol général des Palestiniens après plusieurs dizaines d’années d’occupation d'Israël dont les armées étaient sur le terrain, dans la bande de Gaza. Une présence devenue insupportable pour les étudiants palestiniens qui fondent le Djihad islamique. C’est très probablement à cette période que Ahmed Yassine adopte une nouvelle lecture de la situation palestinienne.
Après avoir défendu, comme les Frères musulmans, que la libération de la Palestine sera une conséquence du retour des palestiniens à l’Islam, il semble alors accorder une plus grande priorité à la lutte de libération. Son pragmatisme le conduit à fonder Majd al-Moujahidine, un mouvement plus combattant que le précédent. Cela lui vaudra d’être arrêté et emprisonné par l’armée israélienne en 1984. Il sera condamné pour « possession d'armes ». Lorsqu’il est libéré un an plus tard, sa conviction semble faite et il deviendra le fauve indomptable que l’on connaît. Un homme au regard clair qui, du fond de son fauteuil roulant, n’aura de cesse de prôner avec volonté et fermeté, la lutte pour la libération des terres de la Palestine. C’est donc naturellement qu’il prend une part active à la fondation du Hamas qui fait son entrée officielle sur la scène de la résistance palestinienne, quelques jours après le déclenchement de la première Intifada en décembre 1984.

Dès sa création, le Hamas se pose en mouvement de « résistance islamique ». Ses dirigeants sont alors recherchés et jetés en prisons sans que les actions de lutte du mouvement n’en soient durablement affectées. Ahmed Yassine sera ainsi arrêté une seconde fois et condamné à la prison à vie en 1991. Mais le Hamas continue de se structurer et de gagner du terrain. En plus du Cheikh Ahmed Yassine comme chef spirituel et de Abdel Aziz Rantisi comme chef politique, une aile militaire se constitue sous le nom de Brigades Ezzedine Al-Qassam.

La violence du désespoir

En 1993, à la signature des accords d’Oslo, l’euphorie est générale tant en Israël que dans les Territoires occupés. Mais le Hamas refuse de participer aux discussions qui aboutiront aux accords d’Oslo qu’il considère comme une trahison. Mais, face au formidable espoir que soulève ces accords, l’inflexibilité du mouvement sur ses positions de bases le fait passer pour un mouvement opposé à la paix. Il passera par une forte baisse de popularité dans l’opinion publique palestinienne. De plus, son efficacité sur le terrain de l’action sociale se trouve mise à mal par la création de l’Autorité palestinienne dont les programmes tentent de juguler partie de la misère économique des populations. Pendant la période d’Oslo, la position du Hamas semblait intenable sur le long terme jusqu’à la première attaque suicide revendiquée par le mouvement.
Cette première « opération martyre » est lancée contre un bus israélien en réponse à l’assassinat de Musulmans par un Juif dans  la ville de Hébron en février 1994. La population palestinienne est, dans une très large majorité, opposée à cette première opération de 1994. Mais l’effet politique créé confère une place nouvelle au mouvement dans l’échiquier politique palestinien dans sa lutte contre Israël.

Le retour sur le terrain de la lutte

Durant cette période le Cheikh Yassine était emprisonné « à vie ». Il profitera de l’échec d’une opération des services secrets israéliens en Jordanie pour retrouver la liberté en 1997. A l’époque, un commando des services secret israéliens avait été chargé d’assassiner Khaled Mechaal, l'un des chefs politiques du Hamas. Cette opération israélienne sera un réel fiasco puisque les services secrets jordaniens qui n’en avaient pas été informés ont découvert la supercherie. Comme pour se racheter de cette violation de l’intégrité territoriale de son voisin jordanien, Israël a accepté de discuter de la libération de certains prisonniers dont le chef spirituel du Hamas.

Le retour de Cheikh Yassine à Gaza est triomphal. Yasser Arafat en personne viendra l’accueillir en héros. Tant d’honneur et de considération ne suffiront pas à faire fléchir le Cheikh Yassine sur ses positions. Installé dans un quartier pauvre de Gaza, le Cheikh menait une vie d’austérité consacrée aux seules choses qui semblaient animer sa vie : l’Islam et la lutte de libération de la Palestine. Dans son discours d’adieu au Cheikh, son collaborateur le plus proche Ismaïl Haniyé a déclaré : « Il nous a appris le martyre et le sacrifice et nous lui promettons de rester sur cette voie ». De son côté le Hamas a annoncé sa riposte comme «un tremblement de terre» en Israël.