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Culture & Médias

Médine explique l’album « 11 septembre »

Entretien exclusif avec Médine

Rédigé par Propos recueillis par Giovanni Gauhy | Mardi 19 Juillet 2005 à 11:07

           

Le nom de Médine « résonne de l’Hégire à nos jours ». Ce nom qui est celui de la ville où fut fondée la première communauté musulmane, est aussi le prénom de ce rappeur du Havre ; Le Havre quartier du Mont Gaillard, la précision est exigée. Agé de 21 ans, né de parents algériens, Médine est membre du collectif La Boussole sous le label Din Records dont la dernière production, « Le savoir est une arme » est actuellement dans les bacs. En septembre 2004, Din Records défraie la chronique du rap en sortant « 11 septembre ». Une lecture du 9/11 par un jeune musulman pratiquant et citoyen français.



Médine et le 11 septembre
Médine et le 11 septembre

SaphirNet.info : Pourquoi le « 11 septembre » ?

Au départ, cet album ne devait pas s’appeler ainsi. Lorsque j’ai commencé à écrire mes textes je me suis rendu compte que les événements du 11 septembre revenaient souvent. Pour nous, cette date charnière a enclenché beaucoup de choses et va encore en enclencher d’autres. C’est quelque chose qui, selon moi, a contribué à la dégradation de l’image de l’Islam en Occident. J’ai voulu donner ma propre vision de ces événements car j’ai été plus ou moins frustré par tout ce qu’on a entendu depuis quatre ans : toute cette stigmatisation, cette vulgarisation autour de la communauté musulmane.

Tous les morceaux tournent autour de la thématique du 11 septembre

Exactement. En fait, certains titres ont un lien direct comme le morceau « 11 septembre », qui lui, parle concrètement des conséquences du 11 septembre. Et il y a d’autres morceaux qui traitent de toutes les suites immédiates. Par exemple le mouvement « Ni « flûtes » ni soumises » a émergé. Son leitmotiv est de dire que les mecs des quartiers sont soit des terroristes soit des oppresseurs de femmes. Il n’y a pas de juste milieu. Il y a donc un morceau qui s’appelle « ni violeurs ni terroristes » et qui recadre justement cette situation de folie. Il y a un morceau intitulé « Guantanamo », un autre sur le conflit israélo-palestinien…

Finalement quel symbole retenez-vous du 11 septembre ?

Premièrement, le 11 septembre est une catastrophe qu’on ne peut pas admettre en tant que musulman, en tant qu’homme de foi. Lorsqu’on se rend compte que des personnes ont perpétré cet attentat, même si on ne sait pas si les personnes désignées sont réellement coupables, si on ne sait pas qu’elles prient le même Dieu que nous, ça nous touche dans notre pratique religieuse, dans notre foi. Ce qui fait qu’après nous nous sentons coupables alors que nous n’y sommes pour rien. Personnellement, je me sentais coupable d’avoir commis les attentats.

Vous vous sentiez vraiment coupable ?

Bien sûr ! Voyez, vous marchez dans la rue, vous croisez des gens et ils croient que vous êtes Ben Laden, vraiment c’est la psychose. Mais maintenant il y a tout à remettre en cause dans la médiatisation de ce drame. On a avalé des images sans les analyser. C’est d’ailleurs ce que le Français moyen fait tout le temps. Ensuite, cette date représente aussi pour moi, le désastre que l’islam est entrain de subir en Occident aujourd’hui : son image est biaisée, c’est de la diabolisation. C’est cette diabolisation que je dénonce dans l’album « 11septembre ».

Il y a comme une violence dans votre voix et dans vos propos…

Arrivé à un moment, on se devait d’être violent. Il va falloir arrêter de se voiler la face en se disant : « oui on va y arriver en dialoguant gentiment… ». Certes il faut dialoguer, mais il faut de temps en temps qu’il y ait des gens qui viennent gueuler. C’est ainsi que certains vont comprendre. Car quand vous leur parlez normalement ils ne vous écoutent pas et vous prennent pour un imbécile. Pour certains, le discours est de dire qu’« Il ne faut pas répondre à leurs attaques… l’islam c’est la paix… faut qu’on s’aime les uns les autres ». Mais c’est du baratin. Ouvrez les yeux ! C’est la guerre dans le monde, partout c’est la guerre. Vous vous réveillez le matin c’est la guerre. Vous vous rendez au travail c’est la guerre. A la télé, à la radio c’est la guerre. Donc il va bien falloir en parler de cette guerre quotidienne et pas qu’avec des mots tendres. Il y a ceux qui se disent « lui c’est un homme de foi, il va rester calme, si je le frappe il ne va jamais mettre de coup. » Mais qu’ils se disent que si on me met un coup je vais le rendre; je ne vais pas tendre l’autre joue. Donc c’est la guerre et il faut qu’on en parle. C’est en parlant qu'on trouvera les solutions InchAllah. J’ai envie de dire toutes ces choses. Et j’ai envie de les dire par le moyen qui n’est peut être pas le meilleur mais qui touche une bonne population en ce moment : le rap. J'écris, je crie encore et je ne pense pas m’arrêter de crier pour le moment car les choses ne sont pas encore réglées. On ne va pas résoudre les problèmes du monde entier avec une chanson, j’en suis conscient, mais ça contribue à faire évoluer les mentalités.

Ne pensez-vous pas que votre album soit qualifié de prosélyte?

Celui qui dit cela n’a pas écouté l’album. Il s’est arrêté à la pochette ou à mon faciès. Mais celui qui écoute mon album du début à la fin, saura que cet album n’est pas prosélyte. Les gens s’arrêtent à l’image. Ils voient un disque gris avec en gros 11 septembre à côté d’un chanteur arabe portant une grosse barbe. C’est sûr qu’ils se font des films. Ils se disent « lui c’est un mec pas clair, un intégriste, dans son disque il est entrain de crier « vive Ben Laden », c’est un propalestinien. Son sang il est prêt à le donner pour mourir en Irak » et ainsi de suite. Mais en réalité, je pourrai dire que j’ai gagné lorsque j’aurai pris à contre-pied tous ces clichés. Car en réalité, toute la presse a accueilli le truc très favorablement. Mon but était de faire passer le message que le 11 septembre est une date charnière pour toute l’humanité. J’ai essayé de jouer le rôle de journaliste, c'est-à-dire d’être le moins subjectif possible.





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