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Religions

Avec Sant'Egidio, Macron prône le « devoir de résistance » des religions face à la guerre en Ukraine et ailleurs

Rédigé par Benjamin Andria | Lundi 24 Octobre 2022 à 08:00

           

En déplacement à Rome pour le sommet interreligieux pour la paix organisé par la communauté catholique de Sant’Egidio, Emmanuel Macron a soutenu, dimanche 23 octobre, que les religions ont « un devoir de résistance » pour lutter contre les guerres mais aussi ses « ferments » qui menacent des sociétés traversant « le retour de la violence ».



Emmanuel Macron s’est rendu, dimanche 23 octobre, à l’ouverture du sommet interreligieux pour la paix organisé par la communauté catholique de Sant’Egidio. © GMP
Emmanuel Macron s’est rendu, dimanche 23 octobre, à l’ouverture du sommet interreligieux pour la paix organisé par la communauté catholique de Sant’Egidio. © GMP
Le président de la République Emmanuel Macron a participé, dimanche 23 octobre à Rome, à la rencontre inaugurale du forum de la paix organisé chaque année par la communauté de Sant’Egidio, réputée pour être un bras diplomatique du Vatican. Après les prises de parole de son fondateur Andrea Ricardi et du président italien Sergio Matarella, le chef de l’Etat, venu de Paris accompagné du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, de l’ex-sénatrice Bariza Khiairi, du recteur de la Grande Mosquée de Paris Chems-Eddine Hafiz, ou encore de celui de la Grande Mosquée de Lyon Kamel Kabtane du côté des représentants musulmans, s’est exprimé devant un parterre de personnalités politiques, associatives et religieuses.

Non loin du grand rabbin de France Haïm Korsia et du secrétaire général de la Ligue islamique mondiale Mohammed Al-Issa, il a défendu le rôle « essentiel » des religions et des leaders religieux dans nos sociétés. Bien que président d'une République laïque qui a « une relation complexe avec les religions » et où la loi de séparation entre les Eglises et l’Etat prévaut, « la religion est dans la société et elle a un rôle éminent, a-t-il lancé. Elle a ce rôle de ne jamais laisser de projets qui, en son nom, (…) peuvent conduire au contraire de ce qu'elle défend ».

Au-delà des guerres, lutter contre ses « ferments »

S’épanchant principalement sur la guerre en Ukraine qui « signe ce retour à la guerre sur le sol européen », Emmanuel Macron a dénoncé les actes belliqueux du pouvoir russe qui a notamment construit la conviction que « l'attaque à son existence était le projet du reste du monde, de l'Ouest pour nous citer », « en justifiant ce qui n'est qu'un projet impérialiste et colonialiste » contre un pays voisin.

« Ne laissons pas la paix être aujourd'hui capturée par le pouvoir russe. (...) La paix ne saurait être la consécration de la loi du plus fort ni le cessez-le-feu ce qui viendrait consacrer un état de fait », a-t-il déclaré.

« Mais parler de la paix, c'est aussi parler de ce qui traverse nos sociétés qui ne sont pas forcément en guerre mais qui vivent le retour de la violence » et qui, « au fond, font revenir les ferments de la guerre », a-t-il signifié. « Ils ont à chaque fois les mêmes racines, les nationalismes fermées – que nous ne devons jamais confondre avec le patriotisme – et qui sont la volonté du repli, de l'exclusion de l'autre et de domination. »

Ce que les religions peuvent

Face à ces constats, « les responsables religieux ont un rôle essentiel en tant qu'ils contribuent à la trame de nos sociétés, aux relations avec les individus et à un rapport au temps long ». « Les religions ont un devoir de résistance face à la folie des temps », poursuit-il. « C'est précisément de ne jamais justifier, être pris au piège, ou soutenir des projets politiques qui viendraient à asservir ou à nier la dignité de chaque individu. »

Le président n’a pas manqué, à ce titre, de critiquer le soutien sans équivoque du Patriarcat de Moscou à la guerre en Ukraine menée par Vladimir Poutine. « Nous savons tous comment la religion orthodoxe est aujourd'hui manipulée par le pouvoir russe pour justifier ses actes », a-t-il soutenu. Avant de poursuivre : « Nous savons tous, dans certaines nations, comment l'islam est convoqué pour justifier des projets politiques de domination », de la même manière que d'autres religions ont pu le faire à travers l'histoire.

« Ce devoir de résistance des religions (...) est celui qui consiste à défendre la dignité de chacun, à ne jamais céder à la pulsion de pureté que d'aucuns voudraient convoquer », à « prendre soin des plus fragiles » et à « apporter une réponse essentielle dans nos sociétés que nous ne saurions apportée, celle de l'enracinement et du salut ».

Avoir « le courage de l'imagination » pour parvenir à la paix

Aux yeux du chef de l'Etat, « les religions ont évidemment un message d'universalisme à porter », l'universalisme étant « le meilleur antidote contre le relativisme contemporain » et « la fracturation du monde à laquelle nous assistons et qui consiste à consacrer dans trop d'endroits du monde la loi du plus fort ».

« Le cri de la paix », thème de la rencontre, « ce n'est pas seulement cesser les armes aujourd'hui mais traquer aussi les humiliations et les sources de ressentiment qui naissent à chaque fois que cet universalisme est oublié ». « Un pas vers l'autre est un déséquilibre, c'est ce qui fait que la paix est précaire. La paix est impure, profondément, ontologiquement parce qu'elle accepte une série de déséquilibres, d'inconforts mais qui rendent possible cette coexistence avec l'autre que moi », assure le président.

« Il y a un projet humaniste possible, qui est à réinventer » et ,à cette fin, « les religions, les grandes familles philosophiques, ont un rôle essentiel à jouer », souligne-t-il. « Il faut beaucoup de courage pour vouloir la paix pour la préserver ou pour la restaurer (…). D'abord le courage de l'imagination car imaginer la paix en temps de guerre est le plus grand des impensables. Mais il faut le courage de tenir la paix, dès qu'elle est possible, d'une forme d'intranquilité. »

La 36e rencontre annuelle du forum de Sant’ Egidio se tient jusqu’au mardi 25 octobre. Dans une Italie désormais dirigée par l’extrême droite, Emmanuel Macron est à Rome jusqu’au lundi, jour de son audience privée avec le pape François qu’il rencontre ainsi pour la troisième fois depuis son élection en 2017.

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