Connectez-vous S'inscrire






Points de vue

Noé, le premier des envoyés de Dieu

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Vendredi 22 Août 2014



Noé, le premier des envoyés de Dieu
Ce 20 août sort la version DVD de Noé, le péplum de Darren Aronofsky sorti au cinéma en avril dernier. Le film est l’adaptation des chapitres VI-IX du livre de la Genèse, ceux portant sur le Déluge et l’Arche de Noé.

L’humanité ayant suivi le chemin du Mal, Dieu décide d’anéantir toute forme de vie sur la surface de la terre. Il épargne néanmoins Noé et les siens. A cet homme juste et droit, il ordonne de construire un grand vaisseau en bois, l’Arche. Il doit s’y réfugier avec sa famille et emmener plusieurs couples d’animaux afin que tous échappent ainsi à l’inondation cataclysmique décrétée par Dieu, le Déluge. Durant 40 jours, l’arche flottera sur un monde d’eau. Puis s’amorce la décrue. La terre redevenue sèche, Dieu enjoint à Noé d’accoster afin que sur une terre désormais purifiée humains et animaux puissent de nouveau croître et multiplier.

Noé, nabî et rasûl

Les récits coraniques relatifs à Noé présentent évidemment de nombreuses similitudes avec ceux de l’Ancien testament. Néanmoins, des différences importantes existent : celles, notamment, liées à son statut spirituel. Dans le récit biblique, Noé est un « juste » et un « parfait ». Dans le Coran, c’est un « prophète » (nabî) et plus spécialement un « envoyé » (rasûl).

Il y a là bien plus qu’une simple nuance. Le nabî (prophète) est tenu de s’assujettir à la loi divine fixée depuis Adam ; il rappelle les hommes au tawhîd, à l’unicité divine, et aux prescriptions morales qui fondent l’humanité. Le rasûl (envoyé) a au contraire pour mission de prêcher publiquement afin de faire connaître le message divin nouveau dont il est le porteur, d’appeler les hommes à observer la loi de Dieu nouvellement révélée, et qu’il a vocation de promulguer. Noé est ainsi, comme le souligne l’exégète Ibn Kathir (1301-1373), le premier de la longue lignée des envoyés (Adam n’était que prophète). Il inaugure le cycle des missions divines que clora Muhammad, et qui verra se succéder notamment Abraham, Moïse et Jésus.

De Noé à Muhammad

Ce lien entre le premier et le dernier des envoyés, le Coran le souligne à plus d’une reprise, – à commencer par le fait que Noé et Muhammad donnent chacun leur nom à une sourate (LXXI et XLVII, respectivement).

Ainsi, Noé est-il mentionné juste après le Prophète dans le verset qui évoque le pacte que Dieu a conclu dans la pré-éternité avec les prophètes (XXXIII:7). Ailleurs, le Coran affirme : « Nous t’avons donné la révélation, comme Nous l’avons donnée à Noé et aux prophètes qui l’ont suivi. » (IV:163) On relève également une forte similitude dans la nature des polémiques auxquelles chacun des deux nabîs se trouve confronté. Ainsi, ces paroles de Noé : « Je ne prétends pas détenir les trésors de Dieu ni être au courant du mystère » (XI:31) font écho à des propos analogues tenus par le Prophète (VI:50). Ailleurs (XXIII:25), Noé est qualifié de « possédé » (majnûn) par ses adversaires ; de même le Prophète (XV:6).

Enfin, les reproches que les membres de sa communauté adresseront à Noé (XXIII:24) sont à rapprocher des propos tenus par les détracteurs de Muhammad (VI:8). Le récit coranique diffère également de celui de la Bible sur un autre point : c’est Noé qui, las de prêcher à des hommes oublieux des prescriptions fixées par Adam, demande à Dieu l’anéantissement de l’humanité idolâtre. Une prière qui sera amplement exaucée... Dans son Dévoilement des effets du voyage, le grand mystique Ibn ‘Arabi assimile l’odyssée noachique à la connaissance du Grand Œuvre, cette alchimie de l’âme qui reconduit l’homme à sa perfection originelle. Si les mécréants ont péri par l’eau, c’est que l’eau est source de vie, et qu’elle symbolise la science, cette science bienfait de Dieu que Noé voulait leur transmettre, et qu’ils ont refusée. Et si le voyage de Noé s’achève au mont Jûdî, c’est que ce lieu est une désignation symbolique de la générosité divine, – jûd.

Première parution de cet article le 18 août 2014, dans Zaman