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Religions

Maroc : à l'origine de la démission d'Asma Lamrabet, le soutien à l'égalité devant l'héritage

Rédigé par | Lundi 26 Mars 2018

La récente démission de la chercheure féministe Asma Lamrabet de la Rabita (ou Ligue) Mohammadia des oulémas s'inscrit en plein débat, houleux, sur l'égalité en matière d'héritage au Maroc. Entre les tenants du camp progressiste, pour les uns, et ceux du camp conservateurs, pour les autres, les tensions sont vives.



Maroc : à l'origine de la démission d'Asma Lamrabet, le soutien à l'égalité devant l'héritage
Asma Lamrabet annonçait le 18 mars sa démission du Centre d’études et de recherches féminines en islam (CERFI), qu’elle dirigeait depuis 2011 au sein de la Rabita Mohammadia des oulémas mais avait préféré ne pas s’étendre sur les raisons de son départ.

Une semaine après cette annonce, la chercheuse engagée dans la déconstruction des lectures rigoristes et patriarcales faites au nom de l’islam a décidé d’en dire plus via un communiqué paru lundi 26 mars, en indiquant que ce sont bien ses positions progressistes en faveur de l’égalité devant l’héritage entre hommes et femmes qui l’ont poussée vers la sortie.

Des pressions à l'origine de sa démission

Asma Lamrabet déplore que ses propos, tenus le 16 mars à l’occasion d’une conférence de présentation d'un ouvrage collectif sur l’héritage (L’Héritage des femmes : réflexion pluridisciplinaire sur l’héritage au Maroc, sous la direction de l’écrivaine Siham Benchekroun), « exprimés à titre strictement personnel et rapportés par un organe de presse, ont suscité un tollé et une grande polémique lors de la 20e session du Conseil académique de la Rabita ».

« Devant une telle pression, j’ai été contrainte à présenter ma démission en raison des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes-hommes au sein du référentiel religieux », rapporte-t-elle.

Asma Lamrabet, que l'aile très conservatrice de la Rabita a fini par faire sortir, rappelle que son action effectuée « à titre bénévole au sein de la Rabita pendant près de dix ans n’avait d’autre ambition que de servir (son) pays et de promouvoir cette troisième voie, celui d’un islam apaisé, contextualisé et en phase avec les valeurs humanistes universelles compatibles avec nos valeurs culturelles ».

« L’islam comme référentiel incontournable et tel que clairement stipulé dans notre Constitution ne saurait être pour nous, Marocains, femmes et hommes, ni une barrière ni un obstacle pour l’émancipation dans la justice et l’égalité en droits », plaide-t-elle, indiquant qu’elle poursuivra désormais « sereinement et librement » ses engagements.

L'appel pour l’abrogation de la règle successorale du ta’sib lancé au Maroc

« Le plus grand tort que l’on puisse faire à Mme Lamrabet, si on respecte son travail, c’est d’ultramédiatiser et de "politiser" son départ de la Rabita. (…) Elle se revendique chercheuse et non pas "fqiha" (une spécialiste du fiqh, la jurisprudence islamique, ndlr) et n’a jamais souhaité entrer en conflit avec les oulémas. Avec ce départ, elle aura plus de liberté pour ses projets à ce sujet, ce qui est une bonne chose pour elle », a indiqué à Khabar Press, Siham Benchekroun.

Le 20 mars, elle lançait, avec une centaine de personnalités, un appel pour l’abrogation de la règle successorale du ta’sib, une règle inscrite au Maroc qui oblige les femmes à partager l’héritage avec des membres masculins de sa famille, même éloignés, lorsqu’elles n’ont pas de frère.

« Dans le contexte social actuel, la règle du ta'sib devient donc injuste : les oncles ne prennent pas en charge leurs nièces ; ni les cousins, leurs cousines ; ni les hommes, de façon générale, ne s'occupent des parentes éloignées de leur famille, même si celles-ci sont seules et démunies. Dès lors, comment justifier que des proches ou des lointains parents d'une personne décédée sans laisser de fils viennent partager l'héritage avec les orphelines sans assumer, en aucune façon, de responsabilité ni matérielle ni morale à leur égard ? (…) Dans le contexte d'aujourd'hui, le ta'sib va à l'encontre des principes de justice du Coran (‘adl) et non dans le sens de ses finalités (maqasid) », fait-on savoir. L'appel a été notamment signé par Asma Lamrabet.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur