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Points de vue

Palestine-Israël : Brigades Al-Qassam contre Tsahal, David contre Goliath

Rédigé par Jamal Mimouni | Samedi 30 Août 2014



Tsahal compte environ 161 000 soldats, mais peut mobiliser 425 000 réservistes. L'armée israélienne a fait appel à 86 000 réservistes lors de l'opération « Bordure protectrice », enclenchée le 8 juillet 2014.
Tsahal compte environ 161 000 soldats, mais peut mobiliser 425 000 réservistes. L'armée israélienne a fait appel à 86 000 réservistes lors de l'opération « Bordure protectrice », enclenchée le 8 juillet 2014.
La propagande israélienne, qui présente son combat comme un combat contre le terrorisme adverse, fond comme neige au soleil devant les faits et les chiffres.

D’un côté, la résistance qui affronte dans un combat ridiculement inégal la plus sophistiquée des armées du monde dans des conditions d’hypersupériorité tactique, stratégique et numérique, et qui se permet d’engrener des succès tactiques sur le champ de bataille. De l’autre, une armée dont la gloire se réduit à avoir tué, blessé et atrophié des milliers de Gazaouis, dont l’immense majorité sont des civils, et qui n’a jusqu’à présent atteint aucun de ses objectifs stratégiques.

D’un côté, des combattants décrits comme terroristes qui se battent contre des soldats. De l’autre, des soldats qui font un carnage de civils. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 64 soldats israéliens tués contre 2 136 Palestiniens morts et quelque 8 000 blessés, dont l’immense majorité est constitué de civils.

Quelle gloire que d’avoir tué tant de civils ?

En fait, Tsahal est la plus pusillanime des armées possible, qui, à chaque opération victorieuse de la résistance contre ses soldats, se venge par un massacre de civils. C’est aussi cette artillerie lourde qui pilonne sans discrimination des zones densément peuplées aux habitations comme des fétus de paille depuis des positions au-delà des frontières, et ces avions F16, ces hélicoptères Apaches, ces drones qui larguent leurs missiles guidés contre des positions sans défense aérienne.

Quelle gloire que d’avoir effectué des missions sur 4 000 cibles en trois semaines de combat comme elle le prétend ? De ces bulletins macabres de plus de 2 000 tués et tous ces blessés, il est clair qu’il a plutôt autant de cibles que de familles palestiniennes.

Le mythe de l’invincible Tsahal s’écroule. En fait, c’est une armée sans gloire qui dispose certes d’une supériorité technologique totale lui permettant le contrôle absolu du champ de bataille, d’une immense force de frappe et d’une puissance de feu inégalée, mais dont les seuls faits d’armes semblent être le massacre de civils, la destruction d’écoles, d’hôpitaux, de mosquées, de building gouvernementaux, du réseau d’eau potable, de studios TV, de l’unique centrale électrique, d’enfants jouant sur la plage…

Pourquoi ce déchaînement inouï de violence ?

Grâce à une impunité internationale globalement acquise, Israël se livre à des massacres sur des populations civiles désarmées qui défient la logique, massacres non seulement gratuits et ne procédant à aucun objectif de guerre, mais qui, de plus, semblent aller contre son propre intérêt.

Israël qui doit en grande partie son existence au sentiment de culpabilité européenne de l’occurrence de l’Holocauste sur son sol, voit s’effilocher le capital de sympathie automatique dont il a abusé aux dépens du peuple palestinien, et a réussi à créer, au contraire, une image répulsive de lui-même qui lui collera à la peau pour les décennies à venir.

Vaincre Gaza la rebelle, c’est certes d’abord vaincre une fois pour toute la résistance armée du peuple palestinien après que la Cisjordanie soit devenue pacifiée grâce aux arrangements sécuritaires avec le gouvernement du Fatah de Mahmoud Abbas, fruit empoisonné des accords d’Oslo.

Mais il y a en fait un aspect psychologique profond à cet excès de violence. Soumettre Gaza, c’est en effet se venger symboliquement de ces réfugiés et de leurs descendants, ces victimes du crime fondateur de l’État d’Israël lorsqu’un peuple fut arraché de sa terre ancestrale par la terreur en 1948.

Briser Gaza, l’épitomé de la lutte de peuple palestinien pour son indépendance, c’est briser l’esprit de résistance du peuple, c’est symboliquement éliminer les témoins de ce crime historique.

La pulsion morbide de Tsahal

Au-delà de ce déchaînement de violence cathartique inouïe, il y a une pulsion morbide qui habite Tsahal car, malgré l’hypersophistication de son armée, elle sait qu’elle ne peut vaincre la résistance à Gaza comme tout occupant ne peut vaincre un peuple qui tient à sa liberté.

Son objectif est donc non pas une victoire bien irréalisable, mais celui de tuer, de détruire, de terroriser l’adversaire en aspirant à l’anéantir. C’est bien pour cela que ce conflit israélo-palestinien, comme il est pudiquement appelé, est ponctué de massacres de Palestiniens dont celui de Deir Yassin en 1948 ne fut que le précurseur et dont le dernier en date est celui qui se déroule sous nos propres yeux à Gaza.

J’ai eu il y a peu de temps une communication avec un collègue palestinien qui s’avère être le directeur de la chaire d’astrophysique de l’UNESCO pour la Palestine, Dr. Suleiman Baraka, alors que Gaza était le théâtre d’intenses bombardements israéliens, et où il évoqua le silence honteux des régimes arabes. Il avait perdu un jeune fils durant l’offensive israélienne de 2008 et vient de perdre cette année deux neveux. Il eut ces mots stoïques, malgré leur apparent irréalisme, mais qui recèlent tout le secret de la résilience et de l’héroïsme palestinien : « Tant pis pour eux, ils ne partageront pas avec nous l’honneur de célébrer la victoire sur l’ennemi. »

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Jamal Mimouni est professeur au département de Physique à l'université de Constantine-1 et vice-président de l'Arab Union for Astronomy and Space Sciences.