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Points de vue

Aujourd’hui, plus que jamais, le silence est interdit

Rédigé par Fatima Adamou | Jeudi 22 Janvier 2015



Après les terribles événements survenus à Paris, considérons cette question : est-ce que des déclarations, des articles sur la beauté du bouddhisme arrêtent les massacres des musulmans birmans ? Le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, bouddhiste, symbole de l’opposition à la dictature militaire birmane, a perdu de sa superbe en s’exprimant très peu et trop vaguement sur les persécutions que subissent les musulmans birmans. Décevant ? Oui, certainement. Soutient-elle ces actions ? Son silence laisse libre cours à toute interprétation.

Le dalaï-lama, lui, s’est, exprimé. Un soulagement. Un silence de sa part aurait surpris, il s’agit tout de même d’exactions commises par des bouddhistes. Il les a non seulement condamné mais il a aussi lancé un message à destination de ces moines bourreaux des musulmans et aux birmans bouddhistes en général, leur enjoignant de se rappeler les principes du bouddhisme. De nombreux musulmans ont salué ce geste très fort.

Bien sûr, comme de nombreux cas similaires, ces attaques sectaires cachent des problèmes socio-économiques. Cependant, ils ne peuvent justifier l’usage de la violence. À l’évidence, les gouvernements, en plus des représentants religieux, ont une responsabilité dans la résolution de ces drames.

Comme le soulignait un chef religieux centrafricain durant le sommet mondial « Mettre fin aux violences sexuelles en zone de conflit », en 2014, organisé par le ministre des Affaires étrangères britanniques d’alors, William Hague, et l’ambassadrice de bonne volonté du haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Angelina Jolie : lorsque 90 % d’une population en conflit pratique une religion, les chefs religieux sont indispensables à la résolution du conflit.

Aujourd’hui, plus que jamais, le silence est interdit
Ainsi, lorsqu’une propagande fondée sur l’islam est exercée sur de jeunes adultes et des adolescents qui rejoignent ensuite des groupes d’assassins, l’intervention des chefs religieux musulmans est obligatoire.

Quand des versets du Coran sont cités pour justifier des crimes, les discussions sur le degré de religiosité des apprentis djihadistes, sur l’ancienneté des conversions à l’islam des criminels sont bien futiles.

Dès lors que le Livre saint est pris en otage, nous, musulmans, sommes tous concernés, le silence est interdit, c’est même criminel. L’incantation « Ce n’est pas l’islam » répétée pour rassurer les non-musulmans ne suffit pas. Cela n’arrête pas non plus les personnes guettant toutes occasions pour laisser éclater violemment leur rejet des musulmans.

« Ce n’est pas l’islam » devrait s’adresser en premier lieu aux musulmans.

Pourquoi ?, me demanderez-vous. D’abord, parce qu’il subsiste des personnes tentées de partir au jihad. Ensuite, parce que certains musulmans sans intention de faire le voyage sont enclins à justifier ou à minimiser les actions de ces groupes d’assassins.

C’est cette catégorie de la communauté musulmane qu’il faut convaincre du caractère pacifique de l’islam, que la profanation des tombes, la destruction de lieux de culte sont condamnées en islam. C’est à eux qu’il faut adresser les clarifications sur les versets concernant l’esclavage, lesquels visent évidemment à son éradication.

Nul doute : la communauté musulmane, aujourd’hui, est en colère ; elle le fait savoir, c’est un droit. Seulement des concitoyens continuent de partir grossir les rangs de Daesh, ce groupe constituant sans nul doute la plus grande insulte à l’islam.

La situation ne concerne pas uniquement la communauté musulmane, elle concerne toute la société dont elle fait partie intégrante. C’est alors avec tous les acteurs sociaux − lesquels ont également une responsabilité − que les membres de la communauté musulmane doivent s’engager, qu’ils soient enseignants, travailleurs sociaux, représentants de la justice, des municipalités ou responsables d’organisations interreligieuses.

Comme chacun sait, les victimes collatérales de chaque attaque perpétrée au nom de l’islam sont les musulmans. Nous ne pouvons donc pas éterniser notre colère contre une frange de nos concitoyens qui a dévoyé le message de l’islam. Il s’agit de continuer à éduquer, à éveiller les esprits : nous ne pouvons faire l’impasse d’un dialogue et d’un travail commun.

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Tutrice de français en Grande-Bretagne, Fatima Adamou est également researcher bénévole à l'association Christian Muslim Forum.