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Société

Après des mois de polémique, l’arabe pourra enfin être enseigné à Nuits-Saint-Georges

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 21 Mars 2018

Cela faisait des mois que le maire d'une petite commune bourguignonne refusait la tenue de cours d'arabe dans le cadre du dispositif ELCO (enseignements de langue et de culture d’origine). Désormais, les élèves des écoles primaires de Nuits-Saint-George pourront bénéficier de ces cours qui ont tant fait jaser.



Après des mois de polémique, l’arabe pourra enfin être enseigné à Nuits-Saint-Georges
Après plusieurs mois de refus, le maire de la petite commune de Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or) Alain Cartron (divers droite) a finalement décidé de mettre à disposition une salle municipale pour la tenue des enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO) et ainsi permettre de donner des cours d’arabe aux écoliers de sa ville qui le souhaitent, à la demande de leurs parents.

Cette information, rendue publique le 18 mars par Bien Public, a soulevé aussitôt la colère du Front national (FN). Deux jours après l’annonce de l’accord du maire, le parti d’extrême droite a manifesté son indignation face à une « assimilation à l’envers » par la voix de son président du groupe au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté Julien Odoul.

Selon le FN, « le maire Alain Cartron s’est vu imposer cette décision par la préfète de Côte d’Or ». « Sur le fond, l’enseignement de l’arabe dès la primaire participe de la désintégration de l’Education nationale », fait savoir Julien Odoul dans un communiqué paru mardi 20 mars. Il se déclare inquiet sur « le choix du personnel enseignant » et appelle les parents de Nuits-Saint-George « à ne pas laisser leurs enfants otages des pressions communautaires ».

Les ELCO ne concernent pas que l’arabe

En accusant l’enseignement de l’arabe seul d’être un vecteur du « communautarisme », le FN joue sans surprise la carte de la stigmatisation, en faisant mine d'oublier que les ELCO – un dispositif voué à disparaître –concernent plusieurs autres langues, parlées dans neuf pays au total (Algérie, Croatie, Espagne, Italie, Maroc, Portugal, Serbie, Tunisie et Turquie), sur la base d’accords bilatéraux.

Les enseignements de langue et de culture d'origine (ELCO), qui existent depuis les années 1970, s’inscrivent par ailleurs dans le cadre de l’application d’une directive européenne visant à l'origine à scolariser les enfants des travailleurs migrants pour mieux les intégrer dans la société. « Aujourd'hui, les ELCO concernent aussi des enfants qui ne sont pas locuteurs natifs de la langue concernée et s'intègrent progressivement dans l'offre d'enseignement linguistique », lit-on sur le site Educsol, rattaché à l’Education nationale.

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« Pratiquer une autre langue que le français est une chance »

La Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de Côte-d’Or, la Ligue de l’enseignement et la Ligue des droits de l’homme (LDH) ont uni leurs voix en décembre 2017 pour rappeler que la mise en place des ELCO « s’inscrit dans le cadre de l’Education nationale » et qu’elle n’a « pas à dépendre du bon vouloir de chaque maire ».

« Attachés au refus de toute forme de rejet de l’autre et de xénophobie, nous ne saurions admettre qu'une langue, une culture, quelle qu'elle soit, puisse être a priori considérée comme suspecte », soulignent ces organisations dans un communiqué, rappelant qu’« avoir l'opportunité de pratiquer une autre langue que le français dans sa famille comme à l'école est une chance ».

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