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Sur le vif

Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : la préfecture de police de Paris accusée d'avoir masqué sa responsabilité

Rédigé par Saphirnews | Vendredi 5 Janvier 2018



Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : la préfecture de police de Paris accusée d'avoir masqué sa responsabilité
La direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) a fait quelques arrangements avec la réalité pour se défausser de ses responsabilités lors de l’attentat contre une église de Saint-Etienne-du-Rouvray qui a coûté la vie, en juillet 2016, au prêtre Jacques Hamel.

Comment ? Selon Mediapart qui a fait paraître son enquête jeudi 4 janvier, la DRPP n'a pu transmettre ses renseignements à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et, surtout, a post-daté des notes pour minimiser sa responsabilité.

La DRPP avait consulté quelques jours avant l’attentat la chaîne Telegram, une messagerie cryptée, où l'un des deux futurs terroristes de l'attentat appelait à attaquer des églises, tout en donnant des détails sur sa personne, se vantant notamment de donner des cours dans une mosquée de Saint- Étienne-du-Rouvray. Il sera plus tard identifié comme étant Adel Kermiche.

Sur cette base, un agent a rédigé une fiche Gester (« Gestion du terrorisme et des extrémismes à potentialité violente ») ainsi qu’une note qui devait être transmise à la DGSI. Sauf qu’elle devait être « corrigée et validée par quatre échelons hiérarchiques ». Mais en plein mois de juillet, et avec l’attentat de Nice, « les nerfs sont à vif et les corps fatigués ». Par ailleurs, quatre gradés sont en vacances ; seul un est présent dans les locaux de la DRPP à Paris, en pleine période estivale.

Selon un agent, le signalement n’est pas fait à la DGSI. « Mais il y avait ensuite plusieurs échelons de validation avant de pouvoir la communiquer aux autres services. La lourdeur administrative est telle que l’information ne serait jamais arrivée à temps pour sauver le prêtre », dit-il. Pendant ce temps, Adel Kermiche publiera plusieurs messages inquiétants sur Telegram jusqu’au jour de l'attentat où il demande à ses abonnés de « partager » un contenu à venir, qualifié « d'exceptionnel ».

L’attentat survient et la DRPP se rend compte de sa défaillance. Le jour même, elle « écrase sa fiche Gester et sa note blanche » et aurait demandé à un agent de les réécrire en les postdatant au jour même « afin de masquer sa passivité », précise Mediapart, citant ensuite un agent : « Oui, nos supérieurs ont bien essayé d’effacer les traces et ils l’ont mal fait. »

Après ces révélations des plus embarrassantes, la préfecture de police a rejeté ces accusations, déclarant dans un communiqué paru vendredi 5 janvier, que la note, datée du vendredi 22 juillet, n'évoque « en aucun cas (...) l'imminence d'un passage à l'acte, et encore moins le ciblage d'un lieu précis ». « Cette note, qui ne comportait pas de caractère d'urgence et s'inscrivait dans le travail de détection quotidien du service, a suivi le circuit habituel de validation », ajoute-t-elle.

Lorsque l'attentat a lieu, « le rédacteur de la note a immédiatement fait le lien avec l'individu qu'il avait identifié » et, « sans délai, la DRPP a informé oralement les services enquêteurs et a rédigé une nouvelle note datée du 26 juillet ».
Par ailleurs, « les deux documents originaux, enregistrés et traçables dans les serveurs de la DRPP, sont à disposition de toutes les autorités administratives et judiciaires », conclut la préfecture.

Me Mehana Mouhou, avocat de deux victimes de l'attentat, a annoncé à l'AFP qu'il allait « solliciter du juge d'instruction la déclassification totale des documents classés secret-défense afin que toutes les pièces soient versées au dossier ».

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