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Sur le vif

Six mois ferme pour l'agresseur d'un médecin

| Mercredi 24 Janvier 2007



Mercredi, Fouhad Ben Moussa, un jeune homme de 23 ans, a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à six mois de prison ferme pour avoir giflé et injurié en septembre dernier un chef de service de la maternité de l'hôpital Robert Debré (XIXe) qui avait ausculté sa femme après son accouchement.

"C'était plus une question de pudeur", s'est justifié le frêle jeune homme de 23 ans à l'audience, expliquant qu'il avait seulement avancé l'argument religieux -il est musulman- pour mieux se faire comprendre.

Selon lui, il s'en est pris au professeur Jean-François Oury, parce que personne à l'hôpital ne lui avait donné d'explications quant à l'état de son épouse, victime d'une hémorragie, et de son bébé. "Je regrette énormément mon geste", a-t-il conclu.

Selon le professeur Oury, l'épouse de M. Ben Moussa a accouché dans l'après-midi du 9 septembre 2006. Prévenu de la naissance, son mari est venu à l'hôpital et aurait entendu crier sa femme et vu le bébé avec des marques rouges sur la tête. Rentré au domicile pour déposer l'aîné de ses enfants, il dit être revenu à Robert Debré vers 22h.

"A 23h, je n'avais toujours pas d'informations", a noté le jeune père devant le tribunal. Il aurait alors croisé le professeur Oury qui l'a emmené voir sa femme dans sa chambre. Devant lui, le médecin a palpé sa femme, ce qui a poussé le jeune homme à le faire sortir de la chambre et à le gifler. "Dans ma religion, un homme ne touche pas une femme", aurait-il alors déclaré, selon le Pr Oury.

Fouhad Ben Moussa est ensuite resté plus de deux heures dans la salle de travail, vociférant contre le médecin, et perturbant le travail de l'équipe médicale et le calme d'autres patientes. Après une intervention vaine des vigiles, il a été fait appel aux policiers qui l'ont emmené vers 2h30 du matin.

"On ne peut pas avoir des médecines à X vitesses selon les desiderata de chacun. Si on est usager du service public, on se plie aux règles du service public", a tonné Me Georges Holleau, l'avocat du professeur Oury, notant qu'il était "de plus en plus difficile de travailler dans les hôpitaux parce que certaines personnes y introduisent un comportement violent et dangereux".

"Ce sont des faits qui se développent", a ajouté Me Cédric Labrousse pour l'Ordre des médecins, partie civile au dossier. "Au point que certains médecins ne veulent plus assurer de garde parce qu'ils ne s'estiment pas en sécurité". Et ce alors que "toute personne est acceptée à l'AP-HP", a insisté l'avocat des hôpitaux parisiens, Me Benoît Chabert.

La procureure a dénoncé pour sa part "l'absence de mise en question" du jeune homme au "comportement inadmissible", déjà condamné par le passé pour des affaires de violence. Elle a réclamé 6 mois ferme. Cette peine, qui peut être aménagée, ne conduit pas forcément à une incarcération.

"Peut-être que dans sa religion, ce n'est pas possible (qu'un homme touche à une femme)", a souligné la représentante du parquet. "Mais il est à l'hôpital public, lieu laïc, où il n'y a pas lieu de tirer argument de sa confession". Pour elle, "c'est même le premier lieu d'identité sociale, où tout le monde vient au monde avec une égalité de chance, sans distinction de religion ou d'origine ethnique, tout le monde bénéficie des mêmes soins".

Le jeune homme doit verser 1.000 euros de dommages et intérêts au professeur Jean-François Oury, ainsi qu'un euro symbolique à l'AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) et à l'Ordre des médecins, parties civiles.




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