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Points de vue

Savoir, avoir, être : pour un sens à notre cheminement (3/3)

Quel sens à « être » ?

Rédigé par Abdelhakim Elhadouchi | Mercredi 2 Septembre 2015

Savoir (1), avoir (2), être (3) : trois verbes, trois états de l’Homme, trois étapes de sa vie ? Pourtant, il ne s’agit ni d’une ascension naturelle, ni d’un programme intégré dans nos gênes. C’est une volonté.



Savoir, avoir, être : pour un sens à notre cheminement (3/3)

De la course aux richesses à l’engagement sur la voie difficile

Délaisser le verbe « avoir » comme finalité dans nos vies, c’est ne plus avoir peur de perdre de l’argent en délaissant certaines choses. C’est ne plus craindre de passer pour un pauvre, c’est de vivre avec peu sans le regretter ensuite, de vivre un nouveau mode de vie, fondé sur le verbe « être », l’expérience de la vie.

Au fond, la possession est une manière d’éviter de se voir soi-même, en s’entourant de choses plus ou moins utiles et passer du « bon temps ». Acheter et s’oublier, se divertir pour oublier. Nous croyons être quelqu’un en ayant des biens, mais nous ne nous connaissons même pas. C’est dur, oui de faire face à soi, de se retrouver seul face à son ego. Si nous avons tant besoin de divertissements, de plaisirs, c’est que nous avons peur de la solitude, de ce vide spirituel.

Être avec Dieu, être avec  les gens : la spiritualité comme priorité

En filigrane de ces propos, l’auteur de ces lignes souhaite révéler que notre environnement n’est pas neutre dans notre cheminement vers Dieu. Il peut le freiner, le bloquer, voire l’anéantir. Notre spiritualité ne peut se vivre sans prendre en considération ces « empreintes sur nos cœurs » Aussi, ces quelques lignes sont un appel à une réflexion profonde de l’Homme avec son environnement, et surtout avec son être. Cette voie difficile, citée dans la sourate Al-Balad (Coran, s. 90, v. 11), est un cheminement spirituel, qui n’est pas une ligne directe. C’est une pente ascendante faite d’obstacles, de difficultés et de défis.

Mais qu’est-ce qui est dit sur cette voie ascendante ? Le professeur Abdessalam Yassine invite l’Homme, le croyant et la croyante, dans son ouvrage Al Ihsane (tome I, p. 93), à méditer les versets de la sourate Al-Balad à la lumière de cet engagement vers l’Unique : « D’abord Dieu a dit dans cette sourate : Nous avons créé l’homme pour une vie de combat et de lutte ! » (Coran, s. 90, v. 4), puis incite l’Homme au combat contre soi-même. Et comme un écho à cet environnement matérialiste décrit plus haut, Dieu reproche à l’Homme son inclinaison pour le gaspillage et la paresse. « Pense-t-il que personne ne pourra rien contre lui ? » (Coran, s. 90, v. 7).

Le professeur poursuit : « Tant d’entraves empêchent l’être humain d’entreprendre l’ascension du pénible et rude sommet de la foi véritable. D’autres obstacles plus difficiles encore empêchent son épanouissement spirituel. Ce sont des obstacles pour celui qui s’est agrippé à l’ici-bas, à l’argent, au prestige qui le détournent de la compassion par égoïsme, qui l’empêchent d’intégrer les rangs des croyants pour écouter les conseils ; il est ainsi inattentif à son Dieu, à sa condition de créature, s’imaginant que nul ne le voit, oubliant que Celui qui l’a créé et qui lui a donné une langue et deux lèvres est Seul Souverain. »

Dans cette voie difficile, Dieu le Très-Haut définit l’orientation : être au service de l’humanité. En effet, c’est « délier le joug d’un esclave, nourrir en jour de famine, un orphelin proche parent ou un pauvre dans le dénuement » (Coran, s. 90, v. 13-16).

Ce cheminement de l’être, est donc un combat avec son ego pour l’Unique, et un engagement avec les autres. Il ne connaît pas de vacances. C’est ce qui fait dire au professeur : « Viendra le temps où le croyant comprendra que la vie terrestre n’a pas été faite pour le repos des croyants, mais pour un rude combat et une voie ascendante difficile à gravir… »  Méditons sur l’opportunité de gravir cette pente. Se délester de nos lourdeurs, et retourner à l’essentiel. Trop de fois, nous manquons « ces grands rendez-vous spirituels et du cœur » [18] que sont le jeûne du Ramadan, ainsi que ses 10 derniers jours, les refuges précieux de la nuit et son dernier tiers, les jeûnes surérogatoires, la lecture du Coran et sa méditation, le dhikr.

Finissons par cette sagesse du professeur Hassan Al-Banna, qui reste toujours d’actualité : « Et sache que ton cœur est une forteresse qui ne s’ouvre que par ta volonté, après la Volonté de Dieu ; c’est du cœur que provient la victoire aussi bien que la défaite. »

Note
[1] Pour en savoir plus, Travail associatif et cheminement spirituel : constats et interrogations

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Abdelhakim Elhadouchi est un acteur associatif et consultant en politiques publiques à Strasbourg.