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Economie

A la rencontre de Mohamed Geraldez, l'inventeur de la cravate vegan

Rédigé par Safiyya Vallet | Mercredi 22 Novembre 2017

Alors qu’il a animé une masterclass sur les clés de succès des PME dans le business du halal lors de la 13e édition du Forum mondial de l’économie islamique (WIEF), dont Saphirnews est partenaire, rencontre exclusive avec Mohamed Geraldez, serial entrepreneur à succès et investisseur, qui vit entre son pays, les États-Unis, l’Europe et l’Asie. Il se confie sur son parcours, ses clés de succès, l’éthique dans le business et sa perception de la communauté musulmane américaine.



Mohamed Geraldez est un serial entrepreneur à succès et investisseur, qui vit entre son pays, les Etats Unis, l’Europe et l’Asie
Mohamed Geraldez est un serial entrepreneur à succès et investisseur, qui vit entre son pays, les Etats Unis, l’Europe et l’Asie

Saphirnews : Comment votre parcours vous a-t-il amené à devenir entrepreneur ?

Mohamed Geraldez : Être entrepreneur n’est, pour moi, pas quelque chose que l’on doit chercher à être. Cela en surprendra plus d’un, mais, pour la plupart des entrepreneurs, leur compagnie leur a été transmise par leur famille ou bien ils pensaient pouvoir apporter une valeur ajoutée et répondre à un besoin. De nos jours, le mot entrepreneur est devenu tellement sexy que cela en amène beaucoup à vouloir le devenir sans vrais objectifs. Pourquoi ? Pour être le prochain Mark Zuckerberg (fondateur de Facebook, ndlr). Mais quand il commença, jamais il n’avait pu penser qu’il deviendrait ce qu’il est devenu.

De mon côté, j’ai commencé en voulant vendre des cravates. J’espérais que cela me rapporte assez d’argent pour vivre, que je me marierais, que j’aurais des enfants et c’est tout. À aucun moment, je n’ai pensé que cela m’amènerait à voyager à travers le monde, à diriger plusieurs sociétés, à rencontrer telle personne, à être dans tel cercle. Je n’imaginais pas que cela m’amènerait à tellement de choses. L’entrepreneuriat a été trop glamourisé par les médias et la réalité a été occultée. Est-ce que j’ai cherché à devenir entrepreneur ? Non, mais cela m’est arrivé !

Ma première compagnie m’a amené à lancer une ligne de cravates vegan (fabriquées sans produits issus des animaux ou de leur exploitation comme la laine ou la soie, ndlr) et est devenue leader mondial. L’idée m’est venue car, en tant qu’homme musulman, je ne portais ni soie ni or. 95 % du marché était alors composé de cravates en soie. Je cherchais des cravates pour des entretiens d’embauche mais toutes celles que je trouvais étaient en soie. Alors je me suis dit : « Personne n’a apporté de solution à ce problème et si c’est un problème pour moi, c’est surement un problème pour d’autres personnes. » Alors j’ai créé cette entreprise, non pas pour qu’elle devienne ce qu’elle est devenue, mais parce que je voulais résoudre un problème que j’avais, en espérant que cela résoudrait celui d’autres personnes. Cela n’a jamais été une quête pour devenir entrepreneur à tout prix.

Vous faites du business dans différentes industries. Comment avez-vous développé votre capacité d’adaptation ?

Mohamed Geraldez : Être passionné, être curieux, aimer l’information et s’entourer de personnes très intelligentes. C’est comme cela que j’ai réussi. Réaliser ce que j’ai pu faire n’a été possible qu’en étant entouré de personnes intelligentes.

Comment rester efficace quand on développe plusieurs entreprises dans des domaines différents ?

Mohamed Geraldez : En déléguant. Je suis constamment en conférence téléphonique sur différents fuseaux horaires. Comme je l’ai dit précédemment, être entouré de gens intelligents et aimer l’information. Je suis tout le temps curieux, j’aime lire, rechercher l’information et cela me permet d’avoir une bonne compréhension de comment le monde et les humains fonctionnent.

Comment faites-vous pour rencontrer ces personnes intelligentes dont vous vous entourez ?

Mohamed Geraldez : C’est une perpétuelle recherche. Si je suis dans une pièce et que je repère quelqu’un d’intelligent qui a du savoir, je vais chercher à aller à son contact, prendre des notes de ce qu’il dit et essayer d’en savoir plus sur lui. (...) J’aime m’entourer d’experts dans leur domaine. Par exemple, quelqu’un de très bon dans la conception de lampes, la manière dont il pense les lampes, les conçoit, à un niveau tellement élevé, avec tellement de précision, la manière dont il les regarde, dont il pense la lumière... Tout cela me permettra de comprendre en profondeur ce sujet et de faire probablement le lien avec d’autres domaines de ma vie.

Faire du business en respectant vos valeurs semblent être quelque chose de très important pour vous. Comment managez-vous valeur et éthique dans le business ?

Mohamed Geraldez : Je crois au karma. Je crois que tout revient à vous. SI vous êtes une personne positive, de la positivité reviendra vers vous. Si vous êtes négatif, que vous vous entourez de mauvaises personnes, des ondes négatives vous reviendront. J’ai pu l’observer tout au long de ma vie. Si vous êtes positif, faites du bien, le bien reviendra.

Cela me rend heureux, je dors bien la nuit en sachant que je ne vole l’argent de personne, que je ne passe pas par-dessus quelqu’un, que je ne rabaisse pas un autre être humain. J’essaye de faire les choses correctement et, si ce n’est pas le cas, j’essaye de les réparer rapidement. En ayant la foi, en tant que musulman, je me retrouverai face à mon Dieu et je devrais répondre de ce que j’ai fait : j’y fais attention maintenant parce que je ne veux pas y penser plus tard.

Quelle est votre perception de la communauté musulmane américaine actuellement ? Comment le business influe-t-il cette communauté ?

Mohamed Geraldez : Je pense, en tant qu’Américain, que le capital culturel que nous avons est immense et cela nous donne une grande responsabilité. Lorsque je voyage, on m’identifie en tant qu'Américain et, généralement, tout se passe bien, il y a du respect. Pour autant, il y a beaucoup de conflits entre l’administration actuelle (celle de Trump, ndlr) et les musulmans. Parfois c’est réel, parfois c’est imaginaire, parfois nous ne savons pas. Mais les musulmans américains se sentent globalement très marginalisés.

J'a réalisé que l'une des meilleures façons de faire bonne impression auprès des personnes est d'être à leur service, de les aider, de leur fournir un travail et de l'argent. Si vous pouvez stimuler l'économie, (...) l’argent est, de cette façon, toujours une bonne chose. Et si vous pouvez être quelqu’un qui donne du travail, fournit des opportunités et permet à d’autres Américains de se développer et de prospérer, les Américains, qu’ils soient républicains ou démocrates, aimeront toujours cela. Parce que des Américains qui en aident d’autres, c’est pour cela que l’Amérique vit. Et j’imagine que chaque pays doit le ressentir de la même manière.

Donc, en tant que nation, même si nous avons des différends, nous sommes des Américains à la fin de la journée. C’est ce l’on voit dans nos films : nous avons beau pouvoir nous détester, à la fin nous sommes toujours fiers d'être Américains. Je pense donc qu’être un musulman américain qui contribue de manière positive à la vie de son pays est plus que jamais nécessaire.

Quels sont vos prochains challenges ?

Mohamed Geraldez : Je voudrais vraiment m’investir dans le développement de l’économie islamique dans de nombreux secteurs, améliorer leur statut, leur réputation et leur marché, en Europe, en Amérique et partout dans le monde.

La fuite des cerveaux du monde musulman est une réalité et j’espère pouvoir contribuer à construire des ponts, des liens entre l’Est et l’Ouest, en étant un Américain qui en comprend la culture et un musulman qui a étudié l’islam dans des pays musulmans pendant plusieurs années. J’espère réussir et montrer que nous sommes tous pareils !






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